Hôpital Yalgado Ouédraogo : Le chemin de croix des dialysés

Publié le vendredi 11 mai 2018

L’insuffisance rénale prend des proportions inquiétantes. 60 à 70% des malades qui arrivent aux urgences médicales en souffrent. Plusieurs centaines de malades sont sous hémodialyse. Mais de véritables problèmes existent dans leur prise en charge. Cela va du manque de moyens à l’abandon par les familles en passant par la faible capacité d’accueil des centres.

« Je ne peux pas rentrer, je ne peux pas voir mes enfants. Mon mari ne parle plus de moi. », confie Assèta Diallo, âgée d’une trentaine d’années. Son visage est plein de tristesse et de désespoir. Elle a des larmes aux yeux, sa voix tremble. Elle tente de noyer sans succès ses sanglots. Cette dame, du village de Barkoundba, localité située à une dizaine de kilomètres de Ziniaré, est sous dialyse depuis 5 ans. Mais il y a maintenant 4 ans qu’un des apatams, à proximité du service de néphrologie du centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo est devenu sa maison. En saison sèche comme en saison des pluies, en période de froid comme en période de chaleur. Aucun parent, encore moins son époux n’est là pour l’assister. Pour manger, elle compte sur le reste du repas servi aux malades hospitalisés ou sur quelques pièces d’argent que de bonnes volontés lui donnent. Sans l’un ou l’autre de ces faveurs, elle passe la nuit et le jour affamée. En cas de crise liée à son mal, elle doit sa vie à la magnanimité de certains agents de santé du service des urgences médicales. A défaut, elle s’en remet au bon Dieu. Comment est-elle arrivée là ? Au-début de son mal, son mari a œuvré pour qu’elle soit admise au centre d’hémodialyse. Il parcourait une centaine de kilomètres avec elle tous les cinq jours, en aller et retour, à moto pour ses séances de dialyse. Au fil du temps, sa motivation s’émousse. En cause, l’épuisement financier face à un mal qui perdure. Il finit par raccrocher. « Il m’a dit que comme ma maladie ne finit pas, il ne peut pas continuer à gaspiller son argent », témoigne Assèta Diallo. Tout comme elle, d’autres personnes sous dialyse ont élu domicile sous les apatams de l’hôpital : Abdoulaye Sawadogo et Sanoussa Koussoubé, respectivement de Rambo et de Gourcy dans la province du Yatenga, Madeleine Débé de Kera dans la province du Nayala. Ils vivent, à des exceptions près, la même situation d’abandon.

Traitement coûteux

La dialyse débarrasse le sang des déchets et de l’eau accumulés en excès dans le corps. Selon les spécialistes, elle peut devenir une nécessité lorsque le débit de filtration glomérulaire est inférieur à 15 ml/mn/1,73 m², c’est à dire quand les taux d’urée et de créatinine sont trop élevés. Elle intervient quand les reins qui doivent jouer ce rôle n’arrivent plus à le faire. Au Burkina, l’admission en hémodialyse était conditionnée au payement forfaitaire de 1 200 000 francs CFA. Actuellement, elle est de 500 000 francs grâce à une subvention de l’Etat. Malgré tout, la somme n’est pas à la portée de tous. A cela, il faut ajouter les frais de création, sous anesthésie locale, d’une fistule artério-veineuse sur le bras ou l’avant bras. C’est une technique consistant à relier une veine à une artère proche, de telle sorte qu’une partie du sang artériel soit détournée dans la veine. L’objectif est de permettre l’hémodialyse, étant donné que les veines superficielles n’ont pas un débit suffisant. Selon le président de l’association burkinabè des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR), Dramane Paré, cette opération coûte 100 000 francs CFA à l’hôpital Yalgado. Mais les blocs n’étant pas fonctionnels depuis un certain temps pour la réaliser, les malades sont obligés de se rendre dans les cliniques où elle coûte entre 200 000 et 250 000 francs. Il y a aussi les frais d’examens médicaux ou des produits pharmaceutiques.

Dialyse non conforme à la norme

A l’hôpital Yalgado, la dialyse se fait une fois tous les cinq jours, confie le président de l’ABUDIR. Pourtant, la norme est de 3 fois par semaine en raison de 4 heures par séance. Seuls les dialysés de l’hôpital Blaise Compaoré et du centre hospitalier Sourou Sanou bénéficient pour le moment de cela en raison de leurs effectifs réduits. Dramane Paré explique la mauvaise pratique de la dialyse par plusieurs raisons. L’une est l’augmentation du nombre de personnes à dialyser. D’après, lui, elles étaient de 25 en 2005. Actuellement, elles sont plus de 400, dont au moins 360 pour Yalgado seul. Malheureusement, déplore-t-il, l’équipement disponible ne concorde pas avec cette croissance exponentielle. Toujours selon lui, l’hôpital Yalgado qui dispose du plus grand centre d’hémodialyse compte seulement 34 générateurs qui ne sont d’ailleurs pas tous fonctionnels. En effet, justifie-t-il, plusieurs machines sont amorties. Or, chacune d’elle peut coûter 20 millions. Les consommables aussi sont en nombre insuffisant. Un seul kit coûte 48 000 francs. La subvention de deux milliards que l’Etat donne ne permet donc pas de s’en approvisionner en quantité suffisante. Pour lui, il faudrait à peu près 7 milliards pour résoudre ce problème. Le 9 octobre 2017, le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, a reçu une délégation égyptienne. A l’ordre du jour était inscrite l’implantation d’une unité industrielle pharmaceutique pour la production de consommables de dialyse qui pourrait faire du Burkina un hub de distribution dans l’espace CEDEAO. A ce jour, les choses ne semblent pas bouger. S’exprimant quelques mois plus tard sur la même question, son ministre de la santé, Nicolas Méda, déclarait : « On pouvait ouvrir ce centre depuis novembre 2017, mais on voulait s’assurer que nous avons au moins 6 mois de fonctionnement de consommables avant de commencer. Là, nous avons lancé les commandes pour que d’ici trois mois, nous ayons un stock de fonctionnement d’environ un an ». Où en est-on ? La question reste posée, vu que la demande d’informations transmise au ministère est sans suite pour le moment. Il en est de même pour le projet Sahel health. Initié par le professeur Salifou Moro, un grand spécialiste des maladies rénales dont une première mission a séjourné au Burkina en juin 2016 puis en août 2017, il constitue également en l’agrandissement des centres d’hémodialyse des hôpitaux de Yalgado Ouédraogo, Blaise-Compaoré et Souro-Sanou, et éventuellement l’érection d’une structure pour les greffes de reins. A notre connaissance, rien n’a bougé non plus de ce côté.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Les règles alimentaires d’un dialysé

La boisson
Il est nécessaire de gérer la prise de poids entre les dialyses. Ce gain de poids est causé par l’eau non éliminée sous forme d’urine (la diurèse). Pour bien adapter et quantifer les boissons, il faut tenir compte de tous les liquides
(la boisson du petit déjeuner, l’eau des médicaments, le vin, etc.), et connaître le volume du récipient (un verre : 100 à 250 ml, un bol, etc.). La quantité recommandée = diurèse + 500 ml 750 ml en cas d’anurie (absence d’urine). Pour réduire la sensation de soif, il faut limitant les aliments riches en sel, en sucre, en humidifiant l’atmosphère.

Les protéines
Manger des protéines animales (viande, poisson, œufs, produits laitiers, fromage, etc.) à chaque repas est indispensable. Un choix de ces protéines peut être conseillé si votre phosphorémie est élevée. Si le néphrologue vous a prescrit des chélateurs de phosphore (produit qui capte le phosphore pour en permettre l’élimination), prenez-les avant ou au début des repas où vous mangez des protéines. Les protéines sont indispensables pour l’organisme et la dialyse augmente les besoins.
Si votre apport est insuffisant, des compléments nutritionnels peuvent être prescrits.

Sel et aliments riches en sel
Remplacez le sel par des épices, des aromates (poivre, thym, laurier, ail, oignon, etc.) et cuisinez-les à l’huile d’olive, de noix, etc. (c’est bon pour votre cœur et cela donne du goût).
Préférez les aliments frais ou surgelés
nature que vous cuisinez.
L’abus de sel donne soif, favorise l’hypertension, la rétention d’eau (œdèmes).

Le potassium
Il faut apprendre à connaître les aliments les plus riches, adapter la portion, répartir la consommation entre les dialyses mais ne pas s’interdire un plaisir. (50g de chocolat noir ≈ 50g de kiwi ≈ 100g de pommes terre cuites à l’eau ≈ 170 g de pomme ≈ 200mg de potassium). On peut éliminer la moitié du potassium des aliments en les épluchant, les coupant puis en les faisant cuire dans un grand volume d’eau (départ à froid), puis en jetant cette eau.
Les céréales raffinées (riz, pâtes, semoule) apportent très peu de potassium, les préférer si le repas précédent a été riche en potassium. Un chélateur de potassium (produit qui capte le potassium pour en permettre l’élimination) peut vous être prescrit.

Le calcium et le phosphore
Les reins qui ne fonctionnent plus ne peuvent pas éliminer l’excès de phosphore. Cet excès de phosphore favorise la calcification des artères et à moyen terme, il devient un facteur de risque cardiovasculaire. Le taux excessif de phosphore stimule la parathyroïde qui sécrète de la parathormone qui mobilise le calcium des os car les taux de phosphore et de calcium sont dépendants l’un de l’autre. Le rapport phosphore calcium doit rester constant. La mobilisation du calcium dans les os les fragilise et entraîne un risque de fracture spontanée.
A l’état normal une partie du phosphore est éliminée par l’intestin. Pour éliminer l’excès de phosphore il faut prendre des chélateurs qui absorbent le phosphore dans l’alimentation. Les effets du phosphore se font sentir après plusieurs années. C’est pourquoi même si vous n’avez aucun signe, vous devez prendre ces médicaments qui éliminent le phosphore pour éviter que votre qualité de vie se détériore (principalement à cause des fractures et des dépôts phosphocalciques dans les artères). Eviter cependant les laitages et les fromages très riches en phosphore n

Source : le Guide pratique des personnes dialysées


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