CEIA Internationale : Le magnat de l’économie qui a voulu intimider « L’Evénement »

Publié le lundi 23 avril 2018

Les affaires n’aiment pas le bruit et L’Evénement a fouiné dans celles de CEIA Internationale au nom de l’intérêt général. L’entreprise qui voyait un acharnement contre elle, cherchait la moindre occasion pour nous taper dessus. La providence va lui sourire quand dans notre parution du 25 décembre 2017 nous titrons à la Une : Malversations financières, CEIA Internationale doit plus de deux milliards. Immédiatement, nous sommes cités à comparaître devant le tribunal pour faits de diffamation et de calomnie. Aucune de ces infractions n’est constituée, juge le tribunal. CEIA Internationale est déboutée et condamnée aux dépens ! Péripéties d’une ‘’relation’’ tumultueuse.

Notre premier article sur cette entreprise remonte au 10 octobre 2017 sous le titre : CEIA Internationale : plus de 400 millions détournés au détriment du ministère des Ressources animales. Il s’agit d’une enquête menée sur une convention de plus de 3 milliards signée entre le ministère et CEIA en tant que maître d’ouvrages délégué. Mais l’exécution va connaître des irrégularités. Pour cette raison, l’ARCOP décide en juillet 2017 de suspendre l’entreprise de la commande publique pour une durée de 3 ans (14 juillet 2017 au 14 juillet 2020). Nous appelons donc Daniel Rasmané Sawadogo, administrateur directeur général de la structure. Il accepte de nous recevoir. Le rendez-vous est fixé pour le 7 septembre à 10h. Un fait troublant. Quelques heures après notre échange, nous recevons un appel d’une certaine Déborah Boulsa de Air SARADA. L’objet était de lier un partenariat avec L’Evénement. AIR SARADA est une propriété de M. Sawadogo dont les initiales donnent le nom de la compagnie. Notre réponse à ce projet de partenariat était attendue au plus tard le mercredi 6 septembre, veille de notre rencontre avec M. Sawadogo. Mais la rencontre n’eût pas lieu, en dépit de leurs relances. Nous rencontrons tout de même l’administrateur directeur général de CEIA Internationale dans son bureau. Un écran télé relié à une caméra de surveillance permet de voir tout ce qui se passe aux alentours. Des miroirs géants créent un effet d’illusion en donnant l’impression que vous êtes au fond de la salle. De grands posters également de la compagnie occupent une place de choix. Pendant deux heures d’horloge nous avions échangés avec M. Sawadogo qui devant la profusion de nos informations finit par nous supplier. En quittant son bureau à 12 heures passées, il demande qu’on se revoit le lendemain à la fin de la séance de l’Assemblée nationale. Le vendredi 8 septembre en effet, les députés devaient élire le successeur de feu Salif Diallo.

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Quand nous avions fait le compte rendu à notre directeur de publication, il nous fait savoir qu’on l’a également appelé de l’Assemblée nationale pour solliciter une rencontre sans toutefois lui préciser l’objet. Ce n’est qu’à ladite rencontre que le DP se rend compte que l’objet portait sur le sujet de notre enquête. Sans détour, il les renvoie vers nous tout en leur signifiant qu’il ne peut pas s’ingérer dans un travail qu’il ne conduit pas lui-même. Ils arrivent à la rédaction et nous supplie : « il faut nous aider ». Finalement nous nous laissons attendrir. M. Sawadogo était dans l’attente de la décision du tribunal administratif quant au recours en suspension introduit contre la sanction de l’ARCOP. Le tribunal devait siéger courant septembre alors que le papier était programmé pour l’édition du 10 septembre. Nous avions prévu d’en faire la Une. L’argument de Daniel Sawadogo était que si notre article est publié avant la décision du tribunal, il y avait des chances qu’il influence le tribunal. Nous avions cédé en nous disant qu’il vaut mieux lui laisser une chance, d’autant que si le tribunal confirme la décision de l’ARCOP, c’est la mort assurée de CEIA Internationale avec des dizaines de jeunes qui risquent de se retrouver à la rue. Avec la suspension, c’est en effet la résiliation de tous les marchés dont la société était attributaire. Nous faisions remarquer tout de même : que la décision du tribunal soit favorable ou pas, nous nous réservons le droit de publier notre article. Le 13 septembre, le juge administratif ordonne la suspension de la décision de l’ARCOP. C’est le même Rasmané Daniel Sawadogo qui vient personnellement nous remettre la décision.

A l’offensive

Quand notre article est paru finalement le 10 octobre, le responsable d’une entreprise mise en cause nous saisit pour rectification. Il nous remet des documents sur un marché qui devrait porter sur un abattoir à Bobo Dioulasso. Nous titrions à propos : De construction à réhabilitation d’abattoir de Bobo, un écart de plus de 237 millions difficile à comprendre. Nous avions également découvert dans ce marché des irrégularités. Dans la convention signée avec le ministère des ressources animales, il s’agit bien de la construction d’un abattoir. Finalement ce qui est réalisé a été une simple réfection. En plus, l’écart de prix est exorbitant ! Nous demandons à rencontrer M. Sawadogo. C’était le 23 octobre 2017 que nous l’avions appelé pour négocier un rendez-vous le 24. Mais au téléphone, nous avons découvert un autre M. Sawadogo très offensif : « écrivez ce que vous voulez » nous a-t-il dit. Quelques temps après, il rappelle pour dire qu’il va nous recevoir à 9 heures.
Peu après nous recevons un appel. L’interlocuteur se présente comme un cousin de M. Sawadogo. Il fait savoir qu’il a des informations à nous donner au sujet de CEIA Internationale. Nous convenons d’un rendez-vous. Il a dit « information à donner » mais il a plutôt cherché à nous amadouer. Agent du ministère des finances, il nous fait savoir qu’il ira à la retraite d’ici peu de temps et qu’il devra prendre la direction de Air SARADA.
Ainsi, il ne voudrait donc pas prendre la tête de la compagnie avec du bruit (médiatique) autour. Connaissant donc ses intentions, nous prenons désormais nos distances avec lui : pas de réponse à ses appels et messages. Il nous envoie ce SMS le 2 novembre : « Bonjour (si) tu ne veux plus communiquer avec moi alors dit, là je vais plus appeler mon frère ». Silence radio !

La route du procès

Le rapport d’enquête parlementaire sur la maîtrise d’ouvrage déléguée est venu corroborer nos écrits sur CEIA Internationale. L’entreprise nous assigne malgré tout en justice pour diffamation à la suite du compte rendu que nous avions fait de ce rapport sous le titre : Malversations financières, CEIA Internationale doit plus de deux milliards du 25 décembre 2017. Avec ce que nous avions consenti pour l’entreprise, nous avions été finalement payés par un procès en diffamation. Que gagnons-nous à diffamer cette société ? Nous faisons seulement notre job tout en ayant conscience de notre responsabilité sociale. Et c’est très pertinemment que notre directeur de publication a fait cette remarque devant le tribunal : si les gens de CEIA Internationale savent où nous trouver pour nous demander des faveurs, ils devraient également suivre la même démarche en nous approchant pour nous faire des observations si tant est que, selon eux, l’article incriminé « est aux antipodes de la réalité ». A L’Evénement, nous savons nous remettre en cause s’il le faut. Pour faire dans la désinformation, les responsables de l’entreprise ont même soutenu dans leur plainte que la publication a amené la SONABHY à suspendre le processus d’exécution du mandat de délégation de maîtrise d’ouvrage publique qu’elle a signée avec CEIA Internationale. Ce qui a fait perdre à l’entreprise la somme de 28 259 820 fcfa. Faux ! Puisqu’il s’agit d’un autre article dans le même numéro du 25 décembre qui traitait de ce cas sous le titre : Réalisation d’ouvrage pour la SONABHY, une procédure à relents de corruption. L’article aura été d’une grande utilité pour la société d’hydrocarbures qui y a découvert que CEIA Internationale a failli à ses obligations contractuelles vis-à-vis d’elle. C’est alors que la SONABHY a décidé d’appliquer l’article 10 de la convention signée entre elles, en commettant des audits qui ont entrainé la suspension du contrat. Aucunement, les arguments avancés par CEIA Internationale n’ont prospéré devant le tribunal.

Par Basidou KINDA


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