Parquet de Paris : Une affaire qui parle aux Burkinabè

Publié le jeudi 15 février 2018

Mediapart, c’est ce média de notre confrère français Edwy Plenel, un ancien du quotidien Le Monde qui révèle l’affaire. Un policier du renseignement parisien intercepte des messages suspects. L’auteur des messages évoque une attaque dans une église et mentionne expressément Saint-Etienne du Rouvray, une petite ville de France. Nous sommes le 21 juillet 2017. Le 22 juillet, le policier (un brigadier) adresse une note à sa hiérarchie. Celle-ci n’est pas transmise à la direction générale de la sécurité intérieure. Le 26 juillet, soit cinq jours après l’interception des messages, un prêtre est égorgé par deux terroristes pendant son office à Saint-Etienne du Rouvray. Il se trouve que l’un des deux auteurs de l’attentat, Adel Kermiche est l’auteur des messages suspects. C’est le début de l’affaire. Si la note avait été transmise, aurait-on pu prévenir l’attentat ? C’est un des aspects du débat. Mais ce n’est pas tout. Il se trouve que la nouvelle de l’attentat connue, la direction du renseignement parisien aurait tenté de falsifier la date de la note du brigadier, espérant ainsi masquer la passivité des services. C’est évidemment plus grave !
Mais là où l’affaire est intéressante pour nous autres Burkinabè, c’est la réaction du parquet parisien. En effet, sur plainte d’un paroissien blessé lors de l’attentat, une enquête a été ouverte dans la même journée pour « faux, usage de faux et altération de documents de nature à faciliter la découverte d’un crime ou d’un délit ou la recherche de preuves, par une personne concourant par ses fonctions à la manifestation de la vérité ».
Une célérité qui doit parler à notre justice, la justice burkinabè. Rappelons-nous l’affaire David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré. L’homme avait été torturé à mort. Pour sauver le « petit président » qui l’avait remis à ses bourreaux, on avait fabriqué dans les locaux de la gendarmerie nationale à Paspanga, un faux procès-verbal, entièrement concocté par un fonctionnaire pourtant assermenté. Un juge a découvert la supercherie et a immédiatement engagé la procédure d’inculpation. Que s’est-il passé après ? Eh bien, le juge en question a été purement et simplement dessaisi du dossier. Et du faux procès-verbal on n’en a plus entendu parler dans le circuit judiciaire. Dans des articles précédents, nous avons déjà pointé la responsabilité du chef d’Etat-major de la gendarmerie nationale qui était à l’époque Djibril Bassolet. Mais ce dernier n’a pu le faire que parce qu’il disposait d’une chaine de complicités dans la hiérarchie judiciaire. A l’époque, il y avait bien eu des magistrats pour dénoncer la manœuvre. Toutefois, l’action n’avait pas prospéré pour une raison simple. Aussi bien la chancellerie que la haute hiérarchie judiciaire étaient dans le coup.

« La commission d’enquête du CSM mise en place récemment pour redorer le blason de la justice a délibérément laissé de côté les affaires emblématiques qui ont pourri l’institution. Que deviennent ces hommes qui ont laissé prospérer tant de dénis de justice ? On ne peut tout de même pas passer tant d’injustices par pertes et profits ! »

Cette affaire restera pendant longtemps une grave souillure pour la justice burkinabè. Nous ne cesserons de le répéter. Rien de bon ne sortira de notre justice tant qu’elle n’aura pas fait amende honorable. Cela passe par une véritable mue.
La commission d’enquête du CSM mise en place récemment pour redorer le blason de la justice a délibérément laissé de côté les affaires emblématiques qui ont pourri l’institution. Que deviennent ces hommes qui ont laissé prospérer tant de dénis de justice ? On ne peut tout de même pas passer tant d’injustices par pertes et profits ! Sans vouloir jeter des gens en pâture, il est tout de même indécent de laisser des figures hideuses continuer à écumer les maillons névralgiques de notre système judiciaire. Si l’institution a acquis aujourd’hui son indépendance, on ne doit pas oublier que c’est grâce au combat de ces hommes et femmes démocrates, patriotes et révolutionnaires qui ont pris des risques en dénonçant la gangrène.
Ces derniers ont aujourd’hui le sentiment d’assister à des tentatives de manipulation visant à enrober l’image d’une justice frelatée. Mais aujourd’hui comme hier, ils doivent rester vigilants pour empêcher de telles forfaitures.

Par Germain B. Nama


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