Emmanuel Macron : Les essentiels de son discours de Ouagadougou

Publié le mardi 9 janvier 2018

D’abord une sentence : « Il n’y a plus de politique africaine de la France ! (…) Il y a des amis ; Il y a des gens avec qui on est d’accord, d’autres non. Il y a surtout un continent que nous devons regarder en face ». Les barrières de l’Afrique d’aujourd’hui ne viennent que se plaquer sur un passé qui doit passer. Les représentations qui ont été des constructions doivent évoluer.
Issu d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé, dont les plus beaux souvenirs politiques se résument en la victoire de Nelson Mandela et son combat contre l’apartheid, Macron se refuse à toujours revenir sur les mêmes représentations d’hier. Certes, les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de l’histoire européenne. Mais Macron a la conviction profonde que notre responsabilité n’est pas de nous y enterrer, de rester dans ce passé. Impressionné par la détermination de la jeunesse burkinabè à défendre à deux reprises et parfois au prix de la vie les acquis de la démocratie et de l’Etat de droit, il ne vient pas donner des leçons mais pour soutenir ceux qui veulent faire souffler le vent de la liberté et de l’émancipation. Et il observe que, partout, sur le continent, la jeunesse réclame avec impatience de participer à la gestion de son pays et de la mondialisation. Européen convaincu, ce n’est pas simplement un dialogue franco-africain que nous devons construire ensemble mais bien un projet entre nos deux continents. De plus, une partie du basculement du monde se joue en Afrique : changement climatique, terrorisme, démographie (450 millions de jeunes à insérer sur le marché de l’emploi d’ici à 2050), etc. Des défis à relever rapidement, et qui sont de la responsabilité de la jeunesse. C’est pourquoi Macron est venu s’adresser à elle, parce que beaucoup de choses résident en elle. Et c’est pourquoi aussi, il a pris l’engagement d’avoir une France au rendez-vous du défi du développement. Parce qu’il veut être celui qui aidera l’Europe à saisir cette chance : celle d’écouter la jeunesse africaine, d’en tirer le meilleur parti et de mettre son potentiel au profit de l’ensemble du monde.

Macron est venu prendre des engagements avec la jeunesse

Il en a déjà pris avant son arrivée. Celui d’avoir une France au rendez-vous du défi du développement, sans quoi les autres engagements ne sont pas possibles, si la France n’est pas à la hauteur de ce défi et ne décidait pas d’être à la hauteur, en termes d’aide publique au développement. Dès le début de son mandat, il a pris l’engagement ferme d’atteindre à la fin de celui-ci les 0,55% du revenu national brut, en termes d’aide publique au développement. Mais il ne faut pas pour autant s’arrêter aux chiffres. Parfois, dit-il, « notre aide publique au développement ne répond pas aux besoins ». C’est « un argent qui va trop peu sur le terrain, trop peu justement aux jeunes ou ceux qui en ont le plus besoin ». C’est pour cela que cette philosophie a été changée en France ». Il ne s’agit plus de construire des cathédrales à notre gloire, mais de poursuivre des projets dont les Africains ont besoin. La nouvelle : inventer une amitié pour agir.
Le premier péril qui pèse sur chacune de nos consciences, c’est l’atteinte à notre dignité humaine. Ce qui se passe en Libye est un crime contre l’humanité. Macron se propose de soumettre à Abidjan, lors du sommet rassemblant l’Europe et l’Afrique, une initiative euro-africaine pour mettre fin à cette tragédie.
Le deuxième impératif est la lutte contre le terrorisme. Nous avons ce destin tragique en commun. Nos deux pays durant ces dernières années ont été bousculés, frappés, meurtris par le terrorisme (…) un terrorisme islamiste qui s’est construit dans la zone irako-syrienne, qui s’est construit aujourd’hui dans la bande sahélo saharienne. Aujourd’hui, la force Barkhane, présente dans la bande sahélo saharienne, assure la stabilité. La France continuera d’accompagner le travail du G5 pour renforcer les capacités sous régionales, notamment par la formation.
La troisième menace pour l’Afrique, ce sont les conflits politiques. Le Président de la République française n’a pas de leçon de démocratie à donner et n’attend d’ailleurs pas cela d’un Etat africain pour l’Europe. Mais c’est le rôle de l’Europe d’être aux côtés de ceux qui travaillent au quotidien à rendre la démocratie et l’Etat de droit irréversibles : Etats, ONG, journalistes, universitaires et toute cette collectivité du pluralisme démocratique. En venant au Burkina, Macron a une seule certitude : le changement et renouveau générationnel, dans un continent où 70% de la population a moins de 30 ans, est une loi mathématique, non une option. Ceux qui veulent retarder le cours de l’histoire n’ont pas regardé, à coup sûr, le Burkina mais n’ont pas compris non plus qu’il y avait un ferment essentiel à ce changement, et que leur propre jeunesse est en train de tourner une page.
Le quatrième péril est celui de l’obscurantisme : l’emprise de l’extrémisme religieux sur les esprits. Il est temps de lui faire barrage, en le combattant partout, et en ne lui laissant aucun espace ; et aller encore plus loin dans le combat pour éradiquer son financement. Ce sera l’enjeu de la conférence sur la lutte contre le financement du terrorisme que Macron organise à Paris courant 2018. Certes, il faut simplement fermer les écoles qui enseignent la rupture et la régression, mais il faut en ouvrir d’autres qui bâtissent le socle commun de connaissances.

La femme doit pouvoir choisir son destin

La démographie est le cinquième défi. Sept, huit, neuf enfants par femme, est-ce sûr, chaque fois, que c’est le choix de la femme ? La démographie peut-être une chance, à condition que chaque femme ait la possibilité de choisir son destin dans nos sociétés.
Le défi démographique, c’est aussi la santé. Pas seulement en termes d’accès aux médicaments, mais aussi la mise en place d’un véritable système de santé. Macron souhaite que des financements privés français servent demain à ouvrir des cliniques de qualité en Afrique. Et il aidera ceux qui combattent contre le trafic de faux médicaments jusqu’à complète éradication.
Le changement climatique est le 6e défi qui peut amplifier toutes les autres et les rendre hors de portée. Il veut que l’Afrique soit un lieu de financement de ces innovations radicales dans la lutte contre le réchauffement climatique. 500 millions d’urbains en plus pour le continent à l’horizon 2025. C’est en Afrique qu’est en train d’être inventée la ville durable du 21e siècle. Et c’est l’enjeu du prochain sommet Afrique-France que la France accueillera en 2020. Macron propose un inédit : celui du pari de la jeunesse. Deux révolutions fondamentales : celle de la mobilité et celle de l’innovation. Macron promet de faciliter encore plus les études des étudiants africains en France ainsi que leurs carrières. A cet effet, il a demandé que l’agence universitaire de la francophonie devienne la porte d’entrée pour donner accès à tous à une bibliothèque unique des savoirs et des formations. Objectif : pouvoir accéder aux mêmes manuels, aux mêmes contenus à Lyon, Bordeaux, Bobo-Dioulasso ou Ouagadougou. Il veut réaliser une révolution de la mobilité. Pas seulement les études mais aussi une circulation plus large, une circulation croisée, choisie. Macron souhaite que la France puisse accueillir 1000 nouveaux talents africains chaque année dans le domaine de la création d’entreprise, la recherche, l’innovation, la culture, le sport. Il veut que la France accélère leur réussite.
En parallèle, Macron souhaite que plus de jeunes Français puissent aussi venir travailler en Afrique. Business France augmentera en 2018 le nombre de jeunes volontaires français travaillant en Afrique et Macron demandera aux ambassades de recruter davantage de volontaires en privilégiant les candidats qui parlent ou ont commencé l’apprentissage d’une langue africaine. Ouagadougou sera le point d’entrée de cette mobilité croisée. Macron promet d’y construire, au centre-ville, une Maison de la Jeunesse, et d’accélérer les travaux afin qu’elle puisse être ouverte officiellement le 14 juillet 2018.
La deuxième révolution qui permettra le sursaut de la jeunesse, c’est celle de l’innovation et, avec elle, de l’entreprenariat. Concrètement, la France va y consacrer plus d’1 milliards d’euros pour soutenir les PME africaines à travers l’AFD et la banque publique d’investissement. L’Afrique doit être une priorité de la diplomatie économique française. Cette initiative s’adresse tout particulièrement aux femmes entrepreneuses.
De plus, un fonds doté de 300 millions d’euros va soutenir les projets des infrastructures africaines dans les toutes prochaines semaines. La France n’investira plus pour faire des opérations de gouvernement à gouvernement ou il n’y a aucune retombée pour la population locale. Non plus dans les grands groupes, qui participent parfois à des opérations de corruption organisée. Elle privilégiera l’emploi social, l’emploi des jeunes et des femmes. Et elle veillera qu’on ne réplique plus les erreurs du passé. Mais qu’on ne se trompe pas, ajoute Macron : « il n’y a pas d’Eldorado de l’investissement et de la croissance unilatérale, il n’y a pas de bon investissement d’un Etat ou d’entreprise quand ce ne sont pas les intérêts de cet Etat qui sont le but ».

Le patrimoine culturel africain sera restitué d’ici 5 ans

Aujourd’hui, nous sommes orphelins d’un imaginaire commun. Nous souffrons d’un imaginaire qui nous enferme dans nos conflits, parfois dans nos traumatismes, d’un imaginaire qui n’est plus le vôtre, qui n’est plus le nôtre. Macron propose que nous reconstruisions ensemble un nouvel imaginaire commun autour de trois remèdes : la culture, le sport, la francophonie.
Il n’accepte pas qu’une large part du patrimoine culturel africain soit en France. Ce patrimoine doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, Lagos et Cotonou. D’ici 5ans, il veut réunir les conditions pour le retour temporaire ou définitif de ce patrimoine en Afrique. De plus, il lancera en 2020 une saison des cultures africaines à Paris pour faire connaitre à la France, aux jeunes français, la création des jeunes générations africaines dans la mode, la musique, le cinéma et le design. En outre, Paris accueillera en 2024 les Jeux olympiques : « J’ai demandé au comité d’organisation de prévoir dès à présent un plan pour permettre aux sportifs africains de venir s’entrainer en France dans les meilleures conditions. Je souhaite dans le cadre de jeux de Paris 2024 que nous puissions, en lien avec le comité olympique et dans le cadre du partenariat UE-Afrique organiser le développement et les investissements dans des infrastructures durables de sport en Afrique ».
La langue française du Burkina Faso ou du Sénégal, n’est déjà plus française. Elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui conquiert parce que ce sera la vôtre. Pour cela, Macron a demandé de construire, en lien avec l’Académie française, un dictionnaire de la francophonie plus riche, plus large que le français de France.

A L


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