Soins maternels et infantiles : Une gratuité dans des conditions difficiles au CMA de Pissy

Publié le mardi 9 janvier 2018

Depuis avril 2016, la gratuité des soins en faveur des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans est entrée en vigueur au Burkina Faso. Comme conséquence à cette mesure, il fallait s’attendre à une hausse de la fréquentation des centres de santé. Sauf que les conditions de travail et les capacités des centres n’ont pas connu une mue à même de faire face à la nouvelle donne. C’est le cas du Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Pissy. Ce reportage a été réalisé en septembre 2017.

Ce CMA fait partie des 38 formations sanitaires publiques du district de Boulmiougou. C’est un centre de référence qui couvre environ 125 formations sanitaires publiques et privées. L’ex-commune de Boulmiougou (l’arrondissement 6, 7, une partie de l’arrondissement 3, une partie de l’arrondissement 8, les communes rurales de Tanghin-Dassouri, Komki-Ipala et Komsilga) constitue l’aire sanitaire. Les malades que les formations de ces zones ne peuvent pas soigner sont référés à ce CMA.
De par sa situation géographique, il reçoit souvent des malades référés de Kokologho, Koudougou et Saponé. Il est d’ailleurs la seule structure de niveau de référence qui met en œuvre la gratuité des soins.

Cliché des conditions de travail des agents de santé au CMA de Pissy

Mercredi 13 septembre 2017. Nous y sommes pour un entretien avec le médecin chef de district sanitaire (MCD), le docteur Noël Nacoulma, dans le cadre d’un dossier sur la gratuité des soins. Ce dernier nous invite à faire un tour à la maternité pour nous imprégner un peu des conditions de travail des agents de santé. Sur place, l’affluence est impressionnante. A l’extérieur comme à l’intérieur, ce sont les femmes qui, pour des consultations prénatales ou pour l’accouchement qui occupent le hangar et les couloirs des bureaux à l’intérieur. Sans compter les accompagnants qui sont également à côté. « Si vous n’optez pas pour la planification familiale, nous allons fuir vous laisser », ironise le MCD à l’endroit des femmes en attente de consultation devant le bureau du docteur Marius Nacoulma, gynécologue obstétricien et chef de service à la maternité. Avant bien sûr de leur demander la permission pour avoir accès au bureau du docteur. « Toute la nuit, je n’ai pas dormi », martèle le Dr Marius Nacoulma alors qu’on était autour de 9h 30mn avec une longue file en attente devant sa porte. Toujours dans tenue verte de travail, il nous confie que ce qu’il faut retenir essentiellement c’est l’affluence des patients au niveau de son département. « Toutes les équipes sont fatiguées. Qu’il s’agisse des sages-femmes, des médecins », déplore le premier responsable de la maternité. Puis d’ajouter que le médecin qui vient de descendre de la garde ce matin du 13 septembre 2017 a fait 10 césariennes toute la nuit tandis que son prédécesseur avait fait autant en une semaine. Et de conclure : « chaque jour c’est comme cela ». « La gratuité des soins fait certainement du bien aux populations, mais demande beaucoup d’efforts. Des efforts supplémentaires pour le personnel, les infrastructures, le matériel… » Renchérit-il. L’affluence peut-elle être considérée comme une conséquence logique de la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans ? Certainement. En effet, à en croire le chef de service au niveau de la maternité, de par le passé il n’ y avait pas une telle affluence. Mais avec la mise en œuvre de la gratuité des soins, les agents de santé ont constaté « une inflation des activités ». Même les accouchements qui se faisaient à domicile se font maintenant en milieu hospitalier. Le MCD, Dr Noël Nacoulma, confirme qu’à la maternité, les gynécos sont déjà débordés avec « en moyenne 10 césariennes par jour et par cadre ». Puis de regretter : « Ce n’est pas tenable pour un individu quelle que soit ta volonté ». De son avis, le CMA gère plus que ce que l’air du district doit supporter, et cela complique davantage la situation. En plus de l’afflux, il y a des difficultés liées au matériel médicotechnique.

Quand gratuité rime avec précarité

« A l’échelle du CMA nous avons par exemple des difficultés pour le laboratoire. Notre laboratoire n’a pas suivi l’évolution qu’on aurait souhaitée. Nous sommes toujours restés dans le petit résidu du labo où il y a des appareils qui manquent et qui sont trop chers pour nous », le médecin chef de district. En conséquence, le CMA est obligé de travailler à minima pour ce qui est du laboratoire, confie son premier responsable. En ce qui concerne l’imagerie, le centre médical dispose d’un bâtiment non équipé. De ce fait, « pour une simple radiographie, il faut aller le faire à l’extérieur avant de ramener le patient. Cela joue sur la qualité de la prise en charge des patients », déplore-t-il. Il ajoute par ailleurs que malgré les locaux flambants neufs que son centre vient de se doter, sa capacité d’accueil est déjà dépassée. En sus, le gros souci du CMA est la question de l’électricité. Selon les dires du MCD, cette infrastructure sanitaire n’est pas sur un réseau électrique sécurisé et dès qu’il y a une petite panne, elle est affectée. Le groupe relai qui s’y trouve ne sert qu’à alimenter les salles d’urgence. Pour preuve, à la maternité cela fait une semaine environ (à la date du 13 septembre) que les ventilateurs ont arrêté de tourner pour raison de panne. Les climatiseurs dans la salle d’accouchement ont arrêté également de vrombir à cause des court-circuits. Pour faire face à l’afflux au niveau de la maternité, le docteur Marius Nacoulma s’est référé à ses supérieurs pour demander du personnel. Un personnel qu’il attend toujours, tout en espérant une réaction positive d’ici-là. Par ailleurs, En outre, il demande à ce qu’on renforce aussi les plateaux techniques parce que le matériel souffre. « On est obligé parfois de faire des évacuations parce que le matériel et les infrastructures ne tiennent pas », précise-t-il.

Wend-Tin Basile SAM


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