« La faillite morale des chefs d’Etats africains »

Publié le jeudi 7 décembre 2017

Le titre est celui de l’œuvre de Boureima Jérémie Sigué le président fondateur… du groupe de presse Le Pays. Dans cet ouvrage de 267 pages, il livre une série de réflexions en lien avec la construction de l’Etat de droit dans les jeunes démocraties africaines aux itinéraires politiques quasi-similaires. Ce journaliste qui a été l’un des premiers employeurs de l’émérite Norbert Zongo, n’est pas à son premier ouvrage complet, portant sur l’analyse de la vie socio-politique nationale ou sur des relations entre media, pouvoir et société. Dans cette publication sortie en septembre 2017 aux éditions le Pays, il insiste sur l’importance du fait culturel comme socle de tout développement socio-économique et même pour la construction d’une culture démocratique adaptée à l’idéal de l’Etat de droit que l’on peut lier aux réalités de nos pays africains. Dès le prologue, l’auteur donne le ton : « pendant des décennies, les princes qui étaient aux manettes du continent n’ont pas, dans leur grande majorité, compris que le beau, le sublime pour le dirigeant, n’est ni dans l’aurore, ni dans l’azur du ciel, mais dans l’amour de leur peuple. La plupart n’ont jamais compris qu’il n y a pas de grandeur dans le mensonge ni de noblesse hors de la vérité. Ils sont restés sourds à l’appel de la raison qui enseigne que l’histoire des peuples est un « mouvement perpétuel et constant de balancier, allant du règne de la nécessité au règne de la liberté ». La suite de l’œuvre est subdivisée en quatre parties où l’auteur en plus de la critique directe sur la gestion du pouvoir d’Etat, s’attaque à des questions de l’heure : migration, jeunesse, intégration, santé, monnaie, éducation… On appréciera sa « liste non-exhaustive » des prédateurs des démocraties qui contient aussi bien des chefs d’Etat « hors jeu que d’autres en activité. Par contre parmi ceux qui ont consacré leur vie aux démocraties et au panafricanisme seul JJ Rawlings est encore en vie. Une classification discutable vu que certains Héros de la nation qui ont vaillamment résisté contre la colonisation sont morts sur un strapontin sans partage à la tête d’un parti unique. Remember Diallo Telli ! L’auteur n’est pas du genre à faire dans la dénonciation facile. Après une analyse de la situation, il estime que l’avenir de l’Afrique est dans l’encouragement de la méritocratie et la dénonciation des liens de dépendance qui lient surtout les francophones à la FrançAfrique. Il faut une véritable indépendance économique et culturelle (Hegel ne fut-il pas pire qu’Engels dans l’appréciation de l’Afrique !) pour que l’Afrique occupe la place qui est la sienne sur le podium des continents du futur. Les dirigeants doivent mettre en œuvre la philosophie de développement endogène du Pr Joseph Ki-Zerbo s’ils veulent réellement l’émergence pour leur pays. Pour cela, il faut à l’Afrique des dirigeants éclairés, ayant une vision et un idéal au-delà de leurs ambitions personnels. « Le premier acte qu’il urge de poser, c’est celui de renverser la calebasse monétaire et son contenu en ne gardant que ce dont notre futur peut s’accommoder. « Encore une fois, c’est une véritable infamie que de continuer à laisser entre les mains de la France, les clés de notre temple monétaire incarné par le Franc CFA. Et d’ailleurs, l’appellation de cette monnaie donne la mesure de la bêtise africaine. Jugez-en : « franc des colonies françaises d’Afrique » Y a-t-il honte plus dévalorisante ? » C’est ce discours militant plein de conviction qui traverse l’ensemble de l’œuvre de ce sexagénaire d’expérience, qui a vu défiler bien de régimes politiques au Burkina Faso et sur le continent Africain. Le regard jeté sur la jeunesse laisse entrevoir des lueurs d’espoir et l’auteur semble approuver que plus rien ne sera comme avant, tant que cette jeunesse consciente restera debout, déterminée à ne pas tomber dans les travers de leurs ainés qui ont failli. Le processus est déjà enclenché, il faut simplement y croire. A bon entendeur…bonne lecture !

Ludovic O. Kibora


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