Suite Entretien avec Kader Ousmane Sanogo, initiateur de la rébellion ivoirienne : Le Burkina sera déstabilisé si Soro accédait au pouvoir

Publié le mardi 14 novembre 2017

Vous êtes sûr de battre Soro ?
Je sais que je vais le battre. Si ce n’est pas dans son village à Ferkéssé, Soro ne peut pas gagner une élection ailleurs. Soro ne peut pas gagner élection à Man, à Bouaké, à Bonoua. Il ne peut pas remporter une élection à Fresco. Bien que Alain Lobognon soit là, il ne peut pas gagner des élections à Sassandra encore moins à Tabou. Je sais que je peux le battre avec ce que j’aurai comme projet de société. Les Ivoiriens auront plus confiance en moi qu’en Soro.

Mais Soro est populaire auprès de la jeunesse ivoirienne…
Soro n’est pas populaire auprès de la jeunesse ivoirienne. Ne regardez pas ce que dit Facebook. Moi par exemple j’ai choisi de ne pas m’étaler sur les réseaux sociaux. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas d’idées pour mon pays. Lors des élections, ce n’est pas forcément le favori qui gagne. Le camp de Gbagbo se disait populaire et qu’il allait battre Alassane. Ils ont été surpris et désillusionnés. Soro m’a fait appeler par Alain Lobognon pour dire que Gbagbo a fait trois sondages qui disent qu’il allait gagner les élections de 2010. Mais Alassane est aujourd’hui président de la Côte d’Ivoire. Je vous dis aujourd’hui et ce n’est pas de l’amusement. Sans argent ni rien, si Soro se présente pour être président de la Côte d’Ivoire, je vais me présenter, je vais battre campagne même à pied s’il le faut mais je vais battre Soro. Ce combat que nous avons commencé, nous allons le mener jusqu’au bout parce que je ne peux pas accepter. On a mené le combat pour une justice équitable en Côte d’Ivoire. Il ne faut pas qu’on s’arrête là. Mais si Soro veut être arbitre et partisan, la cause est dévoyée et vous comprendrez que Soro n’est pas le plus populaire. Avec des élections transparentes, si Soro est candidat en 2020 il ne va pas gagner. Mais je ne pense pas que Soro puisse atteindre une élection en Côte d’Ivoire. Je vous le dis parce que la guerre qui va l’opposer à Alassane, il va bientôt la perdre. Il va rejoindre IB très prochainement s’il ne prend pas garde. Tous ceux qui combattent Alassane sont soit humiliés ou ils meurent. La liste est très longue. Il y a d’abord Philippe Mondon qui a signé le papier pour dire qu’Alassane n’est pas Ivoirien. Philippe est mort. On a vu Bédié dire qu’Alassane n’est pas Ivoirien. Bédié a été humilié et il a perdu son pouvoir. Guéi Robert dit qu’Alassane ne peut pas être candidat parce qu’on ne peut pas avoir deux cartes d’identité. Une dans la poche gauche et une autre dans la poche droite. Guéi est mort aujourd’hui. IB qui a un moment lâché Alassane pour se présenter, il est où ? Gbagbo lui a dit que tu ne peux pas être président d’une banque en Allemagne et ensuite en France pour venir être président et qu’Alassane ne sera jamais candidat aux élections. Où est Gbagbo ? Le tour est à Soro. Alassane, c’est Dieu qui lui a donné son pouvoir, et tous ceux qui vont se mettre sur son chemin vont payer. Ne voyez pas la personne d’Alassane. Le combat que mène Alassane a été pour libérer un peuple, un combat voulu par Dieu.

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Est-ce parce que vous avez donc été écarté de la rébellion que vous tenez à rétablir la vérité ?
Oui. Mais vous voulez qu’en pareille circonstance qui rétablisse la vérité ? Qui était là quand on allait en Libye ? Qui était là quand Kadhafi donnait l’argent ? Qui était là lorsque Kadhafi donnait les armes ? Quand IB appelait les gens qui était là ? C’est à moi de le faire. Si ce que je dis est crédible, vous verrez que ça va prendre mais si ce n’est pas le cas vous verrez aussi. Ceux qui me connaissent apprécient mon intervention sur Burkina Info. Je n’ai aucun intérêt à mentir au peuple ivoirien. Mentir aux gens, c’est facile à faire, mais à Dieu c’est impossible. Je préfère mourir que de désinformer le peuple. Je veux être un modèle pour les générations à venir. Je ne veux pas rentrer tristement dans l’histoire comme Gbagbo, l’empereur Bokassa et Mobutu. Non. Je veux rentrer dans l’histoire comme Alassane, un sauveur, un modèle pour moi, comme Mandela, Lumumba. J’ai été trainé dans mon village en slip comme Lumumba, comme un malpropre en disant que j’étais pro IB. Tous ceux qui étaient pro Alassane, pro IB, Soro les arrêtait. Si la rébellion rentrait à Abidjan avant les élections de 2010, Soro allait tuer Alassane et laisser Gbagbo. Il se dit que Gbagbo n’avait pas de relations à l’international alors que Alassane en a suffisamment. S’il tuait Alassane, il avait tranquillement la route de la présidence ouverte devant lui. Je ne suis pas prêt à laisser Soro arriver au pouvoir. C’est mon combat. Soro a toujours menti aux gens et on ne peut pas construire un pays dans le mensonge. Soro n’a pas créé la guerre. Ça je le revendique.

Comment se fait-il que Soro se retrouve à la tête de la rébellion ?
Je vous ai dit que c’est un conseil de huit marabouts, avec en tête Samassi Baba, qui sont venus dire à IB que c’est lui qui doit être le président parce que Dieu leur a dit cela. Lorsque IB voulait me parler, il ne m’a pas tout dit parce qu’il voyait en moi un pro Alassane. IB m’a caché ce projet. C’est à ma sortie de prison que j’ai su. Quand IB a été écarté. On s’est rencontré au Benin, je lui ai demandé ce qui s’est passé. Qu’est ce qui s’est passé pour que toi IB et moi nous soyons arrêtés ? Je sais qu’il y a eu une trahison. C’est là qu’il m’a expliqué que Blaise l’a lâché et il s’est fait arrêté en France. Je lui ai demandé sa position à partir de ce moment et il m’a dit qu’il combat pour lui-même. Je lui ai fait savoir qu’il était en train de commettre une erreur. Et je lui ai demandé d’envoyer un émissaire en France auprès d’ADO pour lui signifier que ce que Blaise lui a dit est faux, etc. et reste ce que tu es. Moi je sais que Alassane va m’appeler un jour si je reste sur le chemin de la vérité. Un jour Alassane saura que j’ai combattu pour lui pour qu’il soit à sa place. Ibrahim, le petit frère du président Alassane, m’a dit de venir lui demander pardon parce que je l’ai insulté un jour. Il devrait avoir une marche en 2001. Je savais que la marche allait être réprimée avec une horreur terrible. Quand j’ai dit à Ibrahim d’annuler la marche, Ibrahim a refusé. La marche a eu lieu et il y a eu 100 à 160 morts ou tout au plus 200 morts. Alassane a donné l’argent alors qu’il fallait 5 millions pour réussir la marche. Ibrahim a refusé de décaisser l’argent. Il a dit qu’il ne pouvait décaisser que 3 millions. Il fallait qu’on soit en mesure de riposter pour nous défendre. Comme Ibrahim a refusé, je me suis mis en retrait. J’ai proposé qu’on annule la marche et il ne m’a pas écouté. Quand il y a eu les morts, Ibrahim a proposé à Alassane qui a décaissé 65 millions pour les enterrements et la salutation des parents. Pourquoi prendre 65 millions pour aller saluer les parents alors qu’on pouvait les empêcher de mourir ? Je suis allé dire à Ibrahim Ouattara que c’est lui qui a tué les manifestants. Lorsque son frère est devenu président, il s’attend à ce que je vienne lui présenter des excuses pour qu’on me nomme le chef des moyens logistiques de la présidence où je servais. J’étais le responsable de la salle des conseils de ministres. J’ai donc refusé de faire une demande.

C’est sous Gbagbo que vous étiez à la présidence ?
Oui. Après les accords de Marcoussis. Je vous ai dit au début de l’entretien que Soro m’a appelé pour que je travaille avec lui et j’ai refusé. J’ai voulu rentrer à la présidence. C’est ainsi que je me suis retrouvé à la présidence. Avec l’accord de Soro, on m’a engagé à la présidence. Je travaillais au service de renseignement pour Soro. C’est au lendemain de l’élection que j’ai rendu ma démission parce que Ibrahim voulait que je vienne lui demander pardon. Tel que François Compaoré était au Burkina Faso, c’est comme cela qu’Ibrahim est. Sauf que Ibrahim est un peu mou parce qu’Alassane est un peu dur aussi. Sinon Ibrahim est inhumain et il faudrait qu’il change. J’ai démissionné et je me débrouille à la maison. Pas parce que je n’ai pas de connaissance ou de relations. Non. Je me dis que c’est la volonté d’Alassane de ne pas me placer quelque part. Mais si Dieu le veut, je pense qu’un jour j’aurai ma place. Jusqu’à la fin du règne d’Alassane, il comprendra un jour que j’ai aussi combattu, j’ai lutté pour qu’il arrive au pouvoir. Pas parce qu’il faut partager le gâteau mais pour le mérite il faut qu’il me mette quelque part. J’ai une famille et des enfants à scolariser. Je suis aussi un garant moral devant la société. On parle des microbes en Côte d’Ivoire, il faut caser ces enfants dès le bas âge. Mais quand il y a un laissez aller, on dira après qu’ils sont en conflit avec la loi. J’ai l’espoir qu’on reconnaitra mon combat un jour.

Pour parler de l’implication du Burkina Faso dans la crise ivoirienne, quel a été son degré d’implication ?
Je vous ai dit que Blaise nous a aidés, il a accepté que la rébellion voie le jour. Au début si on avait su, IB allait rester au maquis en brousse au lieu d’accepter l’asile politique. L’asile politique a empêché IB d’aller sur le terrain combattre. Ce qui a causé sa perte. Sinon le Burkina nous a aidés, nous a soutenus. Ce qui n’est pas rien. Avant que la guerre n’éclate en 2002, IB était au Burkina dès 2001. Il a d’abord bénéficié des moyens de Blaise. On était logé et nourri. Je faisais des va et vient entre la Côte d’Ivoire et ici. Cela a été vraiment quelque chose. Si quelqu’un te donne ne serait-ce qu’un centime à un moment où tu es dans le besoin, il faut le reconnaître. Mais si on le fait pour avoir quelque chose en retour, ce n’est pas bien. Finalement, on a compris que le Burkina nous a aidés pour en profiter. Malheureusement, le Burkina n’a pas profité en tant que tel. Si l’argent avait servi à créer des infrastructures économiques, à mettre un bon goudron de Ouaga à Bobo ou à créer des écoles, c’était bien. Mais Blaise a empoché et il a pris les armes pour suréquiper le RSP. Aujourd’hui, c’est avec cet argent que Blaise se la coule douce à Abidjan. C’est vrai que Alassane lui donne des moyens aussi. Ceux qui en veulent à Alassane d’avoir accordé l’asile à Blaise et de lui avoir donné la nationalité, avec ce que Blaise a fait en aidant la Côte d’Ivoire, même si c’était eux ils allaient l’aider en retour. Ensuite la femme de Blaise est ivoirienne. De droit, Blaise a la nationalité ivoirienne. C’est pour François Compaoré que je ne comprends pas. Sinon pour Blaise, c’est normal. Mais cela n’empêche pas Blaise de rendre compte au Burkina un jour. Puisqu’il a été président du Faso. Même s’il a été président avec la nationalité ivoirienne, il viendra un jour s’expliquer. Il faudrait que vous ayez la patience. Dans tous les cas, Blaise n’est pas à l’aise aujourd’hui. La terre de Kosyam, la terre de Ziniaré, son village natal, lui manque. Il veut voir les vieux, les amis d’enfance et il ne peut plus. Il veut reprendre la route par exemple pour visiter le Burkina. Quitter Ouagadougou pour Dori en passant par Kaya, etc. Ne pensez pas que tout est affaire d’argent. Blaise a accumulé de l’argent mais il n’est pas à l’aise. Nul n’est à l’aise que s’il est dans son pays. J’ai pris les armes parce que je ne pouvais pas accepter qu’un autre ivoirien me chasse de la Côte d’Ivoire. Comprenez donc que Blaise n’est pas heureux en Côte-d’Ivoire. Il sera heureux à Ziniaré même s’il n’est plus président.

Quel a été le soutien de l’armée Burkinabè à la rébellion en Côte d’Ivoire ?
On avait un certain Kiendrébéogo qui était notre formateur, on avait Isaac Zida qui nous a beaucoup soutenus. On a bénéficié de la formation de militaires qu’on a fait venir au Burkina. Il s’agit des Shérif Ousmane, Zaga-zaga et autres ont été formés. Bien qu’ils étaient des militaires de l’armée ivoirienne d’avant la rébellion. On a fait appel à une soixantaine de personnes qui n’étaient pas des militaires mais qui ont été formés. Nous avons bénéficié de la part de l’armée burkinabè. Diendéré et Zida s’en chargeaient. Bassolé a fait beaucoup également. Si le Burkina n’avait pas accepté, cette guerre n’allait pas voir le jour. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaitre. C’est pourquoi quand je parle de Blaise, je suis un peu gêné parce qu’au début il nous a aidés avant de changer par la suite.

Parlant de Zida, quel a été son rôle exactement ?
Zida était l’homme fort de Blaise pour la rébellion. Il était l’interlocuteur de la rébellion à un moment donné. Mais je précise qu’à notre temps ce n’était pas Zida, mais Djibril Bassolé et Diendéré qui assuraient le lien entre IB et Blaise. Quand Bassolé a été écarté, après que IB soit écarté, j’ai senti que Bassolé n’était pas content. C’est là que Diendéré et Zida ont pris le relais. Diendéré ne parlait pas trop. C’est Zida qui a tout fait et il s’est enrichi dans cette guerre. Et Soro a vu que Zida s’est rangé du côté des Kafando pour empêcher le coup d’état de septembre 2015, Soro était certainement déçu de lui. Mais sachant que Zida l’a trop soutenu, c’est pourquoi Soro voulait éliminer Salif Diallo et Chérif Sy. Quand l’Ivoirien Soro se permet de dire à Bassolé, un général de la gendarmerie, quand un civil dit à un général, laisse-moi je vais tuer un tel, c’est un enfant de sang.

Des soldats retraités de l’armée burkinabè ont récemment réclamé par voie de presse le payement de leurs primes parce qu’ils ont formé des éléments de la rébellion en Côte d’Ivoire. Quel est votre commentaire sur cette affaire ?
Je pense qu’ils ne sont pas en droit de se plaindre. Officiellement, le Burkina n’a pas recruté des gens pour venir nous aider à combattre. Ils ont donné des formateurs. Beaucoup on fait la guerre et ils ont profité voler et piller. Ils ont eu leur salaire sur le terrain.

Récemment il y a eu une série d’attaques en Côte d’Ivoire et des caches d’armes ont même été découvertes. Quel est votre point de vue sur cette actualité ?
Les attaques en Côte d’Ivoire sont l’œuvre de deux personnes. Ce sont les hommes de Gbagbo et ceux de Soro. Soro est prêt à pactiser avec le diable, rien que pour arriver à ses fins.

Vous avez quelque chose contre Soro apparemment ?
Aujourd’hui, c’est comme si je combattais pour qu’Alassane vienne au pouvoir et après lui ce sera le tour de Soro. Non. Ce n’est pas une affaire du Nord. On a combattu pour la justice et l’égalité. Après, on rentre chez nous. Mais pourquoi Soro veut être candidat ? C’est qu’il combattait pour sa propre personne mais pas pour la cause. Et les gens que Soro a tués ? Il a tué plusieurs de mes compagnons. Il faudrait qu’il rende compte. Il y a les charniers. Je sais où il y a les charniers.

Pouvez-vous nous donner des précisions sur ces charniers ?
Il y a deux charniers à Korogho. Ces deux charniers, il n’y a pas un qui contient moins de 60 corps. Il y a un charnier sur la route de Bengué sur la montagne. Ce charnier contient au moins 300 corps. Il y a un autre charnier à la carrière. Là aussi, il n’y a pas moins de 100 à 200 corps. Il y a un charnier à Anyama. Anyama, c’est là où IB a été enterré avec plusieurs de ses soldats. Ce charnier ne contient pas moins de 100 à 200 corps. Je les ai vus déversé les corps dans ce charnier. Il y a le charnier qui est à l’entrée des cimetières d’Anyama. A 50 mètres environ à gauche trouve le charnier. J’ai même des photos. A Douekoué, il y a deux charniers officiellement, et Soro a mis plusieurs personnes dans des puits également. 90 corps de gendarmes ont été mis dans un puits à Bouaké. Tout cela, il faut que Soro rende des comptes.

Comment voyez-vous l’échéance électorale de 2020 en Côte d’Ivoire ? Quelle est votre analyse sur cette question ?
Je sais que mon pays va aller forcément en guerre encore. Je ne pense pas que ce sera une rébellion encore. Ce sera une petite guerre pour mettre fin à la longue guerre qu’on a traversé de par le passé. Aujourd’hui le climat est délétère et les choses ne tournent pas rond. La constitution n’interdit pas à Alassane de rester jusqu’en 2025 et organiser des élections pour partir.

Etes-vous pour qu’il reste jusqu’en 2025 ?
La constitution l’autorise et je suis pour. Pourquoi êtes-vous allés brûler votre assemblée nationale ? C’est parce que vous n’étiez pas pour la modification de la constitution. En Côte d’Ivoire, la nouvelle constitution a été adoptée. Aux élections, Alassane se représente et il sera élu pour son dernier mandat. D’ailleurs, actuellement, il n’y a pas de successeurs prêts à gouverner la Côte d’Ivoire. Alassane n’est pas dans la même posture que Blaise en son temps. Si ce n’était pas Alassane, quel autre président pouvait remettre la Côte d’Ivoire sur les rails après 10 ans de guerre ? Allez-y au Libéria et en Serra Léone voir. Le seul pays qui a réussi comme la Côte d’Ivoire, c’est le Rwanda.

Vous avez eu à dire que si Guillaume Soro devient président en Côte d’Ivoire, il se peut que Blaise y crée une rébellion pour reconquérir son pouvoir. Qu’est ce qui vous permet de le dire ?
C’est Blaise qui va la créer. C’est Soro et Blaise. J’ai dit que Soro et Blaise sont les deux faces d’une même pièce. Le Burkina devrait m’aider à produire le document mais voilà que Sidwaya l’a bloqué. Mais ils sauront un jour que j’avais dit la vérité. Je ne souhaite pas qu’on en arrive là, parce que pour que Soro crée cette rébellion, il faudra qu’il devienne président en Côte d’Ivoire. En attendant, je vais me battre pour que Soro n’arrive pas au pouvoir. Mais je touche du bois, si Soro accédait au pouvoir, il allait créer une rébellion et si les Burkinabè ne veulent pas de Blaise, le pays sera déstabilisé. Si aujourd’hui Blaise veut revenir au Burkina, s’il peut faire un discours pour demander pardon au peuple burkinabè, qu’il regrette et il souhaite rentrer pour se mettre à la disposition de la justice, même si les autorités jugent Blaise et le condamnent, le peuple burkinabè va marcher pour réclamer sa libération. Blaise ne va pas faire un ou deux ans de prison. Il pourra être président du Burkina à nouveau s’il se détache de son frère. C’est le frère de Blaise qui l’a induit en erreur et c’est lui le problème. Ce n’est pas Blaise. Blaise a apporté beaucoup au Burkina. Quand on est un chef, il ne faut pas laisser les gens décider à ta place.

On sait que depuis un certain temps, le Burkina Faso fait l’objet d’attaques terroristes récurrentes. Comment expliquez-vous cela ?
Il faut reconnaître que le jour où Blaise est parti, les terroristes et autres qui étaient à Ouagadougou ont tous quitté Ouagadougou. Blaise était en relation avec tous ces gens et c’est lui qui présidait toutes ces négociations. Même pendant la crise ivoirienne. Le terroriste ayant la crainte de Blaise, ils ne pouvaient pas attaquer le Burkina. Aujourd’hui l’armée burkinabè est censée être suréquipée pour faire face au gars du RSP. Quand on a dissout le RSP, on ne sait pas où sont rentrées les armes de l’ex-RSP. Le Burkina est donc devenu faible et il ne peut pas se défendre. Je pense que Blaise savait négocier avec eux. Je suis contre le terrorisme parce que ces derniers se font passer pour des musulmans alors qu’ils ne sont pas des musulmans. On ne peut pas tuer au nom d’Allah qui donne la vie, la paix, l’amour, l’espoir. Les terroristes tuent sans faire la différence. Je souhaite donc que le Burkina soit épargné de ces terroristes mais je ne pense pas que ce soit les terroristes qui attaquent les commissariats et gendarmeries au Burkina. Ce sont plutôt les éléments du RSP qui n’ont pas été reconduits dans l’armée, peut-être, qui volent et pillent. Ils le font, peut-être aussi, parce qu’ils veulent avoir des armes pour créer une rébellion un jour comme en Côte d’Ivoire où il y a les attaques des commissariats. Il faut être sur ses gardes, être assez vigilant.

Avez-vous un message ou un mot pour mettre fin à cet entretien ?
Je repars du Burkina avec un sentiment mitigé. Je suis déçu parce que Sidwaya a bloqué mon œuvre qui pourtant allait régler deux problèmes. Je suis aujourd’hui sans abri, sans sou. Avec le livre, j’aillais me faire un peu de sous parce que les gens le réclament partout. Cela pouvait m’apporter une certaine assise financière. Pas me rendre riche, mais j’allais subvenir à mes besoins. Je suis fier de la presse burkinabè qui m’a beaucoup soutenu dans mon combat. Il faut dire que le Burkina n’est pas à l’abri d’une autre insurrection parce que ceux qui ont conduit l’insurrection ne comprennent pas ce qui se passe actuellement. Même si les autorités n’ont pas d’yeux pour voir, qu’elles aient des oreilles pour entendre ce que le peuple dit. Ça grogne en bas et l’autorité doit faire quelque chose.

Entretien réalisé par
Wend-Tin Basile SAM
sw.basile@yahoo.com


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