Assemblée Nationale : Roch place son poulain au perchoir

Publié le mardi 3 octobre 2017

Au jeu des pronostics, les médias sont restés relativement prudents, se contentant de relayer des listes de noms de députés éligibles. C’est à croire que l’omerta aura été de rigueur jusqu’à ce que le grand sachem décide de dévoiler son choix. Cela s’est passé la veille du scrutin, c’est-à-dire le 7 septembre dernier.

Dans la soirée du 6 septembre, les députés du groupe parlementaire MPP ont été convoqués en réunion par le président Alassane Bala Sakandé. Apparemment ce n’était pas pour appeler à un consensus autour d’un candidat à désigner. L’annonce du jour a été que le président du Faso va se prononcer le 7 dans la soirée sur celui qui sera le candidat du parti au perchoir. Chacun aura compris qu’il s’agit là d’une prérogative du chef de l’Etat, le véritable patron du parti.
Jeudi 7, le Bureau exécutif national du MPP est attendu à 18H par le président du Faso. La rencontre ne dure pas plus d’une demi-heure. Il s’agissait de communiquer le nom de celui qui sera proposé au perchoir. Puis c’est le tour des députés de la majorité présidentielle. Le message de Roch est identique. Ce sera Sakandé. Il a présidé le groupe parlementaire MPP en parfaite symbiose avec le défunt président pendant 20 mois, il est apte à terminer le mandat. Le message est reçu sans enthousiasme particulier, mais la cohésion dans le groupe ne semble pas menacée. A l’Assemblée nationale, la candidature de Sakandé passe comme lettre à la poste. Le vote révèle 104 députés pour, 19 abstentions et seulement deux votes contre et deux nuls. Une surprise, car Sakandé fait mieux que Gorba. Que s’est-il passé ? Nous coinçons Zéphirin pour qu’il explique la nature du deal. Dans un gros rire et en partance pour Abidjan pour prendre part au congrès du RDR, il concède. Il n’y a pas eu deal mais nous avons décidé de mettre balle à terre. Qu’est-ce à dire ? C’est vrai ajoute- t-il, « nous avions quelques problèmes avec l’ancien président mais la personnalité du nouveau ne nous pose pas problème ». Le CFOP a d’ailleurs décidé de ne pas lui opposer un candidat. Dans la foulée, il énonce quelques souhaits : le nouveau président devra gérer plus rigoureusement les finances de l’institution. Que la Cour des comptes n’ait pas droit de regard sur cette gestion est à ses yeux inacceptable. Cela doit changer comme doit changer les activités folkloriques comme la coupe du président de l’Assemblée nationale. L’honorable Sakandé est donc prévenu. L’opposition ne sera pas là pour admirer ses beaux yeux et il faudra qu’il fasse mieux que l’artilleur qu’il n’a cessé d’être. Plus que jamais, il lui faudra très rapidement endosser le costume du stratège.

Les défis du nouveau président

On ne remplace pas Salif Diallo. Il est tout autant difficile de lui succéder si l’on n’a pas d’autre mérite que d’être le poulain de quelqu’un. Il faudra donc en prendre conscience et travailler à surmonter le désarroi causé par la mort de son prédécesseur. L’urgence de l’heure semble porter sur la cohésion entre camarades, cohésion qui a été mise à rude épreuve par les luttes de clan. On ne renforcera pas cette cohésion par des arguments d’autorité, mais plutôt en cultivant la capacité à s’élever au-dessus de la mêlée. Il en faudra non seulement pour les besoins internes au MPP mais aussi pour cette majorité présidentielle dont le renforcement demeure une des conditions de réussite du mandat présidentiel.
Renforcer l’institution parlementaire était un des challenges auxquels s’était adonné Salif Diallo. S’inscrire dans ce sillage demande une ouverture d’esprit qui ne peut se réduire à une simple disponibilité à l’écoute. Cela exige que l’on aille au-devant des autres et pas seulement entre camarades politiques. Sans doute cela demandera un effort sur soi, la disponibilité, ce qui n’est pas chose facile mais aussi l’humilité qui prédispose à l’écoute des autres. A voir Alassane Sakandé, nouvellement élu, arborant sa chéchia rouge de chef, bien engoncé dans son fauteuil, il est à craindre qu’il ne se prenne au sérieux en faisant de sa fonction de représentation, l’essentiel de son magister. Si ça lui prenait la tête, il peut compter sur la presse qui fera son job comme il se doit. Sans oublier l’opposition politique qui n’est certainement pas disposée à s’en laisser compter. Enfin et ce n’est pas le moindre, la grande faiblesse des hommes, c’est l’argent. Il est plus souvent cause de notre perte que de notre grandeur. L’argent génère la folie des grandeurs et donne à croire qu’on peut tout. Rien n’est plus faux. Il faut s’exercer à cultiver la probité qui est une valeur sûre.

Devoir d’ingratitude envers celui qui vous a fait roi

En attendant qu’au MPP, les promotions obéissent à des profils et critères objectifs et politiquement pertinents, on est pour l’heure obligé de faire avec le fait du prince. Cependant, cela ne devrait pas transformer le promu en un pâle serviteur de celui qui l’a fait roi. Quand on assume une responsabilité d’Etat aussi éminente que celle de président de l’Assemblée nationale, le souverain suprême demeure le peuple. C’est en son nom et dans son intérêt que l’on devrait agir. C’est le principe. Cela étant, cette souveraineté personnelle doit s’exercer dans des formes respectueuses des autres. Entre camarades on doit pouvoir se dire la vérité d’autant que personne n’agit pour son compte personnel. Eh bien dans une telle dynamique, même les insuffisances personnelles ne sont pas des handicaps mais plutôt ce que d’aucuns appellent des « obstacles épistémologiques », c’est-à-dire des déclics qui entrainent des sursauts positifs.
Le nouveau PAN s’appelle désormais Alassane Bala Sakandé. Il est jeune et débordant d’enthousiasme. Il faut souhaiter qu’il apprenne vite et bien de cette responsabilité d’Etat. Les Burkinabè sont pressés et très pressés d’en finir avec cette précarité qui obscurcit l’avenir du pays. Alors, courage à vous M. le Président !

Par Germain B. NAMA

Discours du Nouveau Président de l’Assemblée nationale

« Il est des successions dont on aurait voulu se passer. Et la nouvelle responsabilité qui m’échoit en ce jour de vendredi 8 septembre 2017 en est l’éloquente illustration. Il est des hommes politiques dont on admire l’action mais dont on redoute de porter le legs. Est de ceux-là, celui dont nous continuons de pleurer la brutale disparition, Son Excellence Monsieur Salifou DIALLO.
Ensemble, observons une minute de silence en la mémoire de l’illustre disparu.

Honorables députés
Mesdames et Messieurs ;

Nous voilà au terme d’une session extraordinaire qui s’achève consécutivement au deuil qui nous afflige depuis la douloureuse date du 19 août 2017, jour du décès du Président de l’Assemblée nationale, son Excellence Monsieur Salifou DIALLO.
L’homme politique que la nation entière continue de pleurer, la figure tutélaire de la Représentation nationale qui s’en est allée, homologue qui nous a quitté, fut par dessus tout, une volonté.
Une volonté de servir l’Etat, toujours avec l’ardeur qu’on lui connaissait, parfois au péril de sa santé et finalement au péril de sa vie.
Je voudrais alors saluer la mémoire de l’homme d’Etat mais aussi rendre hommage à celui qui a passé près de deux années au parlement mais dont l’action à la tête de notre institution aura inexorablement valeur de référence dans l’histoire parlementaire de notre pays.
Cette institution qu’il a tant aimée, il l’a voulue grande, noble et ouverte. Il l’a voulue consensuelle et au-dessus des partis, des forces politiques, des clans et des intérêts partisans. Enfin il a voulue comme un instrument de justice sociale et de protection des plus faibles.
Le Président Salifou DIALLO a donné un cap, dessiné un horizon, préfacé une vision, impulsé une dynamique. De lui, il restera le souvenir d’un modèle d’engagement qui doit continuer à guider notre mission commune.
Qui pourrait bien remplacer une telle personnalité ? Maintenant que Salifou DIALLO est entré dans le cénacle des héros nationaux, la meilleure façon de déclamer son geste, de lui rendre hommage, de perpétuer sa mémoire, c’est de méditer le message qu’il nous a laissé.

Honorables députés
Pour ma part, je fais le serment devant vous, mes collègues, de marcher avec vous dans les sillons tracés par notre illustre Président Salifou DIALLO.
Oui, je prends engagement, devant vous, chers collègues de rattacher mon action à la vision politique de mon devancier.
La charge qui est désormais la mienne est certes noble mais ô combien périlleuse. Comme un enfant qui apprend à marcher, je trébucherai, je tituberai, je tomberai même peut-être, mais jamais, oui jamais, je ne m’écarterai de la voie ouverte par celui dont le souvenir fondera mon action. Je mesure l’énormité de ce pari. Mais je le prends en toute confiance, sachant qu’il est aussi le vôtre.
Alors, je tends la main à l’ensemble des députés, sans distinction d’appartenance politique ou idéologique afin de relever le pari d’une législature qui saura apporter des réponses aux attentes des populations.
Cet impératif passe par l’esprit d’inclusion et de cohésion, la culture du résultat, et la quête permanente de l’intérêt général. Salifou DIALLO en avait faits les principes cardinaux de sa gestion. Je me les approprie.
Je ne terminerai pas mon propos sans remercier les membres du bureau de l’Assemblée nationale avec à sa tête le Premier vice-président Bénéwendé Stanislas SANKARA pour tous les efforts consentis tout au long de cette période difficile. C’est sur cette note d’appel au rassemblement que je déclare close la présente session extraordinaire.
Je vous remercie. »

Député Bala Alassane SAKANDE


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