Décès de Salifou Diallo : Le MPP seul face à ses défis

Publié le mercredi 13 septembre 2017

Culturellement, les Africains ne médisent pas les morts. Il y a comme une espèce de lâcheté à vouloir s’acharner sur un mort. Sans doute Salif Diallo aujourd’hui disparu bénéficie lui aussi de cette grâce. Mais il faut reconnaître qu’en ce qui le concerne particulièrement, les qualités qui lui sont reconnues l’étaient déjà de son vivant. Certes, il avait de gros défauts, en particulier une tendance quasi maladive à casser de l’opposant. Voici ce qu’il déclarait lui-même à ce sujet le 27 janvier 2008 dans l’émission « Tapis d’Honneur » de la TNB : « Nous avons quand même à faire à des adversaires politiques dont l’objectif proclamé est la conquête du pouvoir d’Etat et nous en tant que parti majoritaire, notre principe aussi c’est la conservation du pouvoir d’Etat. Ces deux attitudes ne peuvent pas se concilier. Ils mettent en œuvre des stratégies pour ravir le pouvoir d’Etat.

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Nous nous mettons en place également des mesures pour le conserver. Donc de temps en temps, si on peut accélérer leur décomposition interne, on le fait, c’est tout à fait logique. Personnellement, je ne peux pas dire que je suis blanc comme la neige dans cette situation. J’ai souvent donné des coups à ce niveau… » Dans cet exercice-là, Salif Diallo était particulièrement excellent. Hermann Yaméogo aura beaucoup souffert de ses œuvres. Il avait finalement préféré rendre les armes pour se placer sous le parapluie de plus fort que lui. Dans un témoignage post mortem, il a cependant reconnu les grands mérites de l’homme, son sens de l’état notamment et aussi son courage.

La stature politique de Salif Diallo

Quand il fut poussé vers la sortie du gouvernement un certain jour de Pâques 2008 (le 23 mars précisément), le bureau politique du CDP réuni le 5 avril salua aussitôt « l’engagement et la détermination avec lesquels il a accompli sa mission » et le félicita chaleureusement « pour tous ses efforts en faveur de la promotion du monde rural ». Dans les circonstances du moment, pareille prise de position était assez risquée. Cet acte de solidarité vis-à-vis d’un camarade désavoué apparaissait en creux comme une défiance vis-à-vis du grand sachem. Et c’en était une en effet, car les responsables du CDP de l’époque comprenaient bien qu’au-delà de Salif Diallo, c’est le parti tout entier qui était visé par cette entreprise de déstabilisation. Et pour bien montrer qu’ils en percevaient clairement l’enjeu, le bureau politique avait dans la foulée, souligné « la nécessité d’approfondir la réflexion et d’ouvrir des débats contradictoires sur les réformes politiques et institutionnelles ». L’intermède viennois de Salif perturba quelque peu le scénario initial. A Paris où nous l’avions rencontré à l’époque, il nous avait exposé ses inquiétudes sur la lenteur qu’accusait sa mise en œuvre. L’interview historique accordée à notre confrère l’Observateur Paalga traduisait cette impatience, en même temps qu’elle visait à mettre ses amis de Ouagadougou devant le fait accompli. Il en résulta entre eux une certaine incompréhension mais la gravité des périls a plutôt imposé aux événements un cours plus favorable. De retour au pays, Gorba va se convaincre un peu plus que le CDP et son géniteur Blaise Compaoré devaient être conjugués au passé. Son objectif, partager avec ses camarades la conviction que leur avenir politique était désormais ailleurs. Dans une de ses rares sorties médiatiques au bord de la lagune Ebrié, Blaise Compaoré n’hésita pas à pointer Gorba comme le véritable instigateur du décrochage de Roch.

La création du MPP en janvier 2014

L’accélération des événements entraina une grave crise au sein du CDP. Les responsables historiques sont mis sur la touche à l’issue du 3ème congrès. Ils ont tous ou presque été relégués dans un organe consultatif. Cette situation va être le véritable catalyseur de la création du MPP. Celle-ci intervint le 20 janvier 2014 à l’issue d’une assemblée générale. Roch est propulsé à la tête du parti et Gorba en devient le 1er vice-président chargé de l’orientation politique. Dès lors, la question centrale qui se pose à eux est celle de bâtir un parti de militants, capables de porter haut les idéaux de l’organisation. Le syndrome du CDP, parti administratif et électoraliste est omni présent. Les militants du nouveau parti veulent tourner la page des vieilles méthodes anti-démocratiques. Mais les conditions de la naissance du MPP ont plutôt causé frilosité et absence de lucidité. Le tournant est malheureusement négocié dans la confusion. Des pôles d’influence apparaissent autour des trois principaux leaders et nous revoilà dans les mêmes démons qui ont fait le malheur du CDP. Au 2ècongrès du MPP, les luttes d’influence s’exacerbent. Roch calme le jeu en usant de son autorité. Mais le ver est entré dans le fruit. Comment guérir le mal ? C’est la grande question. Salif parti, le MPP se trouve privé d’un acteur important dont la grande autorité aurait pu aider à en trouver la thérapie. Les militants du MPP n’ont pas fui les feux de luciole pour se retrouver dans les flammes de sorcier. La formation des militants était pour Salif une des pierres angulaires de l’édifice MPP. Si l’’option reste possible, elle parait néanmoins compromise. Ce qui manque c’est une réelle volonté politique pour construire un parti de militants conscients et libres. Ce n’est pas gagné quand l’état d’esprit incline plutôt à se mettre à l’abri plutôt qu’à construire des abris pour le plus grand nombre.
Quand à l’autre grand camarade, Roch Marc Christian, compagnon de Salif Diallo, notre président, il est aujourd’hui bien malheureux. Si la mort de son ami pouvait provoquer un électrochoc qui l’oblige à se réveiller, elle aurait au moins été utile. Le sentiment général des Burkinabé est que Roch ne bouge pas. Or gouverner c’est accepter des risques, c’est accepter de bousculer, quitte à faire des erreurs. L’image débonnaire qu’il traine ne sert pas les affaires du Burkina. Si le MPP est aujourd’hui au pouvoir, c’est bien parce que certains ont accepté le rôle peu enviable d’éboueurs. Malheureusement, l’histoire semble s’être arrêtée. Même le PNDES qui avait un temps drainé l’euphorie ne fait plus rêver. On a le sentiment que les 6 mois d’état d’exception accordé au PPP ne produiront aucun résultat probant. Aucun burkinabé ne souhaite l’échec de son pays. Parce qu’il s’agit avant tout de nous-mêmes, de nos pères et de nos mères, de nos amis, nos frères et nos sœurs, bref des hommes et femmes du pays des hommes intègres. Tout burkinabé ressent comme un terrible échec, une cuisante humiliation, qu’un homme comme Salif Diallo aille mourir, loin de son pays, dans une chambre d’hôtel. C’est pourquoi nous appelons de nos vœux à un réel sursaut pour le développement de notre cher Burkina afin que chacun puisse vivre décemment et mourir en paix au milieu des siens. Et pour ça, la baraque doit être tenue et bien tenue M. le Président. Telle est la prière des Burkinabè d’en bas que nous sommes !

Par Germain B. NAMA


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