Lotissement à Pissila : Dialogue de sourds entre population et mairie

Publié le mardi 29 août 2017

« Notre souhait c’est l’annulation de l’actuelle zone commerciale du secteur 3 de Pissila pour qu’on reprenne la procédure d’attribution. » C’est le plaidoyer de la délégation dudit secteur qui était de passage au siège de L’Evénement le lundi 29 mai 2017. Elle estime par ailleurs que si rien n’est fait dans ce sens, les habitants dudit secteur organiseront des marches de protestation pour se faire entendre. Cette délégation, il faut le noter, est composée de quatre (4) frères Sawadogo à savoir Sawadogo Rayangmé, Inoussa, Romain et Sibiri, tous habitants du secteur 3 de Pissila. L’équipe, selon leurs dires a été envoyée par le vieux Waongo, premier responsable du quartier concerné par la zone commerciale et la réserve administrative.

Les membres de la délégation dénoncent
la procédure des attributions

L’imbroglio a commencé depuis le temps du maire Nabasnogo Emmanuel Bamogo. En effet, avant de procéder aux lotissements, l’équipe municipale qui était en place s’est entretenue avec les personnes âgées du secteur 3 de Pissila pour leur faire part du projet de lotissement affirme Romain Sawadogo, porte-parole de la délégation. C’est après ces échanges que le vieux Waongo, doyen du quartier aurait donné son quitus pour la poursuite des opérations, qui ont effectivement commencé avec la pose des bornes. Ensuite interviendra le départ du maire Bamogo. Ce dernier est aussitôt remplacé par Emmanuel Sawadogo. Après l’investiture du maire Emmanuel Sawadogo, explique Romain Sawadogo, « les vieux du quartier ont fait appel au nouveau maire pour lui faire le point de la situation ». « Lors de la rencontre, le maire Sawadogo s’est fait représenter » se souvient Romain Sawadogo. C’est ainsi que les vieux dont des terres ont été prises pour servir de zone commerciale lui ont fait part de leurs préoccupations en lui demandant de faire en sorte que ces personnes obtiennent gain de cause. L’envoyé du maire, selon les mandataires du vieux Waongo n’a pas trouvé d’inconvénient. C’est après cette étape que l’insurrection populaire est intervenue en octobre 2014 et les opérations de lotissement furent suspendues jusqu’à nouvel ordre. « A notre grande surprise, alors que nous n’avons pas encore eu nos parcelles, des gens sont venus délimiter leur propriété dans la zone commerciale, alors que nous y habitons toujours. Sur cette situation, nous n’avons pas eu des éléments de réponses ou de l’éclairage » déplore les membres de la délégation. Une situation floue qui amène donc les habitants du secteur 3 à pointer du doigt l’ancien maire et aujourd’hui premier adjoint au maire de Pissila d’être l’instigateur de l’imbroglio. « Nous avons pu constater que ceux qui occupent la zone commerciale sont ses amis » soutient le porte-parole de la délégation avant de poursuivre que « si les opérations de lotissement ont repris, on doit tenir tout le monde informé ». Des accusations que le premier adjoint au maire a réfutées lorsque nous l’avons joint au téléphone ce vendredi 21 juillet 2017.

Une affaire qui semble être le fait
d’une mauvaise communication

« Les gens se promènent pour raconter ce qu’ils veulent sans venir me demander quoi que ce soit alors que je suis à Pissila, et je suis le premier adjoint au maire. Jusqu’à présent personne n’est venue me voir. Je voulais que ceux qui se plaignent viennent me voir pour que je leur explique mais jusque-là personne ne s’est adressée à moi » a regretté l’ancien maire de Pissila, Emmanuel Sawadogo. Il reconnait effectivement qu’au moment des faits il était le maire de Pissila. Cependant, relève-t-il, « la gestion de la zone commerciale ne revient pas au maire ». La ville de Pissila ne disposant pas de services techniques compétents sur place, c’est à partir de la ville de Kaya (la capitale de la région du centre nord dont relève Pissila, ndlr) que les dossiers de la zone commerciale sont gérés. C’est d’ailleurs pour cette raison que les demandeurs d’espace dans la zone commerciale doivent se rendre à Kaya chez le receveur pour prendre un numéro avec lequel ils vont monter leurs dossiers de demande d’attribution. « Actuellement, si un demandeur dépose un dossier à Kaya, celui-ci est transféré au ministère de tutelle à Ouagadougou. C’est au ministère donc de prendre un arrêté d’attribution pour ensuite l’envoyer au demandeur » explique Emanuel Sawadogo. Le maire de la commune n’est donc pas impliqué dans la gestion de la zone commerciale. L’ex maire révèle d’ailleurs que lorsqu’il partait de la mairie de Pissila, il restait plus de 200 parcelles non attribuées dans la zone commerciale. Il n’occulte pas non plus le fait qu’avec la délégation spéciale, d’autres demandes aient été déposées pour l’acquisition de terrain dans ladite zone. En outre, sur la question des parcelles à usage d’habitation, le premier adjoint au maire de Pissila estime que tout s’est également passé dans la transparence. L’ancien maire se souvient qu’en son temps une commission d’une trentaine de personnes avait été mise en place. C’est celle-ci qui a procédé au positionnement des habitants. « Nous avons positionné ceux qui avaient réellement leurs maisons » a-t-il signifié. Au total, la mairie avait dégagé plus de 4 000 parcelles soutient Emmanuel Sawadogo et environ 2 200 personnes ont été positionnées. Par conséquent, il en restait autour de 1800 parcelles à attribuer. C’est lorsque la commission a fini de positionner ces gens que les opérations ont été suspendues en 2014 avec l’avènement de l’insurrection populaire. Emmanuel Sawadogo notifie par ailleurs, que jusqu’à présent la liste des personnes qui ont été positionnées n’est pas encore affichée. Le dossier avait déjà été transféré à la délégation spéciale en 2014 avant d’être transféré récemment au nouveau maire élu en 2016. Pour le premier adjoint au maire, la liste n’étant pas encore affichée, « personne ne peut dire qu’il n’a pas eu de parcelle » parce que jusqu’à présent la mesure de suspension des lotissements reste en vigueur. Par conséquent, il n’y a plus d’opérations. L’élu local n’a pas manqué de pointer un doigt accusateur sur un parti de l’opposition qu’il reproche de manipuler la population contre son parti qui assure la gestion de la mairie. Nous rappelant également qu’il avait intenté un procès contre L’Evénement dans cette même affaire de lotissement à Pissila (dossier d’ailleurs prescrit), Emmanuel Sawadogo menace d’ester en justice contre toute personne qui le « diffamera ».

Par Wend-Tin Basile SAM


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