Karaté-do : Yugo président ; et après ?

Publié le mardi 30 mai 2017

Omar Yugo a enfin franchi le Rubicon. Il était le faiseur de roi. Désormais il est le roi. Porté à la tête de la fédération burkinabè de karaté, le 6 mai, Me Yugo doit revêtir d’un nouveau costume. Il doit développer une qualité suprême dont on ne sait s’il l’a ou pas de faiseur de paix. Il s’installe à la tête d’une fédération hantée par les démons de la division. Nous n’allons pas épiloguer sur les valeurs du nouvel homme fort du karaté. Mais il est judicieux de faire l’état des lieux pour éclairer son action. Car la tâche, de toute évidence, ne s’annonce pas aisée. En effet, il prend les commandes d’une fédération scindée en deux. D’une part, il y a le Cadre,et de l’autre le rival, le Recado. Et la tenue de cette élection n’est pas parvenue à asseoir la paix entre les deux groupes ennemis. Malgré une médiation du CNOSB, à travers l’implication au premier dégré de son président, Jean Yaméogo, la famille du karaté n’a pas réussi à fumer ensemble le calumet de la paix. Dans ce monde, on n’est jamais d’accord. C’est l’obstacle insurmontable de cette famille sportive. Tout commence dès les premiers pas du médiateur. Lui a estimé qu’il était facile de tourner la page des années de conflit en faisant table rase sur le passé. Evidemment, il va essuyer son premier non ! Car certaines personnes, regroupées au sein du Cadre estiment qu’il n’y aura de réconciliation qu’après le grand déballage. Les deux positions se comprennent. Avant de soigner une plaie, il faut crever l’abcès. Mais en même temps, la haine viscérale qui habite certains membres de la famille est telle qu’une grande confession risque de finir en scène de pugilat. Sans parvenir à trouver un consensus, on a avancé. La fédération est l’émanation des clubs. Pourtant, les clubs doivent remplir des conditionnalités pour avoir droit au chapitre à la fédé. A ce niveau, impossible de s’accorder sur les clubs membres. L’ancien DTN, le regretté Colonel Jean Simporé a fait un recensement des clubs avant sa mort. Son rapport fait état de 54 clubs affiliés. En face, le Recadro rejette ce rappor,t arguant qu’il n’est pas inclusif. Ce rapport a été rejeté. La crise de confiance est si profonde que chacun des deux camps trouvent suspecte toute initiative venant de l’autre. Le médiateur opte alors pour une approche qu’il croit neutre. Pour disposer d’une base de données fiable, il décide de saisir la force publique, notamment la gendarmerie pour enquêter et faire le tri. Là encore, opposition. Le Cadre n’est pas partant. Il estime que la gendarmerie n’a le droit d’intervenir qu’en cas d’infraction. Il s’est agi de vérifier l’existence réelle des clubs mais aussi de contrôler les récépissés. La majorité des sympathisants du Cadre boudent les enquêteurs. La base des données acquise sert de référence pour les élections. Le Cadre crie à l’exclusion. Le médiateur tente une ouverture. Mais il trouve sur son chemin le Recado et ses adeptes, qui refusent qu’un récensement de rattrapage soit fait pour permettre à ceux qui ont boudé de se faire enregistrer par la gendarmerie. C’est dans ce contexte que les élections ont été convoquées. C’est aussi dans cette ambiance de querelle de coépouses que Yugo a été élu président de la Fédération. A l’évidence, par son clan, les autres n’ayant pas eu les autorisations pour. Comment parvenir à faire cette victoire d’un camp, la victoire de la famille du karaté ? C’est là où le grand défi attend le nouveau président. Cette nouvelle élection, même si elle n’a pas été inclusive peut donner des chances réelles de réconciliation. En cela, il faut une grandeur d’âme du président. Mieux, il doit convaincre par ses actes. Car il prend la Fédé avec un cliché. Il est considéré, à tort ou à raison, d’être celui qui a longtemps fait et défait les fédés. Stanlislas Thiaoun, Juste Tiemtoré, Souleymane Yaméogo, puis Me Savadogo ont tous été président en partie sous la poussée de Yugo. Ils sont tous brouillé avec lui. De deux choses, ou Yugo est la solution du karaté ou il en est problème. En endossant les costumes de président, il a l’occasion d’affirmer sa place. Déjà, il doit faire face à une action en justice. Selon nos sources, le Cadre aurait introduit un recours en annulation des élections pour non-respect des normes. En cas de procès, peut-être le grand déballage pourrait intervenir. Et peut-être la réconciliation tant souhaitée pourrait enfin venir. Ce serait un mal pour un bien !

J J TRAORE


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