Politique sportive nationale : La fausse route du ministre Bangré

Publié le jeudi 29 juin 2017

En arrivant à la tête de la maison du sport national, Thairou Bangré n’a pas caché ses ambitions. Il a annoncé vouloir doter le pays d’infrastructures sportives adéquates. Au moins, son choix a le don d’être clair. Le sport a un maçon à sa tête ! Personne ne doute de l’importance des infrastructures dans le développement du sport. Il faut des terrains pour occasionner de la compétition, sève nourricière du sport. Et la situation du Burkina en la matière est loin d’être satisfaisante. Il faut même agir vite. En effet, nos terrains, réservés à travers les villes pour servir de site de sport, disparaissent les uns après les autres. Un point du été ministère des sports en 2012 avait révélé que la moitié des réserves consacrées aux sports a déclassée et affectée à d’autres fins ou purement et simple vendue. C’est une catastrophe sportive en gestation. Car le temps viendra où « nos gosses » manqueront d’espace pour courir, saute, jouer. Partant, il est clair que les installations sportives sont importantes à la promotion du sport. Le ministre Bangré, en se lançant dans la réalisation d’un stade avec un terrain synthétique à Kaya, semble donc avoir vu juste. Le département en charge du sport ne peut non plus être condamné d’avoir revêti la pelouse du stade de Koudougou. Toutefois, dans une analyse plus fine, la prudence est recommandée. Au besoin, il ne faut même pas avoir peur des mots. L’actuel patron du sport est loin d’être judicieux dans ses choix. En effet, dans le sport national tout comme dans tous les autres domaines d’activités de notre pays, tout est priorité. Et la rareté des ressources implique que les actions soient orientées sur la priorité des priorités. Dans ce sens, la question fondamentale est de savoir si la réalisation des infrastructures est l’élément prioritaire pour atteindre la promotion de la chose sportive. Déjà, l’opérationnalisation de l’installation des infrastructures n’est pas sans couac. Le choix du synthétique posé sur les terrains s’il est avantageux par le fait que la contrainte de l’arrosage de la pelouse est supprimée, de plus en plus des études démontrent que cette pelouse est facteur de multiples blessures dont la gravité handicape à vie certains sportifs. Autrement dit, l’implantation des pelouses synthétiques telle que prévue dans les plans du ministre des sports au lieu de créer des conditions d’une meilleure pratique du sport exposent les sportifs. A Koudougou, pendant qu’une nouvelle pelouse a été posée au Stade Batiébo Balibié, la toiture de l’enceinte a été décoiffée. Certaines parties des installations du stade ont été endommagées. Mais aussi curieux que cela puisse paraître, en arrivant pour poser la pelouse, on a juste enjambé ces ruines. On a posé une pelouse neuve dans une enceinte endommagée au motif que le marché n’avait pas pris en compte la réhabilitation de l’infrastructure elle-même. Il faut se demander alors à quoi riment ces efforts de réalisation de pelouse si on n’est même pas capable de redresser des murs pour les protéger. L’option de la réalisation des infrastructures comme axe prioritaire de l’action du ministre Bangré, venons-en au fait. La question reste posée. Est-ce que c’est judicieux ? Nous avons eu la chance de parcourir le Cameroun, Etat respectable et respecté sur la Planète africaine du roi-foot. Dans ce pays de Samuel Eto’o, les terrains de foot ne sont ni plus ni moins que des champs de patates. Pour autant, ce pays a sorti un des meilleurs joueurs au monde et siège dans le club très fermé des seigneurs du football du continent. Comment s’y est-on pris ? Certainement pas en construisant les infrastructures. En fait, la priorité des priorités a été bien dégagée. Il s’est agi d’encadrer la formation pour qu’elle ait de la qualité. La réalisation des stades avec pelouse synthétique va, à coup sûr, embellir l’aspect physique des villes sites. Ces enceintes accueilleront des matchs d’OSEP et de l’USSUBF. Mais au finish, ce ne seront que des sites pour l’animation. Rien de plus. En tout cas pas pour le sport de haut niveau. Kaya végète en D3 en ce moment. Nous voulons qu’on nous explique comment le terrain réalisé dans cette ville peut aider son club à retrouver l’élite ? Nous l’avons déjà écrit, le foot burkinabè, le sport en général dans notre pays, souffre d’un manque de formation adéquate. Les gosses burkinabè naissent avec des talents. Mais faute de centre d’encadrement et de formation de bonne facture, les génies meurent en grandissant. Le principal problème des formations sportives burkinabè réside dans la non disponibilité en nombre et en qualité des athlètes. Pour nous donc, l’action du ministère des sports devaient viser à solutionner cette question. Au lieu de construire des morceaux de pelouses sur plusieurs stades à travers le pays pour une utilisation compromise, les efforts devaient être mis pour créer une école sport et études publiques. Ce sera un centre d’élite qui produira des compétiteurs à la disposition des clubs. Jusque-là, on laisse à nos clubs qui luttent quotidiennement pour ne pas mettre la clé sous le paillasson de suivre et investir dans la formation. C’est impossible. Ils manquent de tout pour ça. Or, le ministère des sports dispose de l’argent nécessaire à ce sujet. Le fonds national pour la promotion du sport lève chaque année entre 3 à 4 milliards de F CFA. C’est d’ailleurs sur la base de cet argent que les infrastructures se construisent. Il est temps de réaliser que le choix actuel est erroné et ne produira pas les résultats escomptés. Beaucoup d’argent sera investi à aménager des terrains de bonne factures. Mais les beaux terrains ne constituent pas l’élément sine qua non pour la pratique du sport. Formez des joueurs en grande quantité et vous verrez l’impact sur la pratique sportive. En clair, revenons à l’essentiel. Le reste suivra.

J J Traoré


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