Le CFOP à Dori : Sur les terres de Arba

Publié le dimanche 13 juillet 2014

Le chef de file de l’opposition continue de tisser la toile de son refus du référendum. C’est Dori qui a accueilli son troisième meeting. Sur les terres de Arba, l’opposition était pour une fois en terrain conquis.

Le samedi 5 juillet, la caravane « anti-référendum » du CFOP avait posé sa tente à Dori, capitale du Séno et du Sahel. Sur les terres de Arba Diallo, l’opposition était chez elle. Pour le montrer, c’est à l’hôtel de ville qu’avait été fixé le point de ralliement. Le maître de la ville a reçu d’abord ses hôtes à la commune avant de les convoyer sous bonne escorte de plusieurs dizaines de moto à la modeste place du gouvernorat qui a abrité le meeting.

La rumeur…

Que s’est-il au juste passé, pour que de Bobo Dioulasso, le CFOP mette le cap sur Dori ? Il semble que le président Blaise Compaoré projetait se rendre à Dori, dans le cadre de ses tournées pour tester sa popularité et la réceptivité de son intention de ne pas partir en 2015. Après Koudougou et Réo, il était annoncé à Dori et dans le Sahel. Serait-ce pour le court-circuiter que le CFOP a fait son annonce depuis Bobo Dioulasso ? A Dori, la rumeur s’était, en tout cas, vite propagée.

Si cette tournée du président est toujours en projet, personne n’a encore entendu parler de date. Au meeting du CFOP, personne n’en a parlé, même si les oreilles de Blaise Compaoré ont dû encore siffler. Commençons par le plus aimable, Simon Compaoré. Parlant au nom de son président Roch Marc Christian Kaboré, absent, le « maire honoraire de Ouaga », c’est ainsi que certains l’appellent, est revenu sur l’interpellation à propos du référendum dont ils sont souvent l’objet.

Certains, dit-il, « nous demandent ce que nous allons faire, si malgré tout le président convoquait un référendum pour modifier l’article 37 ? ». Simon Compaoré répond qu’il n’y pense même pas. Le président du Faso « sait que ce n’est pas faisable. Il ne le fera pas », tranche t-il stoïque. N’empêche, il a prévenu que la lutte sera âpre, rappelant au passage, de façon allusive « les tracasseries dont seraient actuellement l’objet certains militants du MPP ».

Le mot d’ordre du CFOP c’est de toute façon « pas de référendum ». Sur ce registre, l’hôte du jour qui a ployé sous les compliments pour le travail gigantesque qu’il a abattu à la tête de la commune de Dori, a déclenché le compte à rebours pour l’actuel locataire de Kosyam. « Dans 17 mois, prévient-il, nous allons accompagner Blaise à Ziniaré, pour qu’il y débute une retraite bien méritée. Nous allons si nécessaire cotiser pour lui construire sa maison de retraite ».

Pour Arba Diallo, il ne peut pas être question de référendum sur l’article 37, puisque les autres fois, « il avait modifié sans référendum. Pourquoi cette fois tient-il à faire un référendum ? » ironise, dans le style qui est le sien, le bourgmestre de Dori. Bénéwendé Sankara, drapé dans une belle tenue de « berger peul », le « Bolaré  » a pris les populations locales à témoin pour dire que « référendum wadata ! » (En fulfuldé il n’y aura pas de référendum). Dit dans un fulfuldé approximatif, l’exhortation a enthousiasmé le public.

Ce 5 juillet, chacun des intervenants s’est essayé à la langue du terroir. Le plus enthousiaste a été sans contexte Zephérin Diabré, le chef de file de l’opposition. En plus de quelques mots dits directement, il a voulu une traduction consécutive de son propos, pour être sûr, sans doute, qu’il ne sera pas résumé et qu’en instantané ses interlocuteurs saisiront la portée de son message. 

Zeph en pédagogue…

« l’argent que Blaise Compaoré veut prendre pour faire le référendum qu’il le donne au doyen Arba Diallo pour qu’il poursuive le formidable travail qu’il réalise à Dori, en creusant d’avantage de caniveaux, en assainissant la ville et en dotant le CMA de médicaments pour vous aider…(tonnerre d’applaudissements) ». Le chef de file visiblement calibre de mieux en mieux ses discours. Il n’improvise pas, mais il sait incontestablement écrire pour son public.

Si à Bobo Dioulasso, il avait mis le maire Salia au pilori, en exigeant qu’ « il se mette au travail, pour servir les Bobolais », à Dori il n’a pas manqué de dithyrambes pour Arba et son œuvre à la tête de la commune. « Si les gens veulent savoir ce que sera le Burkina, avec l’opposition au pouvoir qu’il vienne voir Dori », lance t-il avec fierté.

Puis il s’en prendra à « l’arme électorale » de Blaise Compaoré. « Depuis un certain temps des gens viennent vous proposer de l’argent sous forme de crédit. S’ils viennent prenez vite l’argent et mangez le bien. Quand l’opposition viendra au pouvoir, la dette sera effacée ». Pour le référendum, tranchera Zephirin, il n’aura pas lieu. En 1991, rappelle t-il vous vous êtes déjà prononcé. Depuis personne n’a un problème avec l’article 37. C’est Blaise seul que cet article empêche de dormir. C’est donc un problème de Blaise et non celui des Burkinabè. On ne fait pas des référendums sur les problèmes individuels, conclura t-il. 

Mobilisation satisfaisante…

Dori rentre enfin dans l’hivernage. Il a enregistré l’avant-veille du meeting sa première grosse pluie. Malgré tout les gens sont venus de toutes les contrées de la région et de la commune pour écouter l’opposition. Cette mobilisation satisfaisante est le fait évidemment de l’hôte du jour. Arba Diallo patiemment a déboulonné le CDP de la commune de Dori. Dans la ville même, le parti au pouvoir n’a obtenu qu’un conseiller aux élections couplées de décembre 2012. Arba peut donc, à juste titre, dire qu’ici à Dori « nous sommes la majorité. L’opposition c’est le CDP ». L’étoile verte du PDS, le parti de Arba Diallo brille sur Dori et même sur le Séno, dont il est le député.

Le MPP qui vient de naître est aussi visible dans le public du meeting. Le parti de Roch, représenté par Kader Cissé, ex ministre des Mines et des Carrières, bénéficierait de préjugés favorables dans la contrée. Pour l’instant c’est une cour assidue que Cissé semble faire à Arba. C’est presque ton pied mon pied. A la fin du meeting, dans la salle d’audience du second, le premier a été presque le dernier à prendre congé du maître des lieux. Auparavant, pendant son allocution au meeting, Arba en clin d’œil parlera des fondateurs du MPP, comme des « membres conscients du CDP » qui ont su refuser l’inacceptable.

L’animateur Bunti Dicko, talentueux traducteur, qui a traduit le propos de Arba dira à ce propos « Quand un chef de famille s’échappe de sa concession sans demander son reste, c’est sûr que quelque chose de pourri s’y trouve. Avant, quand on parlait de CDP, on disait Roch, Simon, Salif, Kader. Alors quand ceux qui ont personnifié le CDP quittent et disent que c’est pas bon, il faut bien croire que c’est effectivement pas bon !  » Et l’animateur d’ajouter malicieusement « Nous à Dori, on l’avait de toute façon compris bien avant ».

La trêve hivernale…

La mise en place des comités contre le référendum devrait maintenant s’intensifier. La pression de l’opposition ne baissera sûrement pas malgré la trêve hivernale. Un autre meeting du CFOP n’est pas annoncé depuis Dori. Par contre Zephirin Diabré a exhorté à la mise en place des comités contre le référendum.

Le CFOP qui n’envisage pas le référendum veut ainsi accroître les « moyens de dissuasion » dans l’espoir que le projet de référendum connaisse le sort qui fut celui du sénat, l’année dernière presque à la même époque. Le maillage du CFOP se met en place. Les quêtes aussi. On a vu au meeting de Dori, des urnes circuler dans le public pour récolter les contributions. En rappel, le CFOP veut réunir 500 millions de francs cfa, pour réussir sa lutte contre le référendum.

Par Newton Ahmed BARRY

Les à-côtés du meeting

Que devient le Lion ?

Depuis sa sortie tonitruante à Poa aux côtés de Blaise Compaoré, le
Lion traverse pour ainsi dire un passage à vide. A Dori, il n’était pas
présent. Les organisateurs disent que son représentant avait demandé
qu’on puisse lui donner la parole au meeting. Mais selon toute
vraisemblance la requête n’aurait pas abouti. Est-ce pour cela que le
Lion n’a pas finalement fait le déplacement ?

A la pêche des militants

Le Faso autrement, dont le président était au meeting a continué à
Gorom, pour aller à la rencontre de ses militants. C’est donc pour les
partis le mercato perpétuel. Sauf qu’on ne comprend pas pourquoi, les
grands esprits qui dirigent les partis n’appliquent pas la science de la
gestion dans la gouvernance politique ? En mutualisant les forces
n’auront-ils pas plus d’efficience ?

Omission ou volontaire

Le meeting de Dori se tenait au moment où tout le Burkina pleurait
Gérard Kango Ouédraogo. Aucun des quatre intervenants du jour n’a eu
pour autant une pensée pour le défunt. Est-ce une omission ? Difficile
de le croire, puisqu’à peine le meeting terminé tous annonçaient leur
intention de rallier Ouahigouya pour assister aux Obsèques du
patriarche. Peut-être n’ont-ils pas voulu mélanger les torchons et les
serviettes ?


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