Au Burkina : Quand le peuple ne veut pas ça ne se fait pas

Publié le dimanche 13 juillet 2014

De Maurice à Lamizana chacun a eu son projet controversé. Maurice a fait un passage en force, il a trépassé. Lamizana a renoncé il a survécu au MONAR. A la veille de sa chute, sourd aux mises en garde de Houphouët Boigny, Maurice Yaméogo, le bibèga, disait à qui voulait l’entendre que la Haute Volta c’est sa natte. Il peut s’asseoir ou la plier quand il veut. Le 3 janvier 1966, la natte lui a échappé.

L’histoire de ce pays est jalonnée de ces moments importants qui ont forgé son destin. Depuis les premiers moments du pays l’entêtement des dirigeants ne leur porte pour ainsi dire pas bonheur. Le cas emblématique a été celui de Maurice Yaméogo avec la loi de finance votée en décembre 1965.

Dans un contexte d’une gouvernance caractérisée par la gabegie, Maurice Yaméogo qui ne se refusait rien a voulu imposer aux seuls travailleurs l’austérité nécessaire au redressement des comptes du pays.

Au pouvoir depuis 1958, Maurice Yaméogo règne de façon absolue sur la Haute Volta. Il associe à son pouvoir absolu, son cousin Denis Yaméogo qui fait la pluie et le beau temps. A la tête du puissant RDA, devenu de fait le parti unique du pays, Maurice Yaméogo ne craint rien.

Même pas que le ciel lui tombe sur la tête. En 1965 il est au sommet de son pouvoir. Les ministres ne sont rien d’autre que des pantins que le président terrorise selon son bon vouloir.

Chaque soir, « il fallait attendre la fin du journal parlé de la radio nationale, avant de passer à table. Un remaniement surprise pouvait intervenir à tout moment », confiera dans ses mémoires, le général Lamizana, qui à l’époque des faits était le chef d’état-major de l’armée.

Maurice Yaméogo se sentait donc invulnérable. Dans son vœu aux corps constitués, le 31 décembre 1965 il invectivait ainsi les syndicats qui menaçaient d’aller en grève pour refuser l’austérité : « je frapperai sans pitié tous ceux qui prétendent parler au nom du peuple ». La loi de finance est votée par les députés, le même jour à l’assemblée nationale. Elle ne sera jamais appliquée, puisque le 3 janvier 1966, il est renversé. La natte « Haute Volta » lui a échappé des mains pour toujours.


 En 1975, Lamizana est président depuis presqu’une décennie. L’Afrique vit à l’ère des partis uniques. Après des visites à Mubutu, le général est tenté par l’instauration du parti unique. En novembre 1975 il émet l’intention d’instaurer le Mouvement National pour le Renouveau (MONAR).

Aussitôt, l’opinion nationale se mobilise contre le projet. Les syndicats sont les fers de lance de la protestation. Le général est contrarié, mais a la sagesse de reculer. Quelques mois après il renonce et annonce le retour à une vie constitutionnelle normale. Il sauve son pouvoir et reste au pouvoir jusqu’en novembre 1980.

L’entêtement ne paie pas dans ce pays !

La tradition sera-t-elle démentie avec le référendum de Blaise Compaoré ? Il faut attendre de voir. Tel qu’il est parti, Blaise Compaoré pourrait aller jusqu’au bout de son entêtement.

Ses proches ou du moins les dernières infos (disons rumeurs) disent qu’il va convoquer le référendum pour le gagner et renoncer à jouir des prérogatives qui s’offrent à lui.

Un vrai acte pour rien, difficilement compréhensible et qui ne correspond pas à sa façon de faire. Mais comme on dit, la vanité conduit l’homme à sa propre perte. Sauf qu’il ne s’en rend compte que lorsque l’irréparable c’est produit. 

 Par Newton Ahmed BARRY

 


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