Ces burkinabè qui ont abdiqué leur honneur

Publié le dimanche 13 juillet 2014

Ce ne sont pas de simples gens, mais des cadres, des intellectuels. L’élite quoi. C’est-à-dire les meilleurs d’entre nous ou du moins c’est ce qu’ils étaient censés être. Quand Dieu vous a placé à certain niveau avez-vous le droit de démériter de lui et de vos semblables ? Nous reprenons dans cette rubrique cette histoire relatée dans la rubrique « Lucarne Citoyenne »

Des députés qui fuient leurs ex camarades parce qu’ils ont peur de l’œil de la sœur du président. Une dame, sans doute honorable, mais n’eût été les hasards de la vie qui a fait d’elle la sœur du président, c’est elle qui serait plutôt en admiration du pédigrée de ces « mouillards  ». Mais il est ainsi fait que dans le Burkina d’aujourd’hui, on ne juge pas les gens « en fonction de leur qualité intrinsèque ». Si vous êtes « le fils de… » ou « le frère de… », vous serez craint et respecté. A bien réfléchir, on ne peut pas incriminer ceux à qui la situation profite. Ce ne sont pas eux le problème, c’est nous qui avons abdiqué notre honneur.

Quand on a fait la remarque à ces députés trouillards, quand la bonne dame est partie, ils ont répondu « qui est fou ? ». Parce que conserver les relations humaines relève de la folie, quand il y a un risque de perdre ses avantages. Les gens sont devenus donc malheureux. C’est la démarcation physique pour les biens matériels. Ceux qui mangeaient ensemble hier seulement s’évitent aujourd’hui. Ils se fuient même. A l’aéroport Charles De gaulle, de Paris, un haut cadre pour parler à un ami qui n’est plus de son bord s’est mis juste à son niveau en lui donnant do. Il lui parle sans le regarder en jetant des regards furtifs de peur qu’un mauvais œil ne le surprenne. La scène était plus que pitoyable. Comment un pays peut se construire sur ces bases là ? Nos différences ne nous enrichissent pas, elles nous plombent.

C’est triste d’assister à la résurgence de ces tares de la période de « la guerre froide », au moment où justement nous pensons que notre processus démocratique a pris du galon. Mais il faut croire que c’est le retour de la terreur. Particulièrement dans la majorité présidentielle, l’inquisition fait son retour. Dans ces périodes sombres ce sont les moins que rien qui prennent le pouvoir. Nous assistons à l’inversion des valeurs où les gens « biens » s’effacent devant les crapules. C’est le règne de la veulerie. Mais chacun de nous se dit, pourvu que je m’en sorte. Chacun se cherche dans un contexte où il n’y a pas de repères. Disons plutôt, dans un contexte où les repères ne sont pas les bons. Comment peut-on arriver à bon bord si on n’emprunte pas le bon chemin ? Si la boussole que nous avons entre nos mains est détraquée ?

C’est surtout en ces aspects que la situation actuelle de notre pays est dramatique. Que nous ayons des différends ne peut constituer nullement un problème. C’est parce que nous sommes différents que nous sommes forts. La différence est une force. Sauf que nous avons abandonné notre « mogo ya » pour parler comme les Bambara. Alors nous prenons les vessies pour des lanternes qui forcément obscurcissent notre horizon et notre jugement.

Peut-être faut-il que parfois nous nous souvenions que nous sommes des « burkinabè ». Que ce qualificatif veut dire beaucoup. On a l’habitude de dire que « les chiens ne font pas les chats ».

Au moment où nous accompagnons Gérard Kango Ouédraogo à sa derrière demeure, il faut se rappeler et il l’a dit dans l’excellente émission réalisée par Joseph Sama, que nos relations humaines doivent en toute occasion transcender les considérations politiques. Quand Sama lui demandait s’il avait un différend avec Kargougou, il répondait « c’était politique ». Les idées politiques peuvent nous opposer, elles ne doivent pas nous séparer.

Par Newton Ahmed BARRY


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