Au Faso, la musique fait sa fête malgré tout

Publié le mardi 1er juillet 2014

Le 21 juin qui tombe sur un samedi, c’est une belle coïncidence pour la fête de la musique. Le week-end est propice aux réjouissances. En rappel, la fête de la musique a été initiée depuis les bords de la Seine par le ministre de la culture Jacques Lang. C’était à l’époque du gouvernement socialiste du tout nouveau Président François Mitterrand, il y a un peu plus de trois décennies. La fièvre a vite gagné le monde entier car la musique, c’est ce qui reste quand on a tout perdu. En plus, elle n’a pas de frontière.

Au Burkina Faso, du ministère de la culture aux centres culturels de pays amis, en passant par les agences de téléphonie mobile, les sponsors n’ont pas raté l’occasion pour mettre sur les podiums de la capitale, ces airs qui adoucissent les mœurs et mettent du baume sur les cœurs, lorsque ça va mal.

Le contexte 2014 est particulier au Pays des hommes intègres. Il coïncide avec la fête mondiale de football qui se déroule au Brésil. Le foot, sport populaire par excellence, ressemble sur plusieurs points à la musique surtout sous l’angle d’élément rassembleur, voire consensuel.

Le consensus, c’est ce qui fait défaut en ce moment au Burkina Faso entre pro et anti référendum qui vise la révision de la constitution. Alternance ou continuité, chaque camp s’égosille pour imposer ses arguments en béton armé à l’autre.

Tant qu’on reste au niveau de l’oral et de l’écrit sain, le débat est louable dans un contexte de construction démocratique. Pourvu que la force de l’argumentation ne cède pas la place à l’argumentation de la force.

Le contexte deux de la fête est là. Ce n’est ne fut donc pas de trop si certaines scènes se sont trouvées si proches, géographiquement parlant, en ce 21 juin 2014 à Ouaga. Suivez mon regard ! Tant que c’est pour regarder dans la même direction du bien, du bon du juste, « trop de viande ne gâte pas la sauce » comme dit un proverbe… bissa.

Il n’est un secret pour personne qu’en cette période au Faso, « le chapeau du chef flotte dans l’air, les têtes se cognent pour savoir qui le portera, que la paix aille mourir à la guerre, pourvu qu’il y ait une tête qui soit couronnée roi … » Comme le chante si bien le rappeur burkinabé Smarty.

Cette chanson (Le chapeau du chef) qui l’a propulsé sur les scènes internationales (il se produit partout dans le monde où il existe un Institut français, ex-centre culturel français) grâce au prix Découverte RFI 2013, au delà de la prémonition textuelle qui sied à la situation d’ici et d’ailleurs, est le résultat d’un travail dans la sérénité retrouvée.

Ce n’est jamais évident de sortir debout et entier d’un mariage jadis réussi. La rupture avec un alter ego, n’est jamais une épreuve aisée à surmonter. Smarty et Mawndoé, constituaient l’inimitable duo du groupe Yeleen qui, grâce à la beauté de leur texte et la qualité musicale de leurs chansons, ont su donner un visage sympa au Rap burkinabé. 

Le 8 octobre 2004, en signant la fin d’une tournée nationale entamée depuis le 03 septembre de la même année à Kaya au Nord-est du Burkina Faso, et qui a embrasée 11 villes du pays, ils ont été les premiers à illuminer le stade municipal de Ouaga de 15 000 bougies de fans.

Sur fonds propres, cette sympathique bande de jeunes, a su apporter du plaisir à leurs fans. Noble entreprise pour ces stars, qui ont dû tout de même attendre la 10ème étape de leur périple pour voir l’unique sponsor pointer du nez à l’époque.

En se disant que nul n’est prophète chez soi, les mécènes burkinabè ne se bousculent pas derrière les artistes locaux. Difficile à croire lorsqu’on sait que concernant ce groupe particulièrement le tout Burkina (du scolaire à la ménagère de plus de 40 ans), peut fredonner au moins un refrain d’une de leurs multiples chansons. Sacré Faso !

On aime, mais lorsqu’il s’agit de payer… Ngaw ! Yeleen à l’époque, c’était pourtant deux merveilleux albums en quatre ans. Le premier s’est vendu à plus de 40 000 exemplaires en deux ans et le second cartonnait à environ 25 000 cassettes au bout de six mois, sans oubliez un maxi qui mettait le feu aux juke-boxes des maquis ou sur les ondes des radios. La rupture interviendra malgré les interventions des proches.

Ainsi va la vie ! Pendant que les Rollings Stones, formé en 1962 donnent leurs derniers concerts en ce moment, les Beatles leur contemporains, eux se sont séparés après plusieurs années de rêves. Puis chacun y est allé de son succès en solo.

Pour son dernier album, Smarty qui a travaillé avec le grand frère Tiken Jah Fakoly dans son studio de Bamako, a certainement reçu plus que des leçons de musique. La réussite passe aussi par l’humilité et une certaine maturité. En attendant il livre du rythme et des textes qui devraient inspirer des attitudes nobles ici et ailleurs. Salut l’artiste !

Ludovic O KIBORA


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