Le CDP se fourre le doigt dans l’œil

Publié le mardi 1er juillet 2014

 Les responsables du CDP planent dans les nuages après le succès de leur meeting tenu le samedi dernier au stade du 4 août. L’objectif était de remplir le stade bien qu’ils s’en défendent, eh bien ils l’ont rempli. Depuis qu’ils ont entrepris de donner la réplique aux activités de l’opposition, le CDP s’est laissé gagner par une obsession : montrer que les Burkinabè sont nombreux à réclamer le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré.

Peu importe la manière dont le challenge est tenu, l’essentiel consiste à le relever crânement. « Nos militants ont répondu massivement, depuis le matin, à 9H, à tel point que le stade était plein à 12 heures… Vous avez vu que malgré le soleil des Tropiques, les militants sont restés jusqu’à ce que la direction fasse son entrée. Nous avons atteint notre objectif. »

Ce sont là les propos d’Assimi Koanda tenus devant les journalistes à l’issue du meeting. On le voit, il fallait montrer qu’on est en capacité et le général Koanda est tout heureux de flatter son égo pour avoir bien servi le maître. Monsieur Koanda devrait pourtant avoir le triomphe modeste quand on sait la façon dont la mobilisation a été obtenue.

Grâce aux intrépides informateurs du net, l’on a pu suivre quasiment en live, ce qui s’est passé autour des stations d’essence de la ville où les jeunes se ruaient pour se servir gratuitement en carburant, les centaines de car qui sillonnaient les secteurs et arrondissements pour transporter ceux qui n’ont pas de mobylette, avec en prime des motivations en numéraires. Dans chaque région et chaque province, des jeunes avaient été convoyés, tous frais payés, vers le stade. Avec une telle débauche de moyens, est-ce une surprise si la cuvette du 4 août qui ne compte que 35 000 places soit remplie ? 

Donnez ces moyens à Ram Ouédraogo du parti des Verts et vous verrez s’il ne fera pas mieux ? Et quand à cela, on ajoute un renfort d’une vingtaine d’artistes musiciens nationaux et sous-régionaux, il y a lieu de s’interroger si tout ce monde est là pour le CDP ou pour l’offre généreuse d’une soirée récréative.

Du reste la réponse à cette interrogation est venue de la cuvette du stade. Moins de vingt minutes après le début de la cérémonie, le stade a en effet commencé à se vider de son public. Et c’est pratiquement en général d’une armée en évaporation avancée qu’Assimi Koanda a dû prononcer son discours dont on avait pris le soin de dire par avance qu’il contenait un message important. Grâce à la magie du net, nous avons pu suivre l’événement en temps réel.

Alors, les responsables du CDP doivent bien se douter que la mobilisation dont ils se flattent n’est qu’un mirage. On ne paie pas des militants pour aller au meeting de leur parti. Du reste, quand on est un parti au pouvoir, il est bien difficile de faire la part des choses entre les militants qui y viennent par conviction et ceux qui y accourent parce qu’il y a à boire et à manger.

Quand des responsables que l’on croyait de haut niveau, présentent Blaise Compaoré non pas comme leur camarade mais comme leur berger, c’est bien l’aveu que le parti a cessé d’être leur avant-garde. Ce n’est pas Blaise qui est au service du parti, c’est plutôt le parti qui est au service de Blaise.

Après donc Dieu, c’est Blaise. Cela s’appelle monarchie de droit divin. Voilà le mal dont il faut protéger le Burkina. Et ceux qui avaient encore des doutes sur la nature dynastique de ce pouvoir ont eu l’occasion de s’édifier à la vue des pancartes portées par des militants du « Mouvement des jeunes amis de François Compaoré  » ou autre « Mouvement j’aime François Compaoré ».

Si ce n’est pas là le bout de l’iceberg, préfigurant un plan B en cas d’impossibilité de référendum, ça y ressemble. Ceux qui aujourd’hui pour sauvegarder leurs intérêts égoïstes se mettent au service d’obscures ambitions auront leur miracle bleu. Et demain n’est pas bien loin !

 Germain Bitiou NAMA


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