Crise à EAA : SOS ! La panafricaine des eaux se noie

Publié le mardi 1er juillet 2014


Les travailleurs souhaitent le départ de Idrissa Doucouré de la tête de EAA (ph : Evé)


La panafricaine des eaux, appelée eau et assainissement en Afrique EAA, dont le siège est au Burkina, traverse une période difficile. Son secrétaire exécutif est contesté aussi bien par les partenaires que par les travailleurs de l’institution. En cause sa gestion et les formes qu’il a voulu mettre en œuvre dès sa prise de fonction.

Idrissa Doucouré ; le secrétaire exécutif, a pris fonction en 2011. Il n’aura pas fallu longtemps pour que son management fasse l’unanimité contre lui. « Il y a un réel risque que la structure ferme », fait- on savoir, par manque de moyens financiers. Les bailleurs traditionnels de l’institution sont partis contribuant à fragiliser la situation financière de l’EAA

Les directeurs sont à 5 mois de salaires impayés et les agents juniors à 3 mois. La trésorerie est en berne selon l’administration et tout le monde doit se serrer la ceinture en attendant que les choses aillent mieux. Parce que c’est une panafricaine, les travailleurs ont acquiescé pendant un mois, puis deux avant de commencer à s’inquiéter.

Lorsqu’ils commencent à grogner en début du mois de juin, une nouvelle liste de potentiels agents à licencier est mise en circulation. Ce fut la stupeur au sein des travailleurs. A qui le tour après la bande à Nana Yembi, la première vague de 8 employés licenciés le 8 avril 2012 ? Dans cette affaire de licenciement abusif, les employés ont obtenu gain de cause au tribunal et EAA a été condamné à leur verser près de soixante huit millions (68 000 000 F- CFA)

Cette fois encore des agents étaient dans le collimateur mais ils ont été sauvés par l’écho que la presse en a fait. Ce n’est pas pour autant que la situation de la panafricaine s’est améliorée, bien au contraire. 

Selon les informations à notre disposition, il y a des risques que l’on mette la clef sous le paillasson d’ici à pas longtemps, si les différents ministres en charge de l’Eau en Afrique, à commencer par le Burkina, pays qui abrite l’Agence, ne font rien pour arrêter la gabegie qui y règne. Parce que, à regarder de près, ce qui est en cause, c’est la gestion.

Jusqu’en 2011, l’Agence comptait 17 pays membres. Aujourd’hui elle en compte 32. Cela n’a pas amélioré visiblement la trésorerie de l’institution. Ou du moins, comme le pensent certains, les gains de l’élargissement ont été mal gérés. Il a fallu donc faire des réformes dans le but de « faire plus et mieux ». Malgré tout, les bénéfices des réformes ne sont toujours pas au rendez vous.

Risque sur le personnel

La situation financière actuelle est précaire. L’EAA n’a même pas un million dans ses comptes et visiblement elle ne peut plus compter sur les banques avec son découvert de 175 millions de francs CFA à Ecobank. La BOA, à qui l’EAA doit aussi, fait déjà pression pour recouvrer son dû. Le cas échéant, menace la BOA, les agents verront leurs biens saisis pour rembourser les dettes.

EAA lui doit 1 milliard 100 millions. Ce n’est pas seulement à ces deux banques que l’institution doit. Dans le cadre des 50 logements sociaux de Bassinko, elle a emprunté à la Banque de l’habitat près de 300 millions. Entre temps, CLIFF a racheté ce projet à EAA et lui a versé entièrement les 274 millions déjà utilisés dans la conduite du projet.

On pouvait alors croire que pour le crédit BHBF, la chose était résolue parce qu’EAA allait juste reverser cet argent pour être quitte vis-à-vis de cette banque. Mais que nenni ! Cette manne deviendra à son tour une autre dette à éponger pour EAA.

Il faut noter sur ce point que l’ensemble de la dette cumulée de l’institution est de huit milliards, trois cents vingt et deux millions, cinquante deux milles cent un francs (8 322 052 101 f CFA). On comprend donc pourquoi la panafricaine des eaux n’est pas en mesure de payer les salaires.

La quote-part des subventions non utilisées est de trois milliards trois cent cinquante trois mille six cent dix neuf mille sept cent soixante et six (3 353 619 766 F-CFA). C’est-à-dire que les bailleurs ont financé des projets qui n’ont pas vu le jour alors que l’argent n’est plus disponible. Il a été utilisé à autre chose qu’au projet auquel il était destiné. C’est un détournement de fonds qu’il va falloir rembourser aux partenaires.

A l’arrivée du Secrétaire exécutif idrissa doucouré le 24 juin, lors du sit-in, les travailleurs ont refusé qu’il entre dans l’enceinte de l’agence (Ph : Evé)


Qu’arrive t-il à EAA ?

Le 27 septembre 2013, les premiers responsables annonçaient devant la presse burkinabè, en grande pompe, que pour la seule année 2013 l’agence a mobilisé 220 milliards de F- CFA, contre 520 pour les 25 années passées.

L’opinion a alors cru à une renaissance de l’agence sous le magister de la nouvelle équipe managériale dirigée par Idrissa Dougouré. Mais à y regarder de près, il y a comme une sorte de « prise de tête » et « de l’arnaque » dans ce management de EAA. D’abord, le secrétaire exécutif, dans sa nouvelle orientation trouve que la vision des bailleurs de fonds traditionnels de EAA ne cadre pas avec celle qu’il veut imprimer à la boîte.

Il abandonne des bailleurs comme la coopération suédoise, la coopération suisse et l’Union européenne. Ces institutions finançaient les projets jusqu’en 2010, année où elles sont passées au financement des programmes.

Ces financements aidaient à assurer le fonctionnement de l’institution. Un des partenaires a même proposé une aide d’un montant de cent millions que le secrétariat exécutif à refusé. Le prétexte : « c’est une petite somme ». Aujourd’hui, USAID qui était volontaire pour financer l’institution s’est récusée.

La nouvelle vision devait permettre la mobilisation des ressources. Dans le fond, il n’y a aucune mobilisation de ressources, car les Etats qui devaient signer les contrat-programmes hésitent à franchir le pas. La Côte d’ivoire, à travers son ministre de l’Eau a ouvertement critiqué la vision de Doucouré : EAA propose le projet et si ce projet est approuvé par l’Etat concerné, EAA propose ensuite le Bailleur, une banque privée.

Mais il se trouve que le taux d’intérêt des banques est jugé élevé pour les Etats. En plus EAA doit bénéficier, au moment de la signature de convention entre le bailleur et l’Etat d’un pourcentage, exactement comme cela se fait avec les courtiers.

Ce fut le cas avec les 10 000 logements sociaux de Bassinko. Le Groupe Kanazoé devait verser à EAA deux cent millions (200 000 000 F-CFA) chaque année en termes de commissions pendant 5 ans. L’entreprise ayant compris que sur les 10 000 logements elle n’avait pas son compte, elle a refusé l’offre.

C’est sur la base de fonds non encaissés que le secrétariat exécutif avait annoncé que l’agence avait mobilisé les fonds. Mais comme les contrats de programmes n’ont pas été mis en œuvre, EAA se retrouve brutalement sans un copeck pour gérer son personnel et pour réaliser les projets et programmes.

L’assurance santé qui était de 100% a été réduite à 80% et n’est plus payée depuis le mois de janvier 2014. Quid des frais de scolarité des enfants des travailleurs ? « Nous ne percevons pas ça. C’est le secrétaire exécutif et ses collaborateurs qui perçoivent ça », nous confie un agent dans la cour de l’institution. En réalité, l’agence se chargeait d’une partie des frais pour les agents chez qui le problème de langue ne se pose pas.

Pour ceux chez qui il y avait un problème de langue, les frais sont pris à 100%. De l’aveu des travailleurs, il n’y a que le secrétaire exécutif dont la scolarité de l’enfant s’élève à dix millions trois cent cinquante six milles neuf cent cinq (10 356 905 F-CFA) et quelques uns de ses collaborateurs qui bénéficient, en ce moment de la prise en charge des frais de scolarité à 100%. Pour une institution qui est presqu’en train de couler, c’est osé.

Wilfried BAKOUAN

 Ça grève le budget de EAA

Les dépenses sont somptuaires alors que les financements ne rentrent pas. Plus d’un demi milliard pour l’organisation du forum de l’eau à Abidjan (2013), (en préparation) celui du Cameroun (2014) entièrement pris en charge par l’agence.

Des voyages dont les billets d’avion en classe affaire ou première classe autour de deux millions (plus 2 000 000 F- CFA), alors que pour le même voyage, le billet du collaborateur immédiat est de huit cent mille francs (800 000 f-CFA)

Des émoluments disproportionnés : une prime annuelle au secrétaire exécutif qui s’élève à quatre vingt millions (80 000 000 F- CFA). Un salaire qui dépasserait la dizaine de briques avec une prise en charge intégrale des autres services : Eau = 200 000 F- CFA en moyenne par mois ; Electricité = 700 000 à 800 000 F-CFA le mois et entièrement pris en charge par EAA.

Le coût du loyer est de 1 400 000F- CFA. Celui de son prédécesseur était de 300 000 F-CFA . Si on y ajoute le coût des billets d’avions pour la famille et les aides-familiales (boys et Cie) pour les congés hors du Burkina et les frais pour l’entretien de la piscine, tout ça payé par EAA, ça siphonne le budget. Pendant ce temps, les travailleurs triment, leurs salaires ne tombent plus, les banques et les partenaires attendent aux aguets pour récupérer leurs dus. Autant dire que EAA est dans la nasse. La panafricaine des eaux est submergée de dettes. 

 Mouvement d’humeur

Les travailleurs ont observé un mot d’ordre de grève ce mardi 24 juin 2014. Lors du sit-in devant le siège de EAA, le secrétaire exécutif Idrissa Doucouré a été renvoyé dès son arrivée par les travailleurs. Ce n’est qu’un début, estiment les travailleurs. 


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