Meeting anti-référendum du CFOP : Enfin l’unité d’action ?

Publié le mercredi 11 juin 2014

La mobilisation au stade du 4 aout

L’opposition politique burkinabè reste intraitable quant à la modification de l’article 37 de la Constitution. Après marches et meetings contre le sénat, elle signe un nouvel acte qui est celui du meeting anti-référendum du samedi 31 mai 2014 tenu au stade du 4 août à Ouagadougou. Le pari formel de remplir le stade est tenu. La cérémonie a consisté au lancement des activités visant à étendre la lutte contre la modification dans toutes les contrés du Burkina Faso et même au-delà. Mais au-delà de la cérémonie du lancement, l’unité d’action était le maître mot.

On se croirait ce samedi à un match capital des Etalons au stade du 4 août. Chaque président de parti a fait l’effort d’envoyer le maximum de ses militants pour remplir le stade. De l’UPC au PDC en passant par l’UNIR/PS, FASO METBA, le FASO autrement ou encore le jeune MPP, pour ne citer que ceux-là, tous les partis ont répondu présent à ce rendez-vous. 9h 00mn, le président Ablassé Ouédraogo du Faso autrement sort de la loge officielle et s’interroge : « allons-nous pouvoir remplir ce stade ? Ceux de Somgandé sont-ils là ? Et ceux de Tanghin et Kossodo ? N’allez-vous pas aller les chercher ? ». Visiblement l’inquiétude et la peur de pouvoir mobiliser pour faire le plein du stade s’installent peu à peu chez les organisateurs qui craignent le flop. Mais en dépit de ces inquiétudes, les véhicules des chefs de partis continuent à affluer. L’intérieur du stade bouillonne avec des coups de sifflets, de vouvouzéla, de mégaphones et bien d’autres instruments sonores sans compter l’ambiance sonore assurée par le comité d’animation. Lentement mais sûrement, le stade du 4 Août ne faisait que se remplir au fur et à mesure que le temps avance. Malgré un soleil agressif, militants et sympathisants tiennent à être de la partie pour ne pas se la faire raconter.

Dans les gradins, les écriteaux des pancartes se font la concurrence. Ainsi on peut lire depuis les gradins, « le CFOP du MENA est contre le référendum, 5 chefs d’Etats ont fait 27 ans au pouvoir et vous seul vous en ferez 28. C’est trop et trop c’est trop ; non au référendum  ». Pendant que sur la pelouse, les maîtres de cérémonie s’activent dans l’animation.

Le message essentiel du meeting reste le même que celui des marches-meeting du mois de juin, de juillet et de janvier dernier. Sauf que cette fois-ci, l’accent est mis sur le refus du référendum ou du moins le rejet de la modification de l’article 37. Selon Zéphirin Diabré, le meeting du stade du 4 août vise à montrer à Blaise Compaoré que nous ne voulons pas la modification de l’article 37. Sans se préoccuper des bords ou couleurs politiques, tous étaient mobilisés pour la seule cause. Sans doute.

10h 00, les chefs des partis de l’opposition avec à leur tête Zéphirin Diabré, sortent pour un bain de foule. Se tenant par la main, ces derniers ont fait le tour du stade sous les acclamations et sifflements des militants. Un acte plein de sens certainement parce que cela fait longtemps que l’opposition politique burkinabè n’arrive pas mobiliser une telle foule.

Peut-on enfin parler d’unité d’action au sein de l’opposition ?

Pour qui se rappelle des événements de la crise socio-politique de 2011 au Burkina Faso, Me Bénéwendé Sankara, chef de file de l’opposition politique à l’époque avait demandé le départ de Blaise Compaoré en ces termes « Blaise dégage ! ». Cet appel a véritablement été un échec car n’ayant pas eu l’adhésion des autres partis de l’opposition.

Ce qui peut amener à considérer cette action comme une prise de conscience du CFOP de la nécessité de l’unité d’action. Et les leaders politiques n’ont pas manqué de souligner le besoin de conjuguer les forces afin d’aboutir à une victoire dans la lutte anti-référendum. Pour Me Sankara, « il n’y aura pas de référendum au Burkina Faso sur l’article 37. Le leitmotiv, c’est l’unité, la cohésion, la solidarité pour accompagner l’opposition car c’est la lutte finale. L’opposition fera chaque pas avec le peuple  ». Pas de place donc pour les individualités et pour Roch Marc Christian Kaboré, « C’est ce qu’ils (les partis de l’opposition et le peuple) veulent qui s’imposera ».

La cérémonie a aussi consisté essentiellement à la déclinaison de stratégie pour battre en brèche les velléités de tenue du référendum que clame le parti majoritaire. Ainsi donc, le chef de file de l’opposition annonce que des Comité contre le référendum seront institués dans les régions, provinces, communes et villages du Burkina Faso. Le 14 juin déjà un giga meeting anti-référendum est programmé à Bobo Dioulasso.

Elle a été également une occasion pour le chef de file de l’opposition de saluer la mobilisation et pour lui, « la mobilisation est synonyme de détermination contre la modification de la constitution  ». Il a par ailleurs lancé un appel à contribution financière et matérielle pour leurs actions de résistance anti-référendum. En tout cas l’opposition politique burkinabè semble déterminée dans sa lancée et est convaincue qu’il faut mener une lutte implacable contre la révision de l’article 37. La star du jour a été Hama Arba Diallo qui, avec ingéniosité a excipé un carton rouge contre le président Compaoré, synonyme de quitter le jeu politique en 2015. Dans une vision du mal profond qui mine le continent africain et partant notre pays, Arba Diallo a fustigé l’impérialisme extérieur et ses valets locaux qui pensent que ce qui est bon pour eux l’est pour le Burkina Faso dans son entièreté.

En tout état de cause, les partis politiques hostiles à la tenue d’un référendum sur la modification de l’article 37 s’activent et mobilisent tous les moyens légaux pour faire barrage à ce projet du CDP et compagnie. Pour eux, cette lutte doit s’étendre sur tous les fronts. Le grand absent de ce rendez-vous reste Boukary Kaboré dit le lion. Ce dernier qui on se rappelle a fait le buzz dans les médias lors de sa rencontre avec le Président du Faso à Poa son village natal. Mais fallait-il attendre une perspective de modification de l’article 37 et le refus du Sénat pour voir l’opposition politique burkinabè s’unir ? En tout cas c’est le constat qui se dégage.

Hamidou TRAORE et Basile SAM 

Il faut tenir compte des handicapés dans les politiques publiques

Lors du meeting de l’opposition au stade du 4 août, des
invités de marque se sont fait remarquer. Il s’agit des personnes
handicapées. Venues en nombre impressionnant en renfort aux hommes
politiques ces personnes ont des préoccupations qui militent en faveur
de leur engagement. Nous avons posé deux questions à Tuina Jean, responsable régional des handicapés au MPP ; il livre le fond de leurs attentes.

Qu’est-ce qui vous motive a prendre part a une telle manifestation ?

Vous savez que depuis fort longtemps dans notre pays on a constaté
qu’il devait y avoir un changement. Vous savez que nous vivons pas mal
de difficultés et nous au niveau des personnes handicapées nous avons
trouvé bon de nous réunir au niveau du MPP pour pouvoir les soutenir dans cette lutte et mener les choses à bien dans ce pays. Nous œuvrons pour la paix et pour qu’il puisse y avoir la paix il faut que les choses changent

Vous gagnez quoi dans cette lutte ?

Nous pensons que s’il y a le changement cela conduira à une paix durable parce
que sans le changement nous allons toujours nous bousculer. Mais au
niveau des personnes handicapées nous souhaitons qu’il y ait un
changement au niveau du regard qu’on nous porte. Comme exemple au niveau
des concours, il était prévu qu’il y ait un pourcentage pour les
personnes handicapées mais cela n’a pas été respecté. On sait également
qu’il y a une loi qui a été votée au niveau de l’Assemblée nationale qui
dit que les personnes handicapées ont droit à certains postes au niveau
de la fonction publique mais l’application n’est pas réelle. Nous
voulons qu’il y ait une application réelle de tous ces articles qui ont
été votés pour que les personnes handicapées puissent avoir leur place
au niveau de la fonction publique.

Propos recueillis par WB

 

Ça se discute !

Quelle politique salutaire pour les populations au-delà du référendum et du Sénat

Oui le projet de référendum visant le déverrouillage de l’article 37 après 28 ans de pouvoir sans partage est une aberration, une turpitude. Résister contre cette aventure est tout à fait normal et soutenable. Cependant, l’essentiel ne doit pas être occulté. C’est un truisme, une écrasante majorité de compatriotes croupi dans une misère indicible.

Jamais cela n’a suscité autant de débauche d’énergie au sein de la classe politique Burkinabè, même dans la société civile. Il a fallu que le pouvoir en place dans sa boulimie du pouvoir dévoile à nouveau des stratégies pour conserver toujours le pouvoir via le Sénat et le déverrouillage de la clause limitative du mandat présidentiel pour que l’opposition aussi dans sa quête du pouvoir s’arc-boute à contrer aux fins de réaliser son rêve.

Disons-le. La question du référendum et du Sénat ont été du pain béni pour l’opposition Burkinabè qu’elle utilise habilement pour mobiliser massivement des foules qu’elle n’avait jamais pu réunir dans le passé. Des associations et divers mouvements de lutte pullulent comme des lapins d’Australie. Jamais la misère de plusieurs millions de Burkinabè n’a mobilisée autant d’énergie et de dévouement. Mais attention, il ne faut pas décevoir l’espoir.

Que personne (majorité comme surtout opposition) ne se méprenne. Nombres de jeunes qui se mobilisent aujourd’hui contre le pouvoir à vie du président Compaoré, ne le font pas pour le plaisir de l’opposition mais dans l’espoir d’un bien, d’un mieux être de leur condition de vie. Au Burkina Faso, le plus grand scandale qui passe sous silence est le pillage macabre de nos ressources minières et autres richesses, couplé à l’enrichissement exponentiel et criminel des dirigeants. Laissant des millions de Burkinabè dans des conditions de vie les plus effroyables et inhumaines.

Peu d’organisations de la société civile se sont préoccupées jusque là de cette question. La preuve, tous ces hommes politiques qui revendiquent ou rejettent le référendum ne tiennent jamais un discours où ils s’engagent fermement dans une politique salvatrice pour les populations. Le débat ne se limite que sur l’aspect politique des choses. Le volet économique est oublié ; ne parlons pas du social. On sait que dans notre pays, l’idéologie politique ne compte pas. Encore moins son adéquation avec les actes posés. Le CDP qui se veut social démocrate, nous a dégoûtés de cette idéologie. Sa politique est même pire que le libéralisme sauvage des Etats-Unis d’Amérique. Là-bas les nécessiteux bénéficient d’un regard généreux et compatissant de l’Etat via certaines indemnités leur permettant de vivre dans la dignité. Les fuyards de ce régime qui haranguent les foules aujourd’hui et qui veulent aussi le pouvoir ont épousé sa doctrine politique. Décidément, on est en droit d’être sceptique quant au changement profitable pour les populations Burkinabè. La classe politique doit comprendre que les jeunes s’éveillent de plus en plus et plus rien ne sera comme avant. A bon entendeur, …

WB


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