Ouezzin Coulibaly et Nazi Boni vus par l’historien Domba Jean- Marc Palm

Publié le mercredi 11 juin 2014

La peinture est réaliste, sans fard ni faux-fuyant. L’auteur qui a du métier pour avoir pendant des années, enseigné dans les lycées et les universités, l’histoire africaine de la colonisation aux indépendances, sait de quoi il parle. Ouezzin Coulibaly, Nazi Boni. Deux leaders politiques africains de Haute-Volta est un ouvrage de 216 pages publié aux éditions Kraal du Burkina en décembre 2013.

Le livre qui est disponible en kiosque depuis quelques semaines, permet au chercheur Domba Jean-Marc Palm d’apporter une lecture avisée des contradictions de la scène politique de la Haute-Volta en fin de colonisation et du début d’une ère nouvelle conduite par l’élite nationale. Comme par hasard, les deux hommes dont il est question dans cet ouvrage sont issus de la même région : le Bwamu (Boucle du Mouhoun). Ils n’ont pourtant pas toujours embouché la même trompette, bien que leur notoriété soit confirmée au-delà des frontières de leur pays. Cette divergence de vue est liée à la personnalité forte (deux marmites de même gabarit ne peuvent pas tenir l’une dans l’autre dit un proverbe burkinabé) de ces intellectuels d’une Haute Volta naissante qui ont su apporter leur contribution à l’édification de la nation.

Le Dr Ali Barraud malgré ses 96 ans, n’a pas manqué de lucidité en préfaçant le livre par ces mots : « Il est dommage que les deux frères, Ouezzin et Nazi, n’aient pas pu s’entendre et mener ensemble le combat politique pour une Afrique nouvelle. Tous deux en avaient pourtant l’ambition, l’intelligence, le génie, la clairvoyance, l’énergie et le don de soi. Il est dommage qu’à cause d’intérêts qui leur étaient étrangers, ils se soient laissés aller à des affrontements fratricides, faisant ainsi la part belle à leurs ennemis et aux ennemis de l’Afrique. Nazi était un homme très intelligent et très combatif dont la présence aux côté de Ouezzin aurait été un grand don au Burkina Faso e à l’Afrique.

Heureusement je ne sais quel insondable et mystérieux destin fit que Bobo Dioulasso, centre multiséculaire cosmopolite qu’ils ont tous deux porté dans leur cœur, est la dernière demeure où dorment presque côte à côte, de leur éternel sommeil de juste ces deux braves fils de cette partie septentrionale de l’Ouest du Burkina Faso, véritable incarnation des braves, voire des téméraires « Yaros » des Bwaba, cette ethnie du Burkina , prompt à dire haut et fort le fameux « M’pan » (Je refuse, je dis non) face à la servitude et à la servilité. Le colonisateur s’en souviendra après les dramatiques et douloureux événements de 1916. Un centre qui représente un pan de l’histoire de notre pays ainsi, puisse Bobo-Dioulasso être un lieu de visite et de pèlerinage pour bien de générations d’Africains ! »

Propos juste, vœux réaliste. Bobo, panthéon des grands-hommes, a pendant longtemps été le baromètre de la vie politique nationale. Les nombreux témoignages vivants collectés par l’auteur donnent la preuve de leur intégrité. Dans un style clair et accessible, l’historien affirme dès l’entame son ambition qui est « …à travers cet écrit de mieux faire connaître ces figures historiques politiques du Burkina Faso, hier Haute-Volta par la jeune génération. »

Ne dit-on pas que pour mieux baliser les chemins du futur il faut savoir regarder dans les greniers du passé ? C’est en cela que ces portraits du leader du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) et du PRA (Parti du regroupement Africain) que nous offre Jean-Marc Palm est d’une utilité certaine. Le lecteur appréciera particulièrement les annexes qui en plus d’un bref album photo d’époque, transcrivent des documents dignes d’intérêt sur l’effervescence politique qui ne tenait pas uniquement au barrissement de l’éléphant et au rugissement du lion.

De Ouagadougou à Toma en passant par Ouahigouya et Koudougou, etc. les politiciens de cette période étaient d’une activité inouïe Concernant ces deux opposants célèbres, la conclusion de l’auteur nous montre qu’ils avaient bien de points communs. Lisez plutôt : « Aucun d’eux n’a été attiré par le gain facile. Ils n’ont pas sacrifié aux intérêts immédiats et égotistes. Ils portaient des convictions et un idéal. Tous deux s’étaient posés en défenseurs de la vertu et de la justice. Ils prônaient la moralisation de la société et du pouvoir. Pour eux la politique est un sacerdoce, un apostolat et non une usine d’intrigues, d’astuces, de ruses subalternes et d’accumulation de biens matériels. » A bon entendeur…bonne lecture !

Ludovic O KIBORA


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