Mali, une bienheureuse humiliation !

Publié le mercredi 4 juin 2014

Sous cape, certains n’hésitent pas ou plus, à railler « l’orgueil mal placé » des Maliens. On aimerait les y voir dans la même situation. En effet, qui peut raisonnablement accepter la situation qui est faite aux maliens ? Quel gouvernement digne de se nom n’enragerait pas de voir ainsi une partie de son territoire, lui être quasiment interdite ? Au gouvernement de transition, sous la conduite du falot Dioncounda, on avait dit que les autorités nationales n’avaient pas la légitimité requise pour se rendre à Kidal.

Avec IBK cet argument est désuet et on voudrait lui substituer un autre : « appliquer d’abord les accords de Ouagadougou, avant d’accéder à Kidal  ». Et pourquoi pas l’inverse ? Sauf à considérer le droit à investir ce bout de territoire malien, comme un moyen de chantage. Et d’ailleurs que disent en vérité les accords de Ouagadougou ? Il y avait dans ces accords, comme c’est souvent le cas, une entente sur le minimum acceptable. Comme on dit toujours une côte mal taillée

En premier lieu, « l’intégrité du territoire sanctuarisée ». En deuxième lieu la reconnaissance « des problèmes spécifiques au nord du Mali ». Voici les bases de l’accord. Les moyens de la mise en œuvre sont essentiellement le rétablissement de la légalité des instituions par la tenue de l’élection présidentielle (passablement acceptée par les touaregs) sur l’ensemble du territoire malien et des négociations aussitôt (60 jours après l’installation du gouvernement).

Dans l’intervalle, les touaregs auraient dû accepter d’être cantonnés et ils auraient dû aussi accepter le retour de l’administration et des forces de sécurités régulières. Sur ces points, il est de notoriété, que le MNLA n’a pour ainsi dire jamais obtempéré.

Le nouveau gouvernement légitime en place à Bamako n’aura pas eu de période de grâce. Il n’a pas, chrono en main, convoqué les pourparlers à date et quand il s’est résolu à le faire, il ne l’a pas fait dans le format souhaité aussi bien par les médiateurs que par les groupes armées. Il a commencé d’abord par se donner de l’air en se débarrassant de la tutelle encombrante d’une médiation qui n’a jamais su se montrer vraiment neutre aux yeux des maliens.

Puis il a imposé le cadre et le lieu. Cela peut ne pas avoir plu et les protagonistes, notamment les groupes armés, ont montré peu d’enthousiasme à aller aux négociations, craignant des accords aux conditions du gouvernement de Bamako. Tout cela est bien compréhensible. Dans une négociation chacun essayant de trouver la posture la plus favorable à la cause qu’il défend.

De là à imaginer l’institutionnalisation de fait, d’une « enclave interdite », sur un territoire censé être unique et sous le contrôle du gouvernement légitime, cela n’était pas durablement acceptable et il ne l’a pas été.

Maintenant le MNLA voudrait tirer profit de sa victoire sur les troupes loyalistes pour imposer à son tour les conditions de la négociation et probablement de l’entérinement de la partition de fait du territoire. Ce pourrait être une grosse erreur.

  • D’abord, parce que le MNLA a certes, infligé une raclée honteuse aux FAMA (Forces armées du Mali), mais ce n’est qu’un revers, comme peut en compter un conflit de ce genre. Mais il n’est jamais définitif et il ne peut pas fonder la paix. Les FAMA, on peut en être sûr ne resteront pas sur cette humiliation.
  • Ensuite le MNLA se tromperait en pensant qu’il peut établir sa république de l’Azawad, dans cette partie de l’Afrique. Même la France qui est bienveillante avec le mouvement, n’ira pas jusque là. Que dire alors du Niger et de l’Algérie ?
  • Enfin, il est fort possible que passer les moments d’euphorie, les touaregs ne réalisent que cette victoire à bien des égards, pourrait les desservir. Ils ne sont plus en situation de victimes, mais de bourreaux. On pourrait interroger alors les moyens de leur victoire militaire. Est-ce encore, comme en janvier 2012, avec l’appui des supplétifs islamistes qu’ils ont aussi facilement triomphé ?

La guerre est, contrairement aux apparences, relancée. Il est difficile d’imposer à Bamako de rester sur cette humiliation, sauf si les pressions sont rapidement exercées sur les touaregs, pour qu’ils ne cherchent pas à demeurer dans les positions conquises ce 17 mai. Or c’est déjà quasiment certain que la communauté internationale n’acceptera pas ce fait de guerre.

Alors à quelque chose malheur est bon. Le gouvernement du Mali pourrait être servi par cette défaite, qui a le don de rappeler que le pays ne s’est encore remis de la tragédie de 2012.

 Par Newton Ahmed BARRY


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