Situation nationale : Jusqu’où ne pas aller trop loin

Publié le mercredi 4 juin 2014

 Avis de tempête sur le pays des hommes intègres. C’est assurément un paradoxe quand l’intégrité qui est une valeur morale généralement source de quiétude et de paix fait subitement place à l’arrogance et au bellicisme. Nous vivons en effet des moments assez troubles alors que tout semblait réuni pour faire du Burkina un havre de paix dans une sous-région plongée dans la tourmente et la violence. 

Voyant les choses venir, l’église catholique n’avait pas fait mystère de son scepticisme devant le projet présidentiel de modifier la Constitution pour permettre à Blaise de se maintenir au pouvoir. La paix au Burkina est en effet plus importante que nos ambitions personnelles. Malheureusement, le cours actuel des événements montre que l’on n’est pas prêt de suivre la voie de la sagesse.

Fidèle à sa mission, le chef de l’église catholique, le cardinal Philippe Ouedraogo a lancé une neuvaine d’actions de grâce. La place de la nation, ce haut lieu qui a tant marqué notre histoire nationale en a servi de rampe de lancement. Les Burkinabé profondément attachés à la paix n’ont pas marchandé leur présence. Devant cette extraordinaire mobilisation pour la paix, le thème de la paix est subitement devenu un fonds de commerce entre les mains de faussaires politiques. 

Aujourd’hui, tout le monde parle de paix, même ceux qui, sur le dos du peuple burkinabé, préparent la guerre. Sans doute, il ne vous a pas échappé ces propos de l’honorable député Dermé Salam, du parti présidentiel, qui, dans une envolée qui fait désormais date, a lâché ces propos gravissimes : « Si nos adversaires ne veulent pas être des démocrates , on sera obligé de revenir à ce que nous connaissons tous. On ira au régime d’exception. Si c’est les armes qui doivent faire la loi, je vous signale que nous en sommes les détenteurs et personne d’autre. C’est parce que nous voulons la paix que nous suivons la voie légale, sinon… »*

C’était au cours du meeting d’un certain Mouvement pour le réveil des consciences, tenu le 11 mai à Tampouy. Il ne s’agit pas là d’un lapsus lingue qui a malencontreusement échappé à son auteur. Celui qui a prononcé ces propos est un élu de la république.

Quelques semaines plus tôt, le 26 avril dernier, un de ses mentors, le ministre d’Etat Yé Bongnessan avait tenu des propos de la même veine devant le conseil national du CDP  : « Il y a des gens, avait-il déclaré, au lieu d’aller faire campagne pour que le référendum que Blaise demande ne passe pas, … disent qu’ils ne veulent pas de ça. Eux ils veulent quoi ? Ils disent qu’on est minoritaire, on ne sait pas s’ils ont des gens qui ont des fusils cachés quelque part, mais nous aussi on a des fusils et on a même le ministre de la défense avec nous… ».

Pour paraphraser une sagesse bien de chez nous, « Celui qui parle comme un sorcier ne doit pas être surpris qu’on le prenne pour tel. » C’est sans doute les propos du colonel Yé qui ont été déclinés en mooré facile à l’adresse des masses suburbaines par un député (sans doute un clone d’Ambroise Tapsoba) qui comme on peut le voir, n’a absolument rien d’honorable.

 Si ces propos ont une visée d’intimidation, il faut craindre qu’ils n’entraînent un effet contraire. Ceux qui sont ouvertement menacés d’être militairement réduits pourraient aussi juger bon de prendre des précautions. Simple attitude de survie. Et nous voilà dans l’escalade !

Sauf erreur, Assimi Koanda, le patron du CDP ne s’est pas officiellement démarqué des propos incendiaires et volontairement provocateurs de ses camarades. On aimerait aussi savoir ce qu’en pensent nos chefs militaires jusque là muets face à ces dérapages verbaux. Ces déclarations assimilent ni plus ni moins notre armée à une vulgaire milice au service du parti au pouvoir. Leur silence vaut-il acquiescement ? Quand à nos responsables en charge de la sécurité, c’est maintenant qu’il importe de faire preuve d’une extrême vigilance, pour ne pas se retrouver dans la posture du médecin après la mort. Que Dieu bénisse le Burkina !

* Propos rapportés par notre confrère Bendré dans son édition N° 788 du 19 Mai

 Par Germain B. NAMA


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