Mise en œuvre des accords de l’UEMOA:Que va devenir Bittou si la douane s’en va ?

Publié le mercredi 4 juin 2014

On en parlait depuis près d’une décennie, ça devrait se réaliser très bientôt. Pourtant les populations de Bittou ont cru, jusqu’à la dernière minute, que le projet de démantèlement de la douane n’aurait pas lieu. Que le gouvernement allait comprendre les enjeux et maintenir la structure en lui affectant par exemple une nouvelle mission. Parce que Bittou sans la douane, c’est une catastrophe sociale et économique dont personne ne peut mesurer les répercussions. Déjà que la région fait face à une insécurité endémique.

Bittou est le prototype de ville devant sa relative prospérité à une structure de l’Etat, notamment la douane. C’est elle plus que tout autre qui a enfanté et structuré l’économie de la ville. Bittou sans la douane, c’est la mort assurée de la ville et de la commune. Le gouvernement a décidé, dans le cadre de l’intégration, de la démanteler. Pendant longtemps, les populations se sont refusées à y croire, tant elles ne se sont jamais imaginées vivant sans la douane. Parce que cette structure était pour chacun d’eux, "le champ familial". En douane les jeunes apprennent à gagner leur premier argent de poche par le "portage", appelé aussi, "le caya caya". Beaucoup d’enfants y prennent tellement goût, qu’ils abandonnent l’école pour s’y adonner. C’est pourquoi, malgré l’existence d’une école fondée au milieu des années 1970, les jeunes Bittouviens, du cru, (c’est à dire ceux qui n’ont jamais quitté la ville) sont très peu nombreux à avoir fait des études supérieures. Parce qu’il suffisait de savoir lire et écrire, donc un bon niveau de CM, pour intégrer une des nombreuses maisons de transit et gagner convenablement sa vie. Pour les femmes aussi c’est aussi la même chose. La douane offrait une opportunité de toutes sortes d’activités génératrices de revenus. En ce qui concerne les hommes c’était la petite fraude qui faisait vivre. Le marché de Bittou, qui se tient tous les trois jours en est le symbole. Comme on le voit, la douane structure la vie à Bittou du berceau à la tombe.

Si tout ça devait disparaître

Les techniciens du gouvernement ne l’imaginent pas, mais reconvertir Bittou à une autre existence va demander du temps et des infrastructures de substitution qu’il faudra soigneusement imaginer. Quoi de semblable à la douane pour que chacun puisse continuer à trouver son compte ? Une industrie ? Peut-être. Mais laquelle ? Ou pourquoi ne pas reconvertir les missions de cette même douane en relevant son niveau de responsabilité ? Actuellement une centaine de maisons de transit vivent directement de la douane. Chacune emploie au moins trois travailleurs. Chaque travailleur a derrière lui des familles. Si la douane s’arrête demain quelle catastrophe sociale, faudra-t-il gérer ? Le gouvernement qui prendra la responsabilité brutale de démanteler cette douane aura fort à faire.

Le pilier de la décentralisation

La jeune commune de Bittou qui a une quinzaine d’années d’existence avait aussi conçue son existence en intégrant la douane. Les recettes douanières ne vont pas dans les caisses de la commune, mais la présence de la douane permettait de récolter confortablement des taxes. Notamment les taxes de stationnement des camions qui attendent d’accomplir les formalités douanières. Pour les besoins de ces mêmes formalités douanières, des infrastructures connexes ont commencé à être réalisées comme les hôtels. Ces établissements font rentrer de l’argent dans les caisses de la commune, soit directement ou indirectement par le paiement de certains frais, comme les taxes touristiques. La jeune commune de Bittou, comparativement aux communes du même niveau, peut ainsi se targuer d’avoir un budget plus conséquent. Tout cela est désormais à revoir. La jeune commune aussi va devoir sortir la calculette, pour évaluer les pertes directes et indirectes. Mais les dommages seront difficiles à évaluer puisque le départ de la douane va sinistrer toute l’économie de la ville. Cela veut dire que les autres recettes fiscales de la ville aussi en seront affectées. Bittou comme les villes qui dépendent exclusivement d’une structure ou d’une infrastructure va traverser une période incontestablement difficile. Elle pourrait voir le quart de sa population s’en aller. Certains secteurs d’activités pourraient disparaître. Le gouvernement a t-il prévu des moyens d’accompagnement adaptés ? Pour l’instant les informations qui circulent parlent d’injecter de l’argent pour prendre en charge les femmes et les jeunes. Ce sont des propositions encore trop vagues. Or dans le même temps, Bittou est pressenti pour devenir le chef-lieu d’une province. Cette évolution est administrativement intéressante, sauf qu’on ne mange pas les administrations. Perdre la douane ne peut pas être compensée par une simple érection de la ville en chef-lieu de province.

Les populations après avoir espérées que l’inéluctable ne se produira pas, ont commencé à se mobiliser. Elles savent la catastrophe que cela signifiera dans leur quotidien, comme le démontre le reportage de Wilfrid Bakouan.

 


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