LOTISSEMENT A ZAGTOULI : les populations demandent des comptes aux maires

Publié le samedi 17 mai 2014

La patience a des limites. Celle des populations de Zagtouli va vers son terme. Après avoir adressé maintes requêtes restées sans suite aux édiles des arrondissements 7 et 8 pour être situées sur la gestion opaque des lotissements, elles ont tenu à faire part de leur courroux via la presse ce samedi 1er mai. Elles interpellent les plus hautes autorités et exigent des éclaircissements pour le désamorçage du mystère qui entoure les lotissements dans leur secteur. Premier et dernier avertissement ?

Les populations demandent la lumière sur les lotissements

Ils ont décidé d’exercer pleinement leur droit de contrôle de la gestion de ceux qu’ils ont élu pour diriger leur localité. Les habitants de Zagtouli sont sortis massivement et se sont montré très déterminés pour que cette question de lotissement soit tirée au clair. Et dans les meilleurs délais. Ainsi donc, un comité composé de fils des différents arrondissements a été constitué pour mener la lutte. Mais avant, rappel historique. Les plaintes sur les lotissements à Zagtouli remontent depuis 1999. L’affaire avait fait grand bruit contraignant à cette époque les Ministères des Infrastructures, de l’Habitat et de l’Urbanisme et celui de l’Administration Territoriale et de la Sécurité à mettre conjointement en place une équipe d’inspecteurs afin d’élucider la situation. L’équipe a bouclé sa mission et déposé son rapport le 03 mars 2000, rapport dont nous avons pu prendre connaissance. Dans ses conclusions, l’équipe reconnaît que la commission qui avait été désignée pour l’attribution des parcelles « a été défaillante dans bien des domaines : non recensement de jeunes résidents âgés de 15 ans (en violation du décret 97-054/PRES/PM/MEF du 6 février 1997) ; non publication des listes des attributaires ; refus de recenser les femmes et les filles ; distribution des fiches avant la publication des listes permettant les ventes irrégulières ; réunions non sanctionnées par des procès verbaux ; attribution groupée de parcelles à une personne en vue de mener des activités commerciales alors qu’il s’agit de parcelles à usage d’habitation.  » Le rapport retient aussi des « ventes irrégulières et organisées de parcelles ». Rappelons que c’est à l’occasion du Projet Villages-Centre/Banlieues de Ouagadougou financé par les Pays-Bas visant à « fixer les populations dans leur terroir » qu’a éclos le scandale. C’est d’ailleurs ce pays qui, par le biais de son ambassade dans notre capitale a provoqué cette mission en vue d’avoir de plus amples informations sur les plaintes de la population de Zagtouli. Mais bien avant cette affaire, le rapport rappelle un autre fait que les conférenciers ont soulevé et qui continue d’irriter cette population. Il s’agit d’une opération organisée par la mairie en 1998 qui visait à attribuer des parcelles à des jeunes. Ainsi, deux cent jeunes ont été recensés, mais seulement 63 furent attributaires de parcelles bien que l’opération avait dégagé plus de parcelles que de personnes susceptibles d’être attributaires. Pire, selon les orateurs « la grande majorité de ceux qui ont été attributaires n’ont pas reçu, à ce jour, leurs fiches d’attribution ».

En son temps, les inspecteurs qui ont instruit le dossier, pour résorber le problème avaient proposé et suggéré entre autres la publication dans les plus brefs délais de la liste des attributaires. Réparer « l’injustice » faite aux femmes, aux hommes ainsi que les jeunes âgés de 15 ans ayant droit à des parcelles et n’ayant pas été recensés. Faire le bilan des attributions dans les plus brefs délais dans un souci de transparence. Le déclassement de réserves voire une extension du lotissement financée par la commune. 

C’est un secret de polichinelle, les irrégularités qui ont entachées les lotissements de Zagtouli depuis 1995 reviennent sous le feu des projecteurs comme un véritable serpent de mer. Cette fois-ci les choses ont débuté le 04 juin 2013, date à laquelle la population de Zagtouli a été invitée chez le maire de l’arrondissement 8 pour être informée de l’implantation, au plus tard dans les deux semaines qui allaient suivre, de bornes dans une zone dite lotie. Selon le porte- parole du comité Me Pierre Yameogo, « cette information ne donnait pas lieu à discussion et une mise en garde a été faite à toute personne qui s’opposerait à l’implantation de ces bornes ». La population a alors tenu une rencontre le 09 juin 2013 à la sortie de laquelle le maire a été saisi par courrier le lendemain, le 10 juin pour lui signifier son opposition à cette décision. S’arc-boutant contre la démarche unilatérale de l’édile, la population l’invitait en substance à ajourner le démarrage du bornage envisagé. Il lui était plutôt recommandé de rencontrer préalablement les propriétaires terriens pour convenir avec eux de leurs droits dans la confiscation de leurs champs, faire un recensement, sur les critères clairs des personnes qui auront droit à une parcelle dans l’opération envisagée. Les plaignants signalent que depuis cette date, maintes correspondances ont été adressées au maire et même au ministre de tutelle mais qui n’ont jamais reçu ni réaction ni réponse. Ils laissent entendre aussi que dans le même temps, ils ont adressé une lettre au maire de l’arrondissement 7 pour le féliciter pour son élection et lui demander de faire un audit sur la partie du lotissement relevant de sa zone pour situer les populations. « Il ne nous a jamais répondu malgré nos relances », indique Me Pierre. Les populations soulignent que les conclusions des états généraux sur les lotissements tenus les 24 et 25 octobre 2013 sont venus les conforter dans leur position. Notamment sur la suspension des lotissements à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso et la viabilisation des zones déjà loties après avoir apuré le passif. Cependant l’espoir de cette population s’étiolera quand, après avoir arrêté de façon consensuelle une formule pour la mise en place d’une commission ad ‘hoc, les deux maires sont passés outre pour mettre en place unilatéralement leurs commissions sans impliquer les représentants des propriétaires terriens (un par quartier) que les populations avaient proposé pour discuter des questions de lotissements. Certaines rumeurs fondent à croire que « le maire de l’arrondissement 7 a même déjà mis en place une commission d’attribution de parcelles  ». Les habitants de Zagtouli ont aussi exprimé leur colère due au fait que « les réserves qui devaient abriter des infrastructures communautaires sont quasiment toutes occupées par des personnes privées ».

Ils disent être mobilisés et déterminés pour se dresser contre ces lotissements pour plusieurs raisons. D’abord ils souhaitent que les maires concernés leur apportent la preuve que les zones concernées sont loties car selon leurs sources d’informations, ces zones ne sont pas loties. Et si tel n’est pas le cas, que ces lotissements s’arrêtent immédiatement conformément aux conclusions des états généraux. Ensuite, les populations par la voix du comité invitent les maires concernés à engager un débat inclusif impliquant toutes les personnes concernées à quelque titre que ce soit dans leur processus. Elles demandent par ailleurs, conformément aux conclusions des états généraux que soit apuré le passif des précédents lotissements avant toute idée d’un nouveau lotissement. Relativement aux propriétaires terriens, le comité exige que leurs droits sur leurs terres soient respectés. En outre, concernant les personnes devant bénéficier de parcelles si le lotissement devait avoir lieu, les résidents exigent un recensement préalable sur des critères clairs et précis (résidence, âge, naissance…) de personnes devant bénéficier de parcelles.

Pour appuyer leurs doléances, les populations de Zagtouli lancent un appel au Premier ministre pour qu’il prenne des mesures afin que « s’arrêtent ces lotissements illégalement initiés dans les arrondissements 7 et 8 de Ouagadougou ». Le maire de la commune de Ouagadougou doit veiller à mettre un terme à ce lotissement qui « ne sera qu’une spoliation de plus des propriétaires terriens ». Toutes les personnes de bonne volonté et les associations de la société civile sont invitées à les appuyer dans leur « juste  » lutte.

A la question de savoir si rien n’est fait dans le sens de la résolution du problème quel sera leur réaction, les conférenciers ont professé qu’une panoplie d’actions vigoureuses sera engagée. A la sortie de la conférence certaines personnes confiaient qu’elles sont déçues de leurs dirigeants et désormais n’ont plus envie de participer aux élections.

Hamidou TRAORE


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