Thomas sankara parle : Une énième édition des propos du leader de la révolution d’Août 83

Publié le samedi 17 mai 2014

Dans un ouvrage de 477 pages, sorti aux éditions Pathfinder, Michel Prairie réuni discours et interviews de Thomas Sankara entre 1983-1987. Devoir de mémoire, ouvrage d’anthologie. L’œuvre est un hommage au combat d’un juste, qui a cru pouvoir changer positivement son environnement dans un contexte d’adversité ambiante. Des propos souvent connus, mais qui avec la situation sociopolitique actuelle donnent à réfléchir. L’engagement révolutionnaire, la lecture de la géopolitique nationale et internationale est sans âge. Il y a aussi des anecdotes qui témoignent de la grandeur humaine de l’homme, tels ces propos déjà rapportés dans l’œuvre du Suisse Jean Ziegler en 1986 « j ai été à Bobo Dioulasso. Toute ma famille était restée à Gaoua. En arrivant, je ne connaissais personne. Or le jour de la rentrée des classes on nous dit que pour des raisons d’intendance le lycée ne sera ouvert que le lendemain. L’internat étant lui aussi fermé, il fallait se débrouiller pour nous loger. Ma valise sur la tête –j’étais trop petit pour la porter d’une autre manière- j’ai erré dans cette ville trop grande pour moi. J’étais de plus en plus fatigué et j’ai fini par me retrouver devant une maison bourgeoise. Dans la cours il y avait une voiture et un gros chien. J’ai sonné. Le monsieur est sorti et m’a toisé : « Tiens un petit qui vient comme-ça ! Et pourquoi ? » Je lui ai répondu : j’ai vu cette maison et je me suis dit c’est là que je vais passer la nuit. » Il a poussé un grand soupir, il n’en revenait pas puis il m’a donné son accord. Il m’a installé, m’a donné à manger, puis m’a expliqué qu’il devait sortir car sa femme était en attente à la maternité. Le lendemain, j’ai pris mes affaires, je l’ai salué et je suis parti. Un beau jour étant devenu ministre, j’ai nommé un secrétaire général au ministère de l’information. Puis je lui ai demandé : « Vous ne me reconnaissez pas ? » Il m’a dit non. Un mois plus tard, même question, même réponse. Le jour où il a quitté sa fonction, je l’ai appelé : « Vous étiez à la station radio Bobo. Vous habitiez tel quartier, vous aviez une voiture Ami6. Vous m’avez ouvert la porte et vous m’avez donné à manger. J’étais tout petit, j’allais au lycée. » « C’était donc vous ? » « Oui, c’était moi. » Il s’appelait Pierre Barry. En quittant sa maison, je me disais que tôt ou tard il faudrait que je rende à cet homme-là un service qu’il sache que sa charité n’avait pas été inutile. Je l’ai cherché. Le hasard a bien fait les choses. Nous nous sommes rencontrés. Il est aujourd’hui à la retraite. »  Ces propos aux allures de paraboles bibliques, sont des indications claires sur la personnalité de celui que d’aucuns ont voulu peindre en grand méchant loup du quarteron de capitaines, qui dirigeait la révolution d’août 83. De nos jours, de nombreuses personnes jadis vouées aux gémonies par les CDR (Comité de défense de la révolution), traitées à l’époque d’anarcho-syndicalistes et de réactionnaires ennemis du peuple, ont avec le recul, une autre appréciation de l’individu. Ainsi va l’histoire. Au bout de quatre ans, Tom Sank reconnaissaient lui-même les erreurs de la révolution et les abus de ses camarades. Il s’engageait à lever les sanctions qui ont attristées de nombreuses familles. Mais, l’adversité grandissait dans son camp et certains de « ses camardes » ne tenaient certainement pas à ce qu’il redore son blason pour un nouveau départ (cf. p 425 discours anniversaire du DOP à Tenkodogo). Alors, ils parlèrent de « dérives droitières » et l’assassinat fut programmé un après midi du 15 octobre 1987, pour disent-ils, approfondir la Révolution. Hélas ! Les poings jadis levés, tomberont très vite dans les caisses de l’Etat, comme aimait d’ailleurs le répéter Norbert Zongo. La suite se passe de commentaire. A bon entendeur…Bonne lecture !

Ludovic O KIBORA


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