Boko Haram, la honte des dirigeants africains

Publié le samedi 17 mai 2014

 Boko Haram. Qu’est-ce que c’est ce truc dont la seule évocation suscite à la fois frisson et dégoût ? L’enfer dit-on est pavé de bonnes intentions. Au commencement en effet, Boko Haram s’est présenté comme une entreprise de salubrité publique, engagée dans un combat frontal et radical contre la corruption tentaculaire de l’administration publique nigériane. Si rien ne va au Nigéria, ne cessait-elle de répéter, c’est la faute aux élites, purs produits de l’école occidentale. C’est la vision fondatrice de l’organisation. Il faut donc pour bien faire, combattre le mal à la racine : supprimer purement et simplement l’école maléfique et imposer par tous les moyens les valeurs prétendument prônées par l’Islam. Boko Haram se voit donc comme la main armée de Dieu destinée à sauver l’humanité de la dérive occidentale. Les conséquences d’une telle vision sont terribles : enlèvements de personnes, assassinats, destructions d’écoles et d’églises selon un mode opératoire fondé sur la cruauté gratuite. Le bilan humain de ces violences est hallucinant : des milliers de vies arrachées.

Derniers hauts faits, le rapt de 276 lycéennes le 14 avril à Chibok dans l’Etat du Borno dont une cinquantaine ont pu s’enfuir : « j’ai capturé vos filles, je vais les vendre sur le marché, au nom d’Allah » a déclaré Abubakar Shekau, le chef du groupe. Quelques jours après, Boko haram réédite son exploit macabre en enlevant d’autres jeunes filles (une dizaine) ! Et ce n’est pas tout. Le week-end dernier, ce fut l’apocalypse dans un village du nord Nigeria avec le massacre totalement gratuit de près de trois cent villageois. Dans ce bilan hautement macabre, il y a sans doute la part de l’intox. L’administration nigériane dont l’image est très dégradée au sein de la population peut avoir intérêt à grossir les chiffres. Pour autant, la réalité fièrement revendiquée par les croisés de Boko Haran n’en est pas loin. En effet, c’est dans l’exaltation que ces fanatiques tuent et violent, au nom de leur prétendu Dieu. Un dieu qui de toute évidence n’est pas celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob dont se réclament les grandes religions révélées.

Face à la barbarie moyen-âgeuse de Boko haran, l’Etat nigérian à qui incombe le devoir de protéger ses citoyens se montre d’une incapacité désolante voire criminelle. Le géant nigérian qui a envoyé ses soldats faire le coup de feu au Libéria au sein de l’Ecomog et que l’on avait cru un moment être le recours libérateur dans la crise ivoirienne se trouve méconnaissable devant ses propres compatriotes insurgés. C’est une honte pour l’ensemble de la classe dirigeante, plus prompte à amasser des biens par des détournements crapuleux qu’à construire un pays de stabilité et de paix. Mais au-delà du Nigéria, l’Afrique entière est couverte de honte par son incapacité à prêter assistance à un de ses membres en danger de mort. Ce qui se passe au Nigéria est bien la preuve que c’est le chacun pour soi en Afrique, pour ne pas dire le sauve qui peut. L’Union africaine, la CEDEAO qui a pourtant fait le show dans les crises sous régionales récentes sont muettes comme des carpes. Honneur aux femmes nigérianes qui malgré l’ambiance de terreur ont commencé à lever la tête pour crier leur ras le bol. L’initiative ne manque pas de courage quand on sait le sort que l’organisation terroriste réserve à ceux qui s’avisent à lui tenir tête. Nombre d’Imans ont été ainsi assassinés pour avoir simplement dit que Boko Haram ne représente pas l’Islam. Il est également encourageant que de la Mecque des Oulémas s’élèvent des dénonciations véhémentes contre ces pratiques d’un autre âge menées au nom de l’Islam. Leur initiative fait tâche d’huile dans le monde musulman. Au-delà des communautés religieuses, c’est toute la société civile africaine qui doit se lever pour dire non. C’est la seule manière de faire bouger les gouvernants africains. Ce qui se passe avec Boko Haram est d’une extrême gravité. Qu’à notre siècle, une organisation revendique publiquement l’esclavagisme sur de jeunes filles est inacceptable. Il suffit de se mettre à la place de leurs familles pour comprendre combien la situation est psychologiquement intenable. Elle est out autant inacceptable, politiquement et socialement. Alors que faire ? Tout en saluant ce début de sursaut de la communauté internationale, il convient de condamner avec la dernière énergie ces crimes odieux qui souillent notre continent. C’est le lieu d’inviter les organisations de la société civile, en particulier celles qui défendent les droits de la petite fille à initier des actions de solidarité à l’endroit des familles de ces jeunes filles nigérianes et au-delà à défendre le droit fondamental à l’éducation de la jeune fille africaine !

Par Germain B. NAMA


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