Dossier Norbert Zongo, question pressante aux responsables du MPP

Publié le lundi 12 mai 2014

Les démissions en cascades au sein du CDP et la naissance du MPP ont été accueillies avec un ouf de soulagement par de nombreux burkinabè. On le voit à l’accueil populaire qui accompagne chacune des sorties du parti dans les provinces et les régions et tout dernièrement à l’occasion du 1er congrès tenu les 5 et 6 avril 2014. Les burkinabè ont sans aucun doute de multiples raisons de souhaiter la fin du régime Compaoré. Attardons-nous sur quelques unes. Il y a d’abord ceux qui sans porter un jugement de fond sur le régime estiment qu’il a trop duré. 27 ans à regarder un seul et même feuilleton finit en effet par lasser. Les hommes ont naturellement tendance à désirer le changement, même si celui-ci n’apporte pas un mieux-être. L’image de la vie de couple le montre bien. Ce que l’on cherche et trouve dehors soutient rarement la comparaison avec ce que l’on a dedans. Et pourtant, il y a comme un désir irrépressible de changement qui pousse l’un et l’autre. La plupart des jeunes trentenaires, n’ont connu d’autre président que Blaise Compaoré. Avouons que c’est lassant !

D’autres burkinabè ont des raisons plus politiques. Le magister de Blaise ne profite qu’au même personnel politique. Et ces derniers temps, ce personnel tend à se réduire comme peau de chagrin pour ne concerner que son clan familial et ses obligés. On compte parmi ces frustrés, de nombreux cadres du MPP. Ils ont été les responsables mais aussi la cheville ouvrière du CDP. C’est donc logiquement qu’à la suite de leurs défections, des pans entiers du CDP basculent dans leur camp. Mais il n’y a pas que cela. Leur capital de sympathie déborde largement les frontières de leur ancien parti. Ils sont perçus comme ceux par qui le changement est enfin possible. Norbert Zongo l’avait prédit : « le changement viendra du CDP ». Tant que ce parti restera soudé, il n’y a point d’espoir de changement.

Nous voici donc pour la première fois en face d’une réelle possibilité de changement. Et puisque le MPP semble être le moteur principal du changement que les burkinabè espèrent, il faudra qu’il réponde de façon claire à cette question pressante qui est au cœur de la vie nationale depuis plus d’une décennie. Qu’en sera-t-il de l’affaire Norbert Zongo s’il venait un jour à accéder au pouvoir ? Le tribunal d’Arusha vient d’indiquer clairement que l’Etat burkinabè a fait montre d’une absence de volonté dans le traitement du dossier : faiblesse notoire de l’instruction où des témoins importants n’ont pas été entendus, classement pur et simple du dossier depuis le prononcé du non-lieu etc.

Il est difficile d’attendre une réaction positive de l’Etat burkinabè dans le délai imparti de 30 jours alors que huit ans durant il s’est employé à entourer le dossier Norbert Zongo d’une chape de plomb. Peut-on attendre attitude plus positive de la part du MPP ? Au demeurant, la question s’adresse à tous les candidats potentiels à la présidentielle 2015 : Roch bien sûr, mais aussi Zeph ou Gilbert, pour ne citer qu’eux. Leur position sur la question est importante parce que les burkinabè aspirent à une autre justice. L’enthousiasme délirant que certains burkinabè semblent témoigner à la chose politique ne doit pas servir de prétexte aux responsables de partis pour occulter des choses gênantes, qui ne constituent pas moins des préoccupations essentielles de nombreux burkinabè. Il ne faut pas l’oublier, le premier artisan de l’accélération de notre histoire politique récente est bien Norbert Zongo. Il l’a été par ses dénonciations virulentes de l’Etat CDP, par la révélation de ses crimes économiques et de sang et surtout par le sacrifice suprême de sa vie. Si le lion a aujourd’hui perdu ses dents, c’est avant tout parce que Norbert Zongo a détruit son armature intellectuelle et morale. Alors, hommes politiques du Burkina, vous lui devez au moins ça !

Par Germain B. NAMA


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