Lutte contre le tabagisme : la construction d’une usine de cigarettes irrite les antitabac

Publié le lundi 12 mai 2014

Une usine de cigarettes en construction ! C’est le point qui plus que tout autre aura essuyé les propos les plus acerbes des antitabac réunis ce mercredi 02 avril à Ouagadougou. La nouvelle de l’implantation d’une nouvelle usine de fabrication de cigarettes à Sâ dans les environs de Ziniaré est mal tombée à une occasion où les antitabac faisaient le bilan de leur lutte contre le tabagisme. 

La figure de proue dans cette lutte au Burkina Faso est l’ONG Aconta (Afrique contre le tabac) et le Rejat (Réseau des journalistes antitabac). Chacune de ces structures a présenté la Kyrielle d’actions qu’elle a menées dans le but d’endiguer le fléau du tabagisme qui tue 6 millions de personnes chaque année dont plus de 600 au Burkina. Les actions se recoupent en des faits de sensibilisation, formation, dénonciation, conférence de presse… Nonobstant ces efforts, les deux considèrent que cette nouvelle usine menace de faire reculer le Burkina Faso de 10 ans. « Un projet d’implantation d’une usine de tabac dans le village de Sâ menace de réduire à néant les nombreux acquis engrangés par les acteurs de la lutte contre le tabac au Burkina Faso, particulièrement durant ces 10 dernières années  », martèle la déclaration cosignée par le Rejat et Aconta. Pour rappel, le projet remonte à 2009. Le ministère de la santé donne un avis défavorable au projet. Mais le tribunal tranche en faveur des industriels du tabac.

Les responsables de la société justifient leur projet dans un rapport jugé biaisé par la société civile : « au Burkina Faso, les tendances sont (…) à la hausse de la consommation de cigarettes, et pour le moment, il n’existe qu’une seule unité de production de cigarettes… C’est dans ce contexte que la SONATAB a décidé de créer une unité de production ». Cette fabrique aura une capacité de production de 100 000 cigarettes par jour pour une capacité nominale de production de 3 780 000 cigarettes par jour. RANGERS et CHE sont les nouvelles marques que les promoteurs envisagent mettre à la disposition des populations burkinabè voire de la sous-région. Aconta et le Rejat estiment que toutes ces prévisions contribueront à augmenter évidemment l’offre, la consommation, la prévalence et la paupérisation de la population.

Ce qui est contraire à l’esprit des conventions internationales et lois pour lesquelles notre pays a montré un engagement manifeste. Notons que le Burkina Faso, afin de préserver les générations présentes et futures contre les méfaits du tabagisme a ratifié le 31 juillet 2006 la Convention Cadre de Lutte Antitabac (CCLAT). En application de l’article 5 de la convention, le Burkina s’est doté d’un plan stratégique national de lutte antitabac pour la période 2006-2013 et d’une loi portant lutte contre le tabac depuis le 25 novembre 2010. A l’issue de la rencontre, les participants ont émis une série d’actions à entreprendre aux fins de contenir le fléau du tabagisme dans notre pays. 

Hamidou TRAORE


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