L’unité de production de l’eau « Idéale » : un cauchemar pour les riverains de Nioko I

Publié le lundi 12 mai 2014

Le mardi 11 mars 2014, notre journal a été contacté par des riverains du quartier Nioko I dans la commune de Saaba, pour nous faire part des désagréments causés par les eaux usées déversées par l’unité de production de l’eau minérale « Idéale » du groupe KOYAMGA service Sarl. Nous avons effectué un déplacement pour vérifier les faits. L’entreprise en question est située dans la zone commerciale, sur l’axe menant du lycée Naaba Yemdé à la route principale de Saaba juste à côté de l’école primaire publique Nioko I.

Dix heures et quart, nous sommes sur le site d’exploitation de l’eau minérale « Idéale ». Notre équipe est effectivement accueillie par une odeur nauséabonde issue des flaques d’eau que l’unité de production de KOYAMGA service Sarl déversait sur la voie. Une vieille qui balaie du sable se dirige vers nous pour nous souhaiter la bienvenue. Cette dernière sans hésiter lance la phrase : « l’odeur nous dérange ici et on ne sait pas ce qu’il faut faire ». On comprend tout de suite que l’odeur pestilentielle constitue un véritable cauchemar pour les habitants riverains de l’entreprise KOYAMGA service Sarl. Nous avons alors approchés les riverains pour comprendre la réalité des faits. Interrogé, Yacouba Bountoulougou, habitant du quartier nous confirme les propos de la vieille. Selon lui, à mainte reprises, « nous sommes allés le voir (ndlr le propriétaire de l’entreprise) pour qu’il voit dans quelle mesure nous pouvons cohabiter, et à chaque fois, il est resté sourd à nos doléances ».

Les eaux sales qui viennent de l’usine et russelant dans le quartier (Ph, Evénement)

Martin Compaore également habitant du quartier soutient les propos de Yacouba Bountoulgou. « Il s’était engagé à résoudre le problème. Il nous avait dit qu’il avait un problème de plomberie dont il n’avait pas trouvé la solution mais qu’il allait néanmoins faire quelque chose » a-t-il affirmé, et « il est venu mettre de la terre qui a partiellement résolu le problème. On n’a rien compris cette année et c’est le même problème qui est en train de se poser » ajoute Martin Compaore. Nous sommes allés à la rencontre du vieux Salif Zagré dit « Pousgin Monré ». Un vieux qui selon ses dires vit dans le quartier il y a de cela plus de trente ans.

Martin Compaoré, riverain propose la délocalisation de l’unité (Ph, Evénement)

Ce dernier ne nous a pas caché son ras-le-bol. Toutes ces plaintes sont dues aux odeurs des eaux usées déversées par l’entreprise mais aussi, les conséquences que cela peut avoir pour les habitants du quartier et de surcroît les enfants qui puisent cette eau pour leurs besoins. « Je suis souffrant à cause de ces odeurs » nous a confié le vieux Salif. Les habitants du quartier affirment s’être rendus à la mairie de Saaba pour expliquer la situation au maire. Et selon Yacouba Bountoulgou, madame le maire « nous a promis de voir le monsieur pour qu’il résolve le problème  ». Mais jusqu’à notre déplacement sur le terrain du mardi 11 mars 2014, l’eau sale et les odeurs constituaient toujours la croix à porter pour les habitants de ce quartier de Nioko I.

« J’ai interpellé le DG de l’usine pour que quelque chose soit fait »

Nous nous sommes ensuite rendus sur le site d’exploitation de l’eau. Une petite fosse longe le mur de l’entreprise. Une fosse à travers laquelle l’eau issue de l’usine coule vers les habitations voisines. A l’usine où nous nous rendons, on nous apprend que le Directeur général de l’entreprise est en déplacement de même que le responsable commercial qui assure l’intérim.

Josiane kabré, maire de la commune de Saaba à promis de suivre le dossier de près (Ph, Evénement)

Contacté ce dernier nous fait savoir qu’il était à Ouagadougou. Onze heures cinq minutes (11h05mn), nous sommes à mairie de Saaba pour rencontrer Madame le maire. Josiane Kabre, maire de la commune de Saaba nous reçoit dans son bureau pour nous faire le point sur ce qu’elle sait de cette affaire. Elle reconnaît avoir reçu trois personnes du quartier en question le 18 février 2014. « Le même jour j’ai dépêché un agent qui est parti avec eux sur le terrain et qui est allé faire le constat et après son rapport, j’ai interpellé le DG de l’usine pour que quelque chose soit fait pour éviter les nuisances à la population riveraine », nous a laissé entendre le maire Josiane. Pour voir de ses propres yeux, elle s’est rendue sur place et son constat est qu’ « il (ndlr le propriétaire de l’unité de production) a mis de la terre sur les parties qui étaient inondées et il a recouvert ces parties de terre et dans une cour voisine, il était en train de creuser une fosse septique ». Et le maire Josiane Kabre de nous recommander de faire un tour sur le site pour voir s’il n’y a pas de travaux d’aménagements. De retour une deuxième fois sur le site, nous avons effectivement constaté que des ouvriers étaient à pied d’œuvre pour finir la fosse septique. Environ 70 à 80% des travaux ont donc été réalisés. Selon les techniciens, cette fosse pourrait contenir 56m3. Arrivés à Ouagadougou, nous avons une nouvelle fois contacté le responsable commercial qui nous a donné un rendez-vous pour s’expliquer. Narcisse Sya, puisque c’est lui le responsable commercial et l’intérimaire du directeur général, nous a fait savoir qu’ils faisaient de leur mieux pour achever les travaux le plus rapidement possible dans le souci de soulager les riverains. Selon lui, le travail devrait s’achever dans deux semaines. Mais la population n’a pas non plus caché son inquiétude quant à ce qui concerne la longévité de la fosse septique. Sur cette question, narcisse Sya nous a signifié que des mesures sont prévues pour éviter que cela ne se reproduise. « Nous avons des vidangeurs en ville qui sont là pour vider la fosse au cas où elle sera pleine, je crois que le problème ne devrait plus se poser. Et pour ce qui concerne les odeurs, je crois que si l’eau passe désormais par les tuyaux PVC, il ne devrait plus avoir d’odeurs » nous a-t-il assuré. Mais jusqu’à quand cette unité continuera-t-elle à fonctionner en plein milieu d’habitations et d’écoles ?

W. Basile SAM (stagiaire)


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