SNC 2014 : Les moyens d’un véritable décollage

Publié le lundi 12 mai 2014

Les lampions se sont éteints sur le rendez-vous culturel de Bobo-Dioulasso. Pendant une semaine, les artistes admis à cette dernière phase de la compétition ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour figurer au palmarès des lauréats. Les deux principales personnalités de l’exécutif que sont le chef de l’Etat et le premier ministre ont fait le déplacement de Sya où ils ont assisté aux derniers actes de la 17ème édition, au grand bonheur des artistes et des organisateurs. D’importantes décisions ont été annoncées par le chef de l’Etat qui visent à donner à la SNC le supplément de souffle dont elle a besoin pour sa croissance. 

Les SNC se suivent et se ressemblent. Cette opinion globalement répandue chez les burkinabé doit cependant être tempérée pour peu qu’on prenne le temps d’observer les détails. Reconnaissons à César dit-on, ce qui appartient à César, même quand il s’agit en la matière de choses modestes. On a longtemps polémiqué sur l’organisation qui ne prendrait pas assez soin des artistes. La question du logement et de la restauration demeure toujours le talon d’Achille de l‘organisation. Certes, des améliorations ont été apportées tant en ce qui concerne le couchage que la restauration (passons sur les détails) mais de l’avis général on est encore loin du compte. Il en est de même des conditions de prise en charge des organisateurs, dispersés dans divers sites dans la ville, ce qui ne facilite pas les regroupements. On aura cependant remarqué la relative sérénité qui a entouré les activités qui donne parfois l’impression qu’il ne se passe rien à Bobo. Certes pendant toute la période de la SNC, Bobo vit sous le régime de la journée continue mais même les après midi, l’animation ne s’observe vraiment que dans les endroits prévus pour les manifestations. Toutefois le grand bazar de la SNC situé non loin du stade Sangoulé Lamizana est un cas à part. On eut dit que c’est le centre névralgique de la ville, tant il est pris d’assaut tous les jours et en particulier les après-midi. Gigantesque centre d’affaires à l’image de Rood Wooko, le concept ne fait pourtant pas la part belle aux artistes dont c’est pourtant la fête. Difficile de promouvoir le marché de l’art dans un pareil souk où déambulent plus de badauds que d’hommes d’affaires, encore moins des amoureux de l’art.

Une impression d’immobilisme

Pour beaucoup la SNC, c’est avant tout les arts du spectacle. Or au fil des SNC, la création chorégraphique ne semble pas bouger. C’est une impression de déjà vu qui entoure les prestations des troupes et des artistes. Comment expliquer cette sclérose dans l’innovation ? Jean Claude Dioma, président du comité d’organisation de la 17ème édition de la SNC a sa petite idée sur la question. Nous sommes en présence dit-il des limites objectives du bénévolat. Les instits et les profs qui s’investissent dans le domaine de l’assistance culturelle sont des bénévoles qui ne peuvent pas donner plus qu’ils n’en savent eux-mêmes.

Une scène de la SNC (Ph :Dr)

Ils font de leur mieux pour encadrer des paysans dont il faut reconnaître par ailleurs qu’ils n’ont aucune culture de la répétition. Il y a donc un double problème de formation des assistants culturels eux-mêmes et d’encadrement des artistes en herbe. Il faut donc trouver un cadre approprié pour la formation des formateurs. Avec la création en 2009 des directions régionales de la culture fait-il remarquer, les ensembles culturels et artistiques disposent à présent d’une tutelle de proximité où leurs problèmes pourront être mieux traités. L’institut national en art et culture (INAFAC) qui est encore embryonnaire pourrait être ce cadre de formation approprié. 

On reparle du statut de l’artiste

Pour nombre de burkinabé, l’art et la culture ne sont que de simples divertissements et non un métier. Or l’innovation dans la créativité se heurtera aussi longtemps à la question de la maîtrise de techniques telles que la gestuelle, l’occupation scénique et que sais-je encore, tant que les disciplines artistiques seront considérées comme des activités pour dilettantes. La définition d’un statut de l’artiste permettra aux artistes d’établir leur plan de carrière juridiquement encadré. L’artiste burkinabé pourra désormais se considérer comme les autres travailleurs. Il pourra par exemple cotiser, bénéficier d’une sécurité sociale et d’une pension. Recevant les artistes à son pied à terre de Bobo, le chef de l’Etat a donné des assurances que le texte sera bientôt disponible. De fait, le texte est déjà prêt, resteraient seulement les textes d’application assure-t-on du côté du ministère de la culture. Mais le statut de l’artiste seul ne peut suffire à faire décoller les professions de l’art et de la culture. Il leur faut des cadres physiques d’expression pour les spectacles et les expositions. Mais les artistes doivent pouvoir aussi accéder aux sources de financement. Toute la question est de savoir quel rôle devra jouer l’Etat pour accompagner les entrepreneurs culturels. Certes, l’Etat burkinabé fait figure de pionnier en matière de réalisations culturelles. On peut citer le FESPACO, le SIAO, le VAO, la FILO auxquels s’ajoutent la maison de la culture de Bobo et les différentes salles de spectacles qui se créent dans les régions à la faveur des 11 décembre. Cependant il s’agit moins d’additionner des réalisations que de mesurer le chemin parcouru à l’intérieur d’un plan stratégique cohérent de développement culturel. Où voulons-nous aller, d’où sommes-nous partis, quel est le chemin parcouru, que reste t-il à faire et comment comptons-nous le faire ? Ces questions importantes appellent des réponses qui traduisent une volonté politique forte de faire de la culture un véritable levier de développement. Mais on n’y arrivera pas si on ne commence pas par se débarrasser de l’idée fausse selon laquelle la culture n’est pas rentable. Une idée fausse qui obstrue malheureusement l’esprit de ceux-là même qui détiennent les moyens de la faire décoller (Etat, opérateurs économiques).

Les fondements d’une véritable économie de la culture

Quand on parle de l’économie de la culture, on a tendance à se focaliser sur sa dimension marchande. Prosper Kompaoré rappelait fort opportunément sur les ondes d’une radio que l’économie de la culture c’est d’abord l’équilibre psycho-social des burkinabé dont c’est la vocation première. Etre en harmonie avec son milieu et ses valeurs de référence procure des sensations de bien-être sans équivalent monnayable. Un homme qui est bien dans sa tête est une valeur sûre, la principale source des autres valeurs. Il va sans dire que si les burkinabé s’approprient leur identité, tout ce qui participe à construire cette identité (les produits artistiques et culturels) devient un trésor. Dans ces conditions, les biens culturels trouvent un terreau propice à leur expansion, et bien entendu aussi, à leur consommation. C’est cela le secret de la popularité des hommes comme Picasso ou Matisse dont les œuvres sont de vrais trésors dans leur univers culturel. Quand on comprendra que la culture est un bien nécessaire comme l’air que l’on respire, on aura trouvé le véritable chemin du développement durable. Mais pour le moment, on n’y est pas encore au Burkina où le discours politique sur la culture et les réalités de terrain sont constamment décalées.

La SNC 2014 a été l’occasion pour le président du Faso d’annoncer la construction d’une cité des artistes. La concrétisation de ce projet permettra d’offrir aux artistes non seulement un véritable toit mais surtout d’en finir avec des conditions d’hébergement à la limite de la dignité. Avant que celle-ci ne voie le jour, il faut s’empresser de souhaiter qu’elle soit aussi cet espace de vie qui puise dans le génie des peuples du Burkina en matière infrastructurel et culturel. A méditer. Il faut enfin sortir la SNC de cette impression de surplace et lui ouvrir les portes qui feront d’elle le socle du développement économique et social du Burkina Faso

Par Germain NAMA



Vivement un prix des communes à la SNC

Comment faire de nos communes des espaces privilégiés d’activités culturelles ? Il n’y a pas longtemps quand on parlait de culture on voyait avant tout la culture de quartier. Avec les quartiers, on avait une diversité dans les expressions culturelles. Il faut donc repartir de ces entités pour donner de véritables impulsions à la culture nationale. A l’heure de la décentralisation, il revient à la commune d’en faire le levier du développement culturel. Le lancement à la SNC d’un prix de la meilleure commune en matière d’initiatives culturelles sera un moyen d’encourager les communes dans ce sens. A l’image du développement des musées privés (une vingtaine au Burkina), on pourrait assister au développement dans les communes d’espaces de réalisations artistiques et culturelles. Ce n’est un secret pour personne, les formes culturelles traditionnelles sont en train de disparaître au profit de formes extraverties. L’espace communal devra être un lieu de réhabilitation de nos expressions culturelles. Il s’agira d’un enracinement dynamique ouvert sur l’extérieur sans cependant s’y dissoudre. C’est donc cet esprit de créativité féconde qu’il s’agit de promouvoir.

Promouvoir un marché de l’art au profit de nos artistes

C’est un des ressorts du développement de nos filières artistiques et culturelles. Le marché de l’art comme vitrine mais aussi comme lieu de transactions, une sorte de business center dans le domaine de l’art et de la culture. Offrir aux différentes filières artistiques et culturelles, un espace d’exposition de ce qu’elles ont de meilleur en vue de leur ouvrir le marché de l’international. Quand nos artistes pourront passer des contrats pour des tournées africaines voire mondiales, quand nos sculpteurs et nos peintres pourront vendre leurs œuvres à des acheteurs internationaux sur des marchés licites avec les meilleures garanties de protection, ils auront trouvé en ce moment là un créneau sûr et le moyen de voler de leurs propres ailes. D’où l’intérêt pour tous les acteurs du secteur d’œuvrer de concert avec l’Etat pour l’émergence du marché de l’art. Il faut savoir que pendant que les grandes économies mondiales étaient dans la récession, le marché de l’art lui ne s’est jamais porté aussi bien !

Des disqualifications contestables à la SNC

Deux troupes ont été disqualifiées dans la catégorie art et spectacle pour avoir utilisé des enfants. Le jury estime qu’il existe un pool jeune consacré aux enfants et qu’il n’y avait pas lieu de faire un mélange de « genres ». Seulement, il se trouve que nulle part dans le règlement de la compétition il n’est spécifié une interdiction expresse d’utilisation des enfants dans le pool adulte. On peut aussi penser que le jury a cru comprendre que dans la mesure où il existe un pool jeune, les compétiteurs auraient du s’en tenir à une interprétation stricte des spécifications du règlement. Dans ces conditions est-il possible de mimer une scène de la vie quotidienne où interviennent à la fois adultes et enfants ? Le règlement ne donne pas non plus à cette question une réponse explicite. Il y a donc là un conflit d’interprétation qu’il faudra à coup sûr arbitrer, dans la mesure où les troupes disqualifiées ont fait appel.

GBN

 

 

 


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