Modification de l’art.37 : les amis de Blaise n’en démordent pas !

Publié le lundi 12 mai 2014

On aurait cru être dans un pays normal avec des institutions sans failles, tant les discours étaient virulents à l’encontre de ceux qui se positionnent pour l’alternance. A Koudougou ce 29 mars 2014, la FEDAP/BC est restée égale à elle-même : « Oui, à la modification de l’art.37 de la Constitution et à la candidature de Blaise Compaoré en 2015 », c’est la substance du message adressé aux militants de la région du Centre-ouest.

Tous ne sont pas au même niveau d’information. Mais quand même, les koudougoulais étaient au rendez-vous, avec un renfort venu des autres provinces de la région. Mon échange avec Alizéta K. m’a permis de comprendre qu’il y avait des écarts de compréhension entre les mobilisateurs et les mobilisés. Sous un soleil de plomb (mon Smartphone indique 42 degrés C°) elles étaient nombreuses ces femmes, venues répondre à l’appel de la FEDAP/BC et comme Alizéta à ne rien comprendre à la situation politique actuelle. Alizéta K. que je rencontre au parking me demande de l’aider à garer sa mobylette. J’en profite pour lui demander ce qu’elle était venue faire ici. « Je suis là comme tout le monde pour remercier le chef » (entendons le président). Qu’est-ce que le chef a fait pour vous ? Elle reprend : « Même quand le chef n’a rien fait il a droit au respect », « naam ya woogré », dit-elle. Voulez-vous qu’il reste président encore bien que la constitution ne le lui permet plus ? Elle me demande alors « c’est quoi la constitution ? » s’en suit alors un exercice de haute voltige où dans un mooré plus qu’approximatif je m’évertue à lui expliquer ce qu’est une constitution. Lorsque je me tais enfin, elle murmure : « ya woto ? san ya rin ka soma yé ». Voilà, Alizéta venue pour soutenir une autre candidature du Président sans savoir véritablement qu’il s’agit de cela. Mais comme le disait Spinoza, la fin justifie les moyens.

François Compaoré en chef de la délégation à koudougou (Ph, Evénement)

Pour livrer ce message à la région du centre-ouest, il a fallu à la FEDAP/BC trouver le moyen de se faire introduire. Tous les fils et filles qui ont une influence quelconque sur les leurs ont été mis à contribution. Luc Adolphe Tiao, fils de la région dont le calendrier était particulièrement chargé ce jour-là, s’est quand même démené pour se présenter à la place de la nation de Koudougou où avait la messe fédapbéciste. Notons qu’il était censé patronner la cérémonie. D’abord, un bain de foule à son arrivée vers 14 heures et quart, et un au revoir aux militants, après quoi s’ensuivit une parade en hélico avant de prendre la direction de la ville de Sya où il était attendu pour la cérémonie de clôture de la SNC.

Dans la loge, on remarque la présence de responsables de partis alliés, Toussaint Abel Coulibaly, membre du front républicain ; des ministres : Léné Sebgo de la santé, Mahama Zoungrana de l’agriculture, Dramane Yaméogo le garde des sceaux et Jean Bertin Ouédraogo des infrastructures. Le maire de Koudougou Jerôme Zoma est là ; des directeurs généraux comme Sam Kouilbila Sylvestre, DG des Douanes. Mohamed Doumi, le « plus Burkinabè des algériens » et le plus grand fan de Blaise Compaoré ne pouvait pas se laisser conter cette cérémonie, surtout qu’il s’agissait de reprendre haut le « Oui  » pour la modification de l’art.37 et la (re) candidature du champion de la FEDAP/BC. La famille aussi est représentée en grand renfort : François Compaoré muni de son calepin s’est mué en preneur de notes pour cette soirée, certainement à des fins de compte-rendu . On aperçoit également dans la loge, Antoinette, la toute puissante mami fètè burkinabé la véritable « Gouverneure de Ziniaré ». Tous sont mobilisés pour sauver la cause du frère : Blaise doit demeurer président pour sauver les privilèges de la famille ! La belle mère, était elle aussi de la partie. Quoi de plus normal, les valeurs de la république ne sont pas les mieux partagées chez les Burkinabè. Certains continuant de penser que « la république c’est notre famille et nous en désigneront le roi ». On note une présence peu ordinaire : Mamadou Nama, ancien Secrétaire Général de la CSB. Joseph Paré et Sané Topan Mohamed, directeur de Cabinet de Blaise n’effectueront leur arrivée que vers la fin du meeting, exactement 16h 35mns.

Blaise a été d’un apport sans pareil pour le Burkina Faso, foi de la FEDAP/BC. C’est ce qui fonde l’argumentaire de la modification de l’art.37 pour lui assurer un supplément de règne. C’est du moins ce qui ressort dans tous les discours. Même le Sage est allé dans la même veine que tout le reste. Selon la vérité du Sage Alassane Zongo, « pendant 27 ans Blaise s’est sacrifié pour son pays ». Et le sage de transmettre à François le message suivant : « la constitution lui appartient, qu’il en fasse ce qu’il veut. Nous sommes derrière lui ». Azize Zoma, représentant des jeunes aussi a appelé à modifier la constitution au profit de Blaise. Seuls les représentants des chefs traditionnels (le chef de Godin) et des femmes n’ont pas ouvertement demandé la modification de l’art.37, même s’ils ont reconnu que Blaise a beaucoup fait pour le pays, ils se sont seulement focalisés sur la question de la paix sociale et de la stabilité nationale. Le représentant des chefs coutumiers a été très sobre et son discours n’a pas comblé les espoirs qu’on y avait placés. Il a fait comprendre en mooré que : « Neb la naam ». C’est-à-dire que l’on ne peut pas imaginer un seul instant un chef sans sujets. A travers ces mots, il entendait en appeller à l’écoute et au dialogue. Heureusement que Ambroise Tapsoba était à côté pour donner le sens voulu à certains messages. Dès la fin du discours du chef, Ambroise (l’inénarrable griot du régime) reprend : « cette paix, c’est avec Blaise Compaoré. C’est grâce à lui que chacun peut dire ce qu’il veut ». Pareil pour la représentante des femmes qui a appelé à l’union des femmes de la province du Boulkiemdé.

Les artistes musiciens dont les œuvres évoquent le regret d’un amour perdu sont mis à contribution pour montrer la nécessité de garder Blaise. Ahmed Smani l’homme du Takiborosé avec son tube phare « Limata », dont le texte de la chanson dit ne pas vouloir la (sa femme Limata) laisser à cause de la peur du lendemain a fait tabac. Morceau choisit : « mam pa nan bass m’paga limata, bal m’pa mii s’nwat béog yé ». Awa Nadia aussi a apporté sa touche « Ra log yé, m’nonga ralog yé ». Comme pour dire à Blaise le bien aimé, de ne point partir. Sana Bob, l’artiste le plus populaire du moment a trouvé en cette messe FEDAP/BCiste une tribune : « mon pays, il faut que ça change  » et la jeunesse reprend le refrain en chœur, mais encore, Ambroise s’est vu obligé de recadrer : « bruler le goudron ce n’est pas bon, fumer la drogue ce n’est pas bon, casser les feux tricolores ce n’est pas bon…mon pays faut que ça change ». La galaxie artistique a été récompensée par le petit président avec une enveloppe de 500 000 f CFA. Cependant les FEDAP/BCistes n’ont pas manqué de « faroter » sur les artistes comme pour montrer encore leur toute-puissance.

Les discours officiels ont été prononcés par le ministre de la justice au nom du Premier ministre patron de la cérémonie, Boukaré Béréwoudougou, président d’honneur et Adama Zongo, président de la FEDAP/BC. Dans la teneur de ceux-ci, rien de spécial. Le même refrain : permettre à Blaise de se présenter en 2015 comme l’a répété tous les membres du bureau avec Adama Zongo en tête.

Wilfried BAKOUAN


Petit florilège du meeting

« Blaise Compaoré est la personne indiquée pour diriger notre pays....Notre peuple est souverain et doit être consulté sur les grandes questions de la nation »

Adama zongo, président de la FEDAP/BC

 

« Le centre ouest a répondu contre les prévisions alarmistes des hommes tapis dans l’ombre...c’est faire trop d’honneur aux sirènes du changement que de passionner le débat....Le destin d’un pays vaut plus que les réactions passionnelles... La crise mondiale n’a épargné aucun pays, mais le Burkina Faso sous la houlette de Blaise Compaoré a été épargné  »

Boukaré Béréwoudougou, président d’honneur


Commenter l'article (7)