Religion : Jésus est-il vraiment ressuscité ?

Publié le jeudi 12 avril 2012

Au matin de Pâques, deux femmes tôt rendues au tombeau de Jésus, redescendent en vitesse vers la ville. Essoufflées, elles annoncent péniblement aux proches de Jésus : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau » (Jn 20, 2). A cette annonce, deux amis intimes de Jésus rallient le tombeau en courant. Le constat est le même : le tombeau est vide. La nouvelle diffuse parcourt Jérusalem en un clin d’œil : Jésus, le bel et bien mort et enterré, serait ressuscité.

 

Une question discutée

A cette nouvelle de la résurrection, l’humanité se fractionne en trois. D’aucuns comme les responsables religieux juifs inscrivent la résurrection dans le registre de la supercherie savamment orchestrée. Ils dénoncent une imposture qui dure encore aujourd’hui. Soucieux de ne pas perdre la face dans une aventure où ils s’étaient engagé corps et âme, les apôtres auraient inventé et diffusé la fable du tombeau vide.

D’autres, parmi le groupe même des proches de Jésus, restent sceptiques. L’un d’eux, nommé Thomas, exprime clairement ses doutes sur la résurrection : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non je ne croirai pas » (Jn 20, 25). Une poignée d’hommes par contre engagent toute leur vie à ce qu’ils considèrent comme une vérité indubitable : Jésus est vraiment ressuscité.

Ces divisions humaines autour de la résurrection révèlent que celle-ci est loin de relever d’une évidence incontestable. Aujourd’hui encore, la question de la résurrection de Jésus se pose. Elle tenaille l’humanité depuis l’an 30 ou 33 : Jésus est-il vraiment ressuscité ou a-t-on fait croire à sa résurrection ? Doit-on considérer la résurrection comme un mythe ou une réalité ?

 

Une question simple

mais un enjeu de taille

La foi en Jésus engage le sens de la vie de plus d’un milliard et demi d’hommes et de femmes. Au fondement de leur foi se trouve la résurrection de Jésus. La résurrection de Jésus n’est pas un dogme parmi d’autres ; elle constitue l’essence même du christianisme. Sans résurrection, pas de christianisme ! La foi en la résurrection se révèle l’un des piliers de fondation de la foi chrétienne. Si on la supprime, tout s’effondre. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide est notre foi » (1 Co 15) reconnaît Saint Paul. Alors toute interrogation sceptique sur la réalité de cet événement fondateur fait vaciller bien de convictions, menace les bases même de l’institution séculaire qu’est l’Eglise.

Ceci dit, que des millions de gens croient en la résurrection n’en fait pas une vérité incontestable ; le nombre ne fait pas critère de vérité. De l’intérieur même, l’adhésion n’est pas totale. Un sondage publié par le magasine chrétien « Pèlerin » à la veille des fêtes de Pâques 2009 dévoile que le cœur de la foi chrétienne est loin de faire l’unanimité, même chez les catholiques. Seul un Français sur dix croit en la résurrection.

A l’extérieur, la réalité de la résurrection fait l’objet d’attaques, de remise en cause, de polémiques épisodiques. En 2007, un documentaire réalisé par le cinéaste américain James Cameron défend la thèse qu’on aurait retrouvé les os de Jésus. Le caveau de famille de Jésus aurait été retrouvé à Talpiot, dans la banlieue de Jérusalem. Il contient les os de sa mère Marie, de ses frères et de Jésus lui-même. Il ne serait donc pas ressuscité. Même si cette thèse a fait sourire plus d’un spécialiste, n’empêche qu’elle questionne la réalité même de l’événement fondateur de la foi chrétienne qui n’a pas eu de témoins oculaires Le cœur même de la foi chrétienne souffre d’un manque de preuves incontestables.

 

L’absence de preuves objectives incontestables

Bien d’images pieuses tentent une représentation de la résurrection de Jésus. On contemple généralement un Christ lumineux enjambant triomphalement la sortie du tombeau, un étendard de victoire à la main. On voit aussi des soldats ahuris et transis de peur. Eblouis par la lumière vive du ressuscité, ils se cachent le visage avec leurs boucliers. Fruit de l’imagination, ces essais de relation des faits s’inspirent aussi de l’évangile de Saint Matthieu qui se risque à quelques descriptions comme s’il avait assisté à la scène : « Il y eut un grand tremblement de terre, l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus ; il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige ; les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent furent bouleversés et devinrent comme morts » (Mt 28, 2-4).

Cette relation des faits, loin d’être une description qui colle à la réalité, a quelques accents symboliques, figuratifs. Matthieu n’y était pas ; la résurrection n’a pas eu de témoins oculaires. De fait, peu de détails nous sont fournis sur le moment même de la résurrection. En lieu et place de preuves, nous sont proposés de fragiles indices qui résistent difficilement à la contestation.

 

Fragiles signes contestables

La foi des témoins indirects de la résurrection se fonde sur deux bases : le tombeau ouvert et vide et les apparitions de Jésus. Des femmes rendues au tombeau en reviennent bouleversés par un constat : le tombeau de Jésus est ouvert et vide du cadavre qu’on y avait pourtant déposé. Quelques jours après, les proches collaborateurs de Jésus affirment l’avoir vu vivant en chair et en os et n’en démordent pas malgré les menaces et les coups.

Il est possible d’attester la résurrection de Jésus à partir de ces deux indices. Mais il est possible aussi de contester leur fiabilité. Le tombeau vide ne prouve rien ; il est une question posée ; et la résurrection n’est pas l’unique réponse à cette question. Bien d’autres raisons que la résurrection peuvent expliquer le tombeau ouvert et vide : l’enlèvement du corps. Cette hypothèse est émise par les responsables religieux juifs pour qui les apôtres ont volé le corps de Jésus pendant que les gardes dormaient (Mt 28, 33).

Quant aux apparitions, contrairement à la mort qui a relevé du domaine public, elles ont un caractère confidentiel, discrétionnaire qui leur enlève quelque peu leur statut de preuves incontestables. Pour qu’elles aient la force argumentative de la preuve objective, il aurait fallu qu’elles soient objectivement constatables par des personnes extérieures au cercle restreint de Jésus. Malheureusement Jésus ressuscité ne va pas se présenter vivant à ceux qui l’ont condamné pour les confondre. Sa résurrection ne fut manifeste qu’à un groupe restreint d’hommes et de femmes qui étaient attachés à sa personne.

 

Une absence significative de preuves

Cette discrétion semble être la marque fondamentale du Dieu des chrétiens. Les grands événements fondateurs de la foi chrétienne se passent dans la discrétion. La naissance de Jésus qui consacre son incarnation a eu lieu loin du public dans le secret d’une grotte avec pour seuls témoins non des officiels mais de petits bergers sans importance. La résurrection suit la même logique de la discrétion, de la confidence de Dieu à des personnes disposées à le recevoir.

De plus, la résurrection de Jésus n’a pas de preuves objectivement incontestables parce qu’elle n’est pas de l’ordre de la preuve ni même de l’ordre de l’humain mais du divin. Elle ne s’impose pas à coups de preuves évidentes. Elle s’offre plutôt à la libre adhésion de foi. Les apôtres de Jésus en sont arrivés à l’évidence de la résurrection à partir de quelques gages donnés par le ressuscité lui-même, mais il a fallu tout de même un acte de foi. Tout se passe comme si Dieu refusait de fournir des preuves incontestables qui nous dispensent de l’acte de foi.

En définitive, la résurrection de Jésus se présente comme un fait événementiel, c’est-à-dire un événement qui s’est produit dans l’histoire humaine ; mais rien ne l’établit comme un fait historique constatable et indiscutable. Si donc on ne peut considérer l’indice du tombeau ouvert et le fait des apparitions comme des preuves objectives, il faut tabler sur autre chose.

 

Incontestables attestations

La résurrection quoique sans preuves matérielles objectives livre ses preuves dans la vie des hommes et des preuves incontestables. Si la résurrection elle-même n’a pas été un fait constatable, ce qui est incontestable ce sont ses effets qui ont valeur de preuves mais indirectement.

La mort de Jésus avait plongé ses disciples dans un sombre et profond désarroi. Peu de temps après, on les voit sortir de leur enfermement pour proclamer résolument et sans peur la résurrection de Jésus. L’accablement des disciples a été tel qu’on les voit mal tirer d’eux-mêmes ou d’une supercherie, l’énergie suffisante pour se faire les champions d’une cause au risque de leur vie. Quelque chose d’inattendu et de fondamental s’est produit : la rencontre avec le ressuscité. Ils se sont lancés corps et âme dans la proclamation de la résurrection parce qu’ils ont cru à la résurrection ; ils y ont cru parce que le ressuscité leur a donné des gages suffisants de sa résurrection.

Fort de cette foi, le noyau d’hommes s’est mis en branle, prêchant à temps et à contretemps pour diffuser cette certitude acquise dans la foi. Ils ont transmis cette certitude à d’autres, fait des disciples et de proche en proche une communauté de croyants s’est formée se réclamant du Christ, l’Eglise. Que la nouvelle de la résurrection se soit ainsi répercutée avec une telle fécondité d’effets sans avoir de fondement sérieux est fort peu probable. Il n’y a pas de meilleures attestations de la vérité de la résurrection que la fécondité de ses fruits.

Aujourd’hui encore, la foi en la résurrection motive et engage des hommes et des femmes à de nobles combats. Elle les rend capables de la folie de l’amour. Certains l’ont même payé de leur vie. Ce fut le cas du pasteur protestant Martin Luther King qui, au nom de sa foi, a sacrifié sa vie pour l’égalité des races. Il en fut de même pour l’évêque catholique Oscar Romero. Archevêque de San Salvador, il prit avec courage et ténacité au nom de sa foi, la défense des pauvres et de toutes les victimes de la répression militaire. Le 24 mars 1980, il mourrait assassiné alors qu’il célébrait la messe. La vérité de la résurrection se dit à travers ces attestations vivantes et parlantes.

 

Pascal Karlygash PAAMBÔSGO

pakolpaam@yahoo.frmailto:pakolpaam@yahoo.fr


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