Les RSS ont été accueillis en héros au Yatenga

Publié le mardi 1er avril 2014

 On savait le Yatenga déjà acquis. C’est désormais tout le Nord qui semble avoir basculé. Si l’Ouest a été une surprise agréable pour les militants et sympathisants du MPP, le Nord a été plus la confirmation de la vague impétueuse qui pousse le MPP, depuis sa tonitruante irruption sur la scène politique nationale. A Gourcy comme à Ouahigouya, les premiers responsables du parti ont été accueillis comme des héros. Gonflés à bloc, ces derniers ont d’ores et déjà pris rendez-vous pour novembre 2015 pour le sacre de leur leader, Roch Marc Christian Kaboré

Il n’y a pas le moindre doute, le MPP est un parti qui va compter dans les joutes électorales qui se profilent à l’horizon du Faso. Les confrères ne s’y trompent pas d’ailleurs à en juger par la meute de reporters qui suivent à la trace les activités nationales de ce parti. Le 15 mars dernier, notre équipe de reportage s’est ébranlée aux environs de 9H pour Ouahigouya pour le meeting régional. Notre plus grande angoisse était de tomber sur le cortège de plus de 200 voitures qui accompagnaient les RSS.

Dès Laye, nous constatons une animation inquiétante. C’était bien le cortège redouté en escale pour un meeting que nous n’avions pas dans notre programme. En dépit du remue-ménage, la voie semblait dégagée et nous en profitons pour nous échapper et prendre de l’avance. Tout au long du parcours, dans chaque agglomération importante, un comité d’accueil assure la veille avec sans doute pour mission de sonner l’alerte à la mobilisation dès que la colonne de véhicules y entamera son entrée. Sur la nationale…., le logo du MPP coulé sur des supports de tailles variées et d’autres posters du nouveau parti étaient visibles, sur les troncs d’arbres ou sur les murs de bâtisses.

Gourcy, la cité patrimoniale ?

 Nous voici à Gourcy. Nous n’avons aucune peine à rejoindre la place du meeting qui grouillait déjà de monde. L’animation battait son plein. Sur place, nous trouvons quelques officiels locaux aux visages bien connus comme Salif Sentinelle ou encore Halouna Traoré le miraculé du 15 octobre, devenu maire adjoint de Bassi, des confrères venus de Ouagadougou. Bien sûr, nous y trouvons aussi, une population d’hommes et de femmes déjà bien installée. 

Gourcy l’atypique, où des barons locaux du CDP ont connu des jours de tourmente pour avoir voulu s’opposer aux ambitions patrimoniales de la « belle-famille ». Eh bien, le meeting du jour a été un véritable réquisitoire contre un certain « beau père de la famille présidentielle » qui aurait jeté son dévolu sur le Zandoma. La liste du CDP constituée pour les élections couplées sur la base de la directive du parti se rappelle un ancien militant CDP, a été purement et simplement remplacée par celle directement concoctée par la « belle famille. » Ladite liste avait été conduite par « beau père du petit président » lui-même, devenu par la suite maire de la commune. S’il avait échoué à imposer son fils comme premier sur la liste des députés, il aurait toutefois pu se consoler en plaçant son propre petit frère comme maire adjoint.

Toute chose qui a fait dire à Lassané Sawadogo, point focal provincial du MPP, que la patrimonialisation du régime a commencé à Gourcy. L’avènement du MPP est donc vécu comme un juste retour des choses, un retournement « heureux » de l’histoire. Avec l’arrivée du MPP sur la scène provinciale, Tasséré Ouedraogo, l’époux de la belle-mère, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est retombé du haut de son piédestal, lui qui avait rêvé occuper le trône de Naaba Baongo et qui, ayant échoué, a voulu prendre sa revanche en s’emparant de la mairie de Gourcy.

Il se plaisait dit-on à proclamer sa toute puissance, lui le maire de Gourcy dont la compétence territoriale irait au-delà de celle de Naaba Baongo qui, elle, se limiterait à la seule ville de Gourcy. En ce jour béni du 15 mars, où Naaba Baongo célébrait le Napoussom, qu’elle a du être sa surprise de voir le tout puissant maire de la commune venir se prosterner devant lui !

De mémoire de Gourcylais, pareil geste n’avait jamais été vu depuis ce 27 août 2011, jour mémorable où Elie Justin Ouedraogo, accéda au trône du Canton de Gourcy, laissé vacant par son défunt père. Pour la petite histoire, Tasséré Ouedraogo se serait fait escorter par 40 motards. A l’arrivée de la délégation de Roch Marc Christian peu avant midi, ses supporters ont voulu faire un pied de nez à celui qui hier, leur avait fait voir de toutes les couleurs. Ce sont donc 500 motards qui ont escorté les champions du MPP au palais pour saluer Naba Baongo et recevoir en retour ses bénédictions avant le début du meeting. Quand au meeting lui-même, on y a chanté le chant du cygne pour le CDP au Zandoma et bien évidemment aussi, l’hymne à la gloire du MPP. La représentante des femmes a décrit une province à l’agonie sous le magister de la « belle famille » qui a érigé le sectarisme et l’exclusion en mode de gestion de la cité. Eh bien, dira Salif Diallo, « c’est la fin de l’esclavagisme avec le MPP. Plus personne n’imposera sa loi ici. C’est celle du peuple qui aura désormais droit de cité. Celui qui refusera la volonté du peuple nous trouvera sur son chemin ».

Au Zandoma, on avait visiblement gros sur le cœur, à l’image du représentant des anciens, qui n’entendait nullement céder le micro tant qu’il n’a pas vidé ce qu’il a dans le ventre : « Que tous ceux qui souffraient dans leur chair reviennent pour construire ensemble le Zandoma » s’est-il exclamé, non sans avoir auparavant fustigé l’intolérance des ténors actuels du CDP.

Simon a fait le show à Ouahigouya

Après Gourcy, cap sur Ouahigouya où nous arrivons aux environs de 15H. A la place de la Nation, l’ambiance est féérique. Nous décidons d’aller déposer nos baluchons à l’hôtel et nous rafraîchir avant de replier. Quand nous revenons vers 16H, la place est noire de monde. Pendant que mon co-équipier s’affairait à faire des plans de clichés, je m’engouffre dans la foule compacte et réussi une percée sur l’allée centrale qui conduit à la tribune officielle.

Sakandé, un ancien activiste du CDP nous aperçoit et se dirige vers nous. D’habitude provocateur, il nous épargne cette fois ses piques assassines, nous (Newton et moi) les empêcheurs de gouverner en rond comme il aimait à le dire. En attendant peut-être qu’un jour son nouveau parti accède au pouvoir et qu’il nous retrouve en face, Il a bien été gentil de nous dénicher de magnifiques places avec une bonne vision sur les acteurs de la cérémonie. 

A Ouahigouya, Roch et Simon avaient à faire face à un problème d’image. Ils n’avaient pas fait de cadeau à Salif. Après lui avoir rendu un hommage vibrant lors de son éviction du gouvernement, ce qui dans les conditions de l’époque n’était pas rien, ils avaient par la suite opéré une retentissante volte-face quand Salif avait livré un point de vue sur la vie nationale qu’il avait pourtant pris le soin de qualifier de personnel. De son poste au sein du secrétariat exécutif national, il avait été brutalement ramené au rang de simple militant de base. Certes, il a été par la suite progressivement réhabilité, mais l’épisode était resté en travers de la gorge des frères du Yatenga. Le pari était donc de faire amende honorable non pas à Salif (cet animal politique connaît bien les aléas de l’histoire), mais au peuple du Yatenga qui s’était senti trahi. La tâche est revenue à Simon le charismatique ancien maire de Ouagadougou, qui s’en est tiré avec plus ou moins de réussite.

L’approche volontairement humoristique, voire théâtrale a fait tabac. Sur le fond cependant, l’argumentaire n’aura convaincu qu’à moitié. S’ils se sont publiquement démarqué de Salif a-t-il dit, Roch et lui n’ont pas pour autant rompu le contact. Ils étaient d’accord soutient-il sur le fond mais s’opposaient sur le timing. Soit ! Encore fallait-il que cette posture publique soit conséquente.

Au contraire, Roch et Simon s’étaient complètement aplatis au point de friser le ridicule. Le premier s’était fait le chantre d’une révision inconditionnelle de l’article 37, qualifiant toute attitude contraire d’antidémocratique tandis que le second affirmait sans honte qu’il n’est pas assez fou pour lorgner, même en rêve, le trône de Kosyam ! Si leurs retrouvailles avec Salif sont une chose ardemment souhaitée, les gens du Yatenga n’en ont pas moins fixé leurs conditions, à l’image de la représentante des femmes qui a invité Roch à garder solidement Salif au dos : « Tant que Salif est avec toi, toute la région du Nord sera avec toi ! » Autrement dit, nous ne sommes pas prêts à vous suivre dans d’incessantes voltes-faces.

Manifestement, cette mise au point, pour cinglante qu’elle est, n’a pas gâché la fête. Simon qui s’est laissée séduire par la bonne dame, a même instruit pour qu’elle soit spécialement invitée au 1er congrès prévu aux dates du 5 et 6 avril à Ouagadougou. Et le roi du Yatenga dans tout ça ? Il était absent du meeting mais son ombre était omniprésente. On n’a pas oublié ses coups de gueule hostiles à Salif Diallo à un moment où ses sujets s’attendaient à plus de compassion envers un frère.

On s’interroge naturellement sur sa position actuelle, maintenant que Salif est de retour en politique dans son terroir. Sa discrétion (bienveillante diront certains) est bien accueillie par les militants du MPP. Selon nos sources, il y aurait une véritable embellie dans ses rapports avec Salif. Ceux qui étaient de la mission du palais pour les salutations n’en finissent pas de décrire la chaleur de l’accueil.

Pari gagné donc et très largement pour le MPP au Nord. Le meeting géant a rassuré les militants et sympathisants qui ont fait le déplacement. Un ancien responsable syndical que nous y avons rencontré, nous a confié son entrée en politique, pour la première fois disait-il. Le lendemain du meeting les points focaux du Nord qui travaillent à implanter le parti se sont retrouvés autour des premiers responsables du MPP, sans doute pour recevoir des félicitations. Ils étaient plus d’un millier. De quoi gonfler de fierté les responsables nationaux !

Par Germain B. NAMA


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