Le Burkina en crise fête sa culture

Publié le mardi 1er avril 2014

Qu’est-ce que la culture ? La question n’a pas seulement un intérêt académique. Plus que cela, elle revêt dans les circonstances actuelles un intérêt éminemment social. Quelques artistes ont tenu à le signifier à la cérémonie d’ouverture de la 17ème édition de la SNC, le samedi 22 mars dernier, au stade Sangoulé Lamizana de Bobo-Dioulasso.

Dans un Burkina en crise, ils ont affirmé leur désir profond de paix. Il y a cependant un risque, que cette quête toute de bon sens soit mal comprise par des acteurs politiques et sociaux prêts à en découdre. Le discours sur la paix est en effet aujourd’hui, cacophonique. La vie démocratique est en soi, source de divisions. Les Burkinabè ne sont pas d’accord sur la conduite à tenir sur l’article 37, sur le sénat, sur le référendum et que sais-je encore ! Pour certains, la paix, c’est l’acceptation des prétentions des puissants du moment, même si celles-ci paraissent écorner un consensus préalablement acquis, au nom de cette même paix.

Dans l’imagerie populaire ou plutôt traditionnelle, le chef a beau avoir tort, il n’est pas envisageable de lui faire un bras de fer. Serait-ce celle-là l’idée défendue par nos artistes ? A leur décharge, ces derniers ont apporté une indication importante. Quand tout semble compliqué entre membres d’une même communauté nationale, il y a lieu de recourir au dialogue. Il se trouve que le dialogue plus communément appelée la palabre, est le moyen par excellence qui a toujours servi à réguler les tensions à l’intérieur de nos communautés. Ils en appellent donc au sens du dialogue afin que continue de prospérer le désir de vivre ensemble des Burkinabè. Cet appel a-t-il des chances d’être entendu dans l’ambiance délétère et cacophonique ?

Difficile de le dire, tant la détermination à vaincre est farouche de part et d’autre. Pour l’heure, aucune issue dans ce sens ne semble se dessiner, autre que celle d’une capitulation pure et simple de l’une ou de l’autre partie. En attendant que les germes semés par nos objecteurs de conscience fassent leur effet, la fête continue à Bobo-Dioulasso et il ne faut pas la gâcher !

 En effet, la culture dit-on est ce qui nous unit à travers un lien d’amour et de fraternité sociale, d’où la nécessité de consolider ses assises. La 17ème édition de la SNC vise à travers son thème à « Promouvoir l’économie de la culture pour une contribution au développement durable ». Selon les spécialistes, la culture peut contribuer à l’essor de l’économie réelle. Au Burkina Faso, la valeur ajoutée des filières culturelles a été estimée à plus de 77 milliards de nos francs en 2009, soit 2,02% du PIB national. Dans la même année, le secteur culturel a employé 164 592 personnes, ce qui représente près de 2% des actifs (1,78% exactement). Ces chiffres livrés par le service d’information du gouvernement (SIG) ne précisent pas la nature des emplois qui sont sans doute pour la plupart des emplois précaires et temporaires.

Toutefois, ils sont suffisamment indicatifs sur le potentiel du secteur et par conséquent porteurs d’espoir. C’est du reste pourquoi, la SCADD a cru devoir ériger les industries culturelles au rang de secteur prioritaire dans l’objectif d’un développement durable. C’est un pas important qui est ainsi franchi, dans la vision politique et stratégique pour la prise en compte d’un secteur, qui en 1983, au moment de la création de la SNC, était encore relégué au rang des secteurs improductifs ou très faiblement productifs. Cependant, des professions de foi à leur mise en œuvre, la longueur du chemin sera fonction pour une large part de la détermination des acteurs culturels eux-mêmes qui devront se montrer capables de saisir les opportunités disponibles aux divers échelons des entités administratives que sont la commune, la province et la région.

Le moteur du développement durable sera culturel ou ne sera pas. Il s’agira de consolider le cadre règlementaire et institutionnel des industries culturelles et créatives, de renforcer les capacités des entrepreneurs culturels, le développement des infrastructures et des investissements culturels, la promotion de la compétitivité et de l’innovation pour booster l’excellence, toutes choses qui nécessitent l’accès à des financements innovants et l’ouverture des produits culturels aux marchés internes et externes. Globalement, l’Afrique a pour l’heure, mal à sa culture.

Les artistes burkinabè peuvent cependant se consoler d’avoir le FESPACO, le SIAO, la FILO mais aussi la SNC et un magnifique palais de la culture. Pour autant, nos entrepreneurs culturels n’en finissent pas d’attendre de pouvoir vivre de leur travail. Il faut pour cela une politique culturelle plus cohérentes et plus ambitieuse, des cadres d’expression libres et démocratiques et une vie nationale dynamique dans la paix et démocratiquement stable. Prions Dieu de savoir en prendre le chemin pour offrir les meilleures chances possibles à notre cher Faso.

 

Par Germain B. NAMA

 


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