SOS pour les Huiliers de notre pays !

Publié le mardi 18 mars 2014

Une vaillante armée d’industrielles burkinabè, notamment ceux qui officient dans les petites unités de transformation des graines de coton, fait face actuellement à une grave crise qui pourrait leur être fatale si rien n’est fait par l’Etat.

Ces unités, une trentaine environ, opèrent comme petites et moyennes entreprises dans la transformation de la graine de coton pour produire de l’huile de consommation et puis des sous produits pour l’alimentation du bétail. Dans le cadre des règles de l’hygiène et la protection du consommateur, l’Etat, à bon droit, a imposé à ces unités des règles strictes dans la production de l’huile. Elles sont soumises à un cahier de charges rigoureux qui a contraint certaines d’entre elles à s’endetter pour être dans les normes. En retour, malheureusement pour elles, l’Etat ne fait pas toujours sa part du job.

Au niveau national, avec la permissivité et la cupidité dans l’administration publique, des unités hors la loi se créent et opèrent en dehors de toutes les règles qui sont imposées aux unités régulières. On ne sait par quelle acrobatie ces unités pirates arrivent à se ravitailler en graine de coton qui est la matière première indispensable. Or, une mesure a été prise pour leur interdire la vente de la graine qui est assurée dans notre pays par trois sociétés cotonnières à savoir Sofitex, Socoma et Faso coton. 

Ensuite, elles produisent et mettent sur le marché une huile de qualité impropre à la consommation avec tous les risques pour le consommateur. Il arrive que les services de l’Etat procèdent, à grand renfort de publicité, à la fermeture de ces unités pirates. Mais les choses ne vont pas plus loin. Les fautifs ne sont jamais traduits devant la justice. Pire, quelque temps après les mêmes rouvrent encore les unités, parfois au même endroit. Les services de l’Etat sont dans bien des cas complices.

Importation illicite de l’huile étrangère. A cette concurrence des unités pirates, s’ajoute l’autorisation qui est accordée à certains opérateurs pour importer de l’huile en dehors de toutes les règles économiques. Ces huiles entrent au Burkina sans payer les droits et taxes, en plus d’être parfois de qualité douteuse et impropres à la consommation. Elles arrivent sur le marché à des prix défiant toute logique et toute concurrence. Parmi ces heureux bénéficiaires d’autorisation d’importer de l’huile figureraient des noms célèbres d’anciens des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire.

Autre écueil et non des moindres, quand l’Etat se décide à acheter l’aliment bétail, ces unités nationales ne bénéficient pas du marché. Les opérateurs qui remportent l’appel d’offre commandent les sous produits dans les pays voisins et même parfois très loin. Apparemment l’Etat burkinabè n’impose pas d’acheter national.

Il est temps, il nous semble, que l’Etat burkinabè vole au secours de ces industriels burkinabè. Récemment un mécanisme a été pris en faveur du secteur. Sauf qu’en plus de ne concerner que les unités de Bobo Dioulasso, ce mécanisme est loin de régler le problème du secteur. Il est difficile d’imaginer la construction d’une économie nationale forte sans la promotion et la protection de la production nationale.

Ces unités industrielles constituent la base de la production nationale. L’Etat ne peut raisonnablement permettre leur mise à mort par des importations illicites et frauduleuses. L’import n’a jamais développé un pays. Ces unités permettent l’existence d’autres activités économiques connexes, comme la promotion de l’élevage.

Depuis quelques temps, les responsables de ces unités font des appels pressants au gouvernement qui n’a jamais répondu vraiment. Le premier ministre avait promis une solution dans le cadre des concertations Gouvernement-Secteur privé de Bobo Dioulasso. Elle est toujours attendue. Selon toutes les informations, le secteur est à bout de souffle.

Les acteurs sont lourdement endettés et l’activité est au ralenti. L’huile produite ne trouve pas preneur. Certaines unités ont encore sous les bras, l’huile produite la campagne dernière. Les sollicitations pour obtenir un aménagement du prix de la graine de coton n’ont pas encore abouti. Il semble même que le prix de la graine n’est toujours pas officiellement connu, alors que nous sommes en mars. Pendant ce temps des exportations frauduleuses de la graine vers des pays voisins sont orchestrées.

L’Etat ne peut plus ne pas agir. Il y a en plus de l’économie, avec les risques de fermeture, des emplois à sauver. 

Par Newton Ahmed BARRY 


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