Ecole des cadres moyens en travail social : Une crise aux relents d’un règlement de comptes

Publié le mardi 18 mars 2014

Depuis que la crise a éclaté à l’école des cadres moyens en travail social, ce sont les déclarations et les réseaux sociaux qui donnent la substance de l’information en ce qui la concerne. Nous avons tenté de rencontrer les acteurs de la crise, entendez par là, la Direction générale de l’Institut nationale de formation en travail social (INFTS) qui est l’institut « mère » de l’école, et le bureau des élèves. Aussi, nous avons rencontré des acteurs anonymes du ministère de l’action social qui livrent leur lecture de la situation.

Depuis quelques mois, les élèves de l’Ecole des cadres moyens en travail social (ECMTS) de Gaoua sont en mouvement au sein de l’établissement. La cause : un certain nombre de revendications non satisfaites par l’administration. Les élèves font du départ du Directeur général de l’Institut national de formation en travail social une plate-forme d’action. L’institut est formé entre autres de l’Ecole des cadres moyens en travail social (ECMTS) de Gaoua, l’Ecole des cadres supérieurs en travail social (l’ECSTS) à Ouagadougou

Que désirent les élèves, quels sont les problèmes non résolus ? Une lecture rapide de leur plate-forme revendicative donne les points qui suivent.

Leurs exigences se résument à ces points énumérés dans leurs courrier N°2014-007/MASSN/SG/INFTS/ECMTS/BE portant préavis de sit-in :

-le paiement sans délai des pécules de leurs camarades de la liste d’attente,

-le remboursement du reliquat des pécules coupés,

-le retrait des lettres d’explications adressées à Bado Moïse et aux élèves AES1 et ES1,

-reprise du cours d’Ethique et déontologie en AES1 et ES1 par un autre chargé de cours (enseignant),

-la preuve de l’extension des zones de stage,

-la réalisation des orties en IEC/CCC au profit de leurs camarades Adjoints et Educateurs sociaux de la 2ème année avant leur départ en stage,

-avec monsieur le Directeur général de l’INFTS, les élèves exigent avoir une rencontre.

L’administration de l’école est formelle. Les problèmes tels que libellés ne répondent à aucun objectif préoccupant de formation. « Il s’agit de faux-fuyants et de manipulations ». Par qui ? Les élèves, eux, tablent sur la satisfaction de ces revendications comme un préalable à toute autre mesure. Et pour mettre le pied dans les plats, les tracts du Collectif sauvons l’action sociale (COSAS) sont venus en appui aux élèves.

A ces revendications Victor Hien, DG de l’INFTS donne des explications : d’abord, il note qu’il est au parfum de ces revendications et que des mesures ont été prises là où s’étendaient ses compétences. Les responsables de l’école sont convaincus qu’ils ne pouvaient pas en faire autrement. Mais, aussi, explique-t-ils, il y a des revendications qui n’avaient pas de sens et qui ressemblaient à de la provocation, par exemple « quand on dit de lever les lettres d’explication adressées à un élève alors qu’on sait pertinemment qu’il a posé des actes qui ne sont pas cautionnés parce qu’ils violent la discipline ».

Sur le reste des points de revendication, il y a des mesures qui seront prises et là où il n’y aura pas pas de solutions immédiates, l’administration compte discuter ces points avec les élèves conformément aux recommandations de la médiation menée par Mgr Der Raphael Dabiré, évêque de Diébougou qui s’est auto saisi de la question. Du coup, la tension est retombée entre les élèves de l’école et la population de la ville de Gaoua qui avait aussi trouvé invraisemblable « le cafouillage » à l’ECMTS et le départs des responsables exigé par les élèves.

Selon le bureau des élèves par la voix de leur délégué à l’information, Edouard Sawadogo, les choses sont rentrées dans l’ordre. Le départ du directeur de l’ECMTS et du DG de l’INFTS, n’est plus à l’ordre du jour. Une mission ministérielle a tout réglé et « nos points de revendications ont trouvé satisfaction, alors que les directeurs tablaient sur l’impossibilité de les régler ». Aujourd’hui pour les élèves, il reste 2 préoccupations à l’étude. Il s’agit de l’extension des zones de stage et le remboursement des pécules coupés pour les élèves qui se sont inscrits en retard à l’école pour qui la règle de trois a été appliquée au pécule.

En suivant un certain nombre de revendications des élèves, il y a un réel manque de respect à la hiérarchie au sein de l’ECMTS. Le cas de l’élève Moïse Bado est le plus significatif. La restitution des pécules coupés aussi. Pour l’administration, les élèves étaient prévenus de la date délais de l’inscription sur la liste des élèves de l’école. « Beaucoup se sont inscrits et d’autres non. Certains attendaient de voir les résultats des autres concours alors que nous nous devions arrêter la listes de nos élèves ». 

Pour le cas Moïse, après qu’il a reçu une lettre d’explication pour avoir contrarié un enseignant à laisser les élèves participer à un sit-in, il a proféré des propos qualifiés « d’injurieux  » à l’encontre du directeur de l’école. Les travailleurs de l’institut dans leur lettre ouverte adressée au ministre relevait ce point « A l’ECMTS, depuis le fallacieux prétexte des plates-formes-revendicatives instables et incohérentes, il est récurent d’enregistrer des cas d’indiscipline caractérisée. En effet, des élèves se permettent d’injurier les membres de l’administration et les enseignants et manquer du respect aux travailleurs de l’ECMTS ». Sentant que les choses peuvent dégénérer en sa défaveur, il écrit au directeur de l’école pour présenter des excuses à propos de son comportement.

Mais quand le Directeur général a été mis au courant, il adresse à Moïse une lettre d’explication. La réponse à cette lettre demandée par le Directeur général de l’institut (qui coiffe les 3 écoles), Moïse se braque. Il ne reconnaît plus ce qu’il a lui-même appelé dans sa lettre d’excuse « propos discourtois maladroitement proférés » et demande au DG dans sa correspondance de donner non seulement la preuve sonore de ce qu’il aurait dit, mais aussi l’autorisation d’enregistrement de sa voix délivrée par une autorité compétente.

Depuis le mois de janvier (2014) donc, à l’école des cadres moyens en travail social, le torchon brûle entre élèves et travailleurs (administration). Au ministère de l’action sociale aussi ça brûle. Certains ont trouvé en cette crise à Gaoua un moyen de régler les comptes avec le « jeune directeur » (certains cadres du ministère l’appellent par ce nom) « gonflé » pour d’autres.

Un jeune cadre, qui souhaite l’anonymat : «  je crains ce ministère-là. Les gens parlent en fonction de leurs intérêts personnels et le ministre se laisse prendre dans ces pièges-là. Donc s’il n’y a pas d’anonymat, je ne te dirai rien », dit-il. C’est après être rassuré qu’il s’est mis à m’expliquer ce qu’il prétend savoir : « quand Sansan est arrivé à la tête de l’institut, il a innové et la gestion s’est assainie. Du coup, pour ceux qui prenaient l’institut comme une vache laitière, il se positionne comme un ennemi. Il y a des choses que les élèves ont dit dans leurs correspondances, il faut être un ancien du ministère et il faut bien connaître Sansan pour pouvoir le dire ».

Les anciens ? Le Collectif des Anciens de l’Action Sociale (CAAS) auteur de déclaration avilissante contre Sansan et le COSAS aussi inscrit dans la même veine : les tracts contre le directeur. Qui en sont les animateurs ? Notre interlocuteur avoue ne rien savoir, mais qu’il reçoit les déclarations et les messages dans sa boite mail et il nous en a fait copie au passage.

Le reproche qui est fait par les anciens au « Jeune DG » à travers le COSAS et le CAAS est de vouloir bousculer la hiérarchie, mais aussi d’avoir coupé le « gombo » à beaucoup à travers les innovations qui ont été portées par lui. Un des élèves cadres supérieurs, un professionnel accepte nous recevoir. Il requiert aussi l’anonymat de peur de représailles à la sortie de sa formation. Il connaît bien l’institut et le ministère pour y avoir travaillé près d’une dizaine d’années. Il explique que l’institut fonctionne et le mode de fonctionnement s’est assaini sous Sansan.

Pour lui, « c’est normal, parce que c’est un syndicaliste qui a passé le gros de son temps à dénoncer les malversations et les injustices dans le ministère. Donc un gars comme ça s’il devient chef, c’est sûr qu’il n’aura pas la paix de ses ennemis d’hier quoi ». Et de poursuivre : « un exemple, il a décidé de trouver un autre local pour abriter l’école des cadres supérieurs dans laquelle nous sommes, alors que le local qui l’abrite actuellement appartient à une chargé de mission du ministre. Le local coûte environs 900 000 fcfa à l’Etat. Vous croyez que les gens vont le laisser faire ça facilement ? Non, je crois qu’ils vont l’embêter à travers les racontars et la calomnie. C’est la marque de notre ministère là comme ça ».

En effet pour le DG Sansan, le cadre actuel de l’école des cadres supérieurs de travailleurs de l’action sociale n’est pas approprié : « c’est un local à usage d’habitation qu’on a pris pour abriter une école  » et dans les tracts du COSAS et du CAAS, on m’en veut de vouloir remettre de l’ordre dans ça. Les élèves aussi reprennent ce reproche à leur compte sans rien y comprendre. C’est la même chose avec la procédure de recrutement des enseignants.

Le DG avoue être le premier par qui l’appel à CV pour la sélection des enseignants est arrivé. Avec cette procédure, dit-il, « fini le copinage qui régnait dans l’attribution des cours et la primauté de certaines personnes sous le prétexte qu’ils sont anciens ». Pour la gestion de l’institut, le Directeur général se veut impératif, il veut y mettre de l’ordre avant la fin de son mandat (il a été recruté par appel à candidature) ; « voyez-vous, il y a des élèves qui se sont soignés avec des ordonnances de 176 000, de 300 000 fcfa etc. pour se faire rembourser par l’école avant notre arrivée. C’est de la surfacturation et nous en avons la preuve. Ce n’est pas sérieux et vous en conviendrez avec moi. Pour mettre fin à tout ça, il y a l’infirmerie. Mais il se trouve des gens pour contester la fonctionnalité de cette infirmerie, parce qu’ils veulent aller se soigner hors de l’établissement, ce qui leur permettra de faire de la surfacturation ». Voici donc une crise qui n’aurait pas dû exister !

Wilfried BAKOUAN

 

 Les points d’appréciation des membres du comité de médiation

-Le problème est facile à circonscrire

-Il y a eu un problème de communication entre les élèves et l’administration

-Il y a eu utilisation des moyens à haut risque (Radio-TIC)

-Laisser tomber les rumeurs, les tracts et les propos d’intérêt

-Il faut respecter la hiérarchie et les procédures

-Informer les élèves sur les textes dès la rentrée et le plus largement possible

-Les moyens de revendication occultaient les objectifs des élèves, vu leur fréquence

-La saisine du ministre directement par les élèves est une erreur

Les points qui feront objet d’échange

-Le point sur les pécules coupés

-La reprogrammation du cours de déontologie

-Régler les questions liées à la santé

-Echanger sur les lieux de stage

-Régler la question des sorties terrain IEC-CCC

WB

 

 


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