Cardinal Philippe Ouédraogo : A l’image de François, « droiture et pauvreté »

Publié le mardi 18 mars 2014

Le dimanche 2 mars 2014, les fidèles catholiques du Burkina Faso, et leurs frères d’autres communautés religieuses, étaient en communion au sanctuaire Notre Dame de Yagma. Cette célébration eucharistique se voulait une action de grâce au Seigneur pour le cardinalat de son Eminence Philippe Ouédraogo. Une foule « apocalyptique » pour reprendre le bon mot de la vedette du jour est accouru partout et même hors des frontières du Burkina et a pris d’assaut le sanctuaire de Yagma. Le cardinal Philippe, toujours égal à lui-même s’est voulu, aussi le chantre du dialogue interreligieux

 

Yagma, en cette année de grâce 2014, ne pouvait pas abriter un pèlerinage annuel ordinaire. On s’y attendait, mais les événements, le moins qu’on puisse dire, ont dépassé de loin la fiction. Le nouveau promis de l’Eglise famille Burkinabè n’est pas aussi n’importe qui. Philippe a su donner un visage attractif, à l’Eglise catholique burkinabè depuis sa nomination, comme archevêque métropolitain de Ouagadougou. C’est le représentant du pape, le Nonce apostolique Vito Rallo qui l’exprime le mieux : « C’est une marque de  confiance et d’estime que le pape François a manifestée et ce au regard du  fervent engagement pour la cause de l’Eglise  mais également en témoignage de ses  distinguées qualités humaine, spirituelle et pastorale ». C’est aussi l’avis de Luc Adolphe Tiao, envoyé de Blaise Compaoré, qui voit dans cette « élévation », la « volonté divine », mais pas seulement. « Quelque part, il y a [ses] qualités intrinsèques » d’un prêtre « intègre, bon, qui a toujours servi les autres, proche de son peuple »

Alors son élévation comme cardinal, par le St Père François, est considéré comme mérité, mais aussi comme un tremplin pour poursuivre son ministère de la vérité et au service des pauvres. Pour ces raisons évidemment Yagma 2014 ne pouvait avoir qu’un attrait redoublé. On voulait voir le cardinal, le deuxième de notre pays, entendre ses premiers mots et savoir dans quelle direction il allait orienter son cardinalat.

La prière évidemment !

La prière et les actions de grâce. Les bons mots, la reconnaissance infinie au pape et les louanges à Dieu. Dans l’ensemble, l’Afrique s’en tire avec deux cardinaux. L’ivoirien Jean Pierre Kutwa et le burkinabè Philippe Ouédraogo. Alors pour tous les fidèles croyants catholiques, c’est un « mérite » qui interpelle à plus d’un titre et pour lequel il ne faut pas rester ingrat. Il faut remercier et rendre grâce à Dieu et ils l’ont fait. Au sanctuaire notre dame de Yagma, ils ont chanté (les louanges du seigneur) et dansé pour exprimer leur joie. « C’est la vive action de grâce qui nous invite tous et toutes en ce moment aux pieds de notre Dame de Yagma où nous sommes venus en pèlerinage national pour accueillir officiellement notre nouveau cardinal Philippe Ouédraogo et surtout pour prier avec lui et pour lui » a dit Mgr Paul Ouédraogo, président de la conférence épiscopale Burkina-Niger.

Dès 4h du matin, Ouagadougou était en mouvement. Les gens convergeaient vers le site de Yagma. Tous les moyens étaient bons pour y arriver : à pied, à vélo, à moto, en voiture. Et jusqu’à 10 heures, les gens sortaient de tous les côtés tels des fourmis. La messe qui a commencé à 8 h a pris fin aux environs de 14 h. La fatigue se lisait sur certains visages mais le mental était d’acier. Il n’est pas question de se laisser abattre par cette insolente fatigue ni par ce soleil féroce qui brulait les corps. 

Foule cosmopolite

« Eminence, vous voyez cette foule que vous ne pouvez pas dénombrer » s’est exclamé Mgr Paul Ouédraogo à l’endroit du cardinal. « Elle est composée de Catholiques, de Protestants, de Musulmans, de fidèles de la religion traditionnelle (il convient de le nommer ainsi plutôt qu’animistes qui est péjoratif), tous habités d’une même dévotion à la hauteur de la fierté légitime qu’ils éprouvent depuis votre élection à la dignité cardinalice » Cette fierté légitime a un secret qui remonterait jusqu’au vénéré cardinal Paul Zoungrana. En effet, il y a 29 ans soit en 1985, c’est feu Zoungrana qui était accueilli en tant que « 2e cardinal africain de l’Eglise catholique ». Aujourd’hui, 14 ans après le décès de ce dernier, en juin 2000, Philippe Ouédraogo est accueilli comme 2e cardinal du Burkina. Le cardinal Ouédraogo n’a pas manqué de faire un lien entre son élévation et son prédécesseur. « Le cardinal Paul Zoungrana, de vénérée mémoire, a certainement frayé un sillon non négligeable pour la nomination d’un second cardinal au Burkina Faso » assurera t-il.

Au-delà de l’église

Le choix porté sur Mgr Philippe Ouédraogo, certes, « honore » l’Eglise catholique. Mais au-delà, « pour les Burkinabè, c’est un grand honneur qui est fait à la nation entière » a dit Mgr Vito Rallo. Ces propos qui ont reçu une salve d’applaudissements sont rejoints par ceux du premier ministre Tiao, qui représentait à l’occasion le président du Faso : « L’événement qui nous réunit en ce jour dira t-il, va au delà de la simple Eglise catholique. C’est pourquoi, le chef de l’Etat partage avec tout le peuple burkinabè dans toute sa diversité, dans toutes ses composantes sa fierté pour la confiance en vous placée par le saint père. C’est un honneur car nous savons que dans la création de ces cardinaux il n’y avait que deux Africains. Et nous avons donc cette chance de vous avoir (cris et applaudissement de la foule). »

Philippe Ouédraogo est aussi d’avis que sa création au rang de cardinal dépasse le simple cadre de l’Eglise. Elle a un caractère national : « L’événement qui nous réuni concerne non seulement l’Eglise famille de Dieu mais surtout le peuple burkinabè, en témoigne tout le soutien et encouragement depuis le 12 janvier. La sollicitude du saint père qui me confie cette mission se déploie aux bénéfices de toute la nation burkinabè »

Accepter les différences et divergences

Selon le cardinal Ouédraogo, il y a des événements dans l’histoire d’un peuple qui sont des éléments providentiels, catalyseurs d’unité, de fraternité, de cohésion et de paix sociale durables. Il a ainsi émis le vœu que ces éléments puissent « nous unir davantage autour de valeurs et d’idéaux communs qui nous engagent quotidiennement, individuellement, collectivement, à œuvrer inlassablement pour l’unité, la cohésion nationale et le bien commun au delà des biens individuels… » « Et cette œuvre commune passe nécessairement par l’acceptation de nos différences et divergences ethniques, politiques, religieuses. » S’inscrit alors dans ce registre, le dialogue entre les différentes religions. Un élément indispensable pour la paix, selon le cardinal, et chacun doit jouer sa partition. « Le dialogue inter-religieux est une condition nécessaire pour la paix dans le monde et par conséquent c’est un devoir pour les Chrétiens comme pour les autres communautés religieuses » argumente-t-il. Mais s’il y a un élément qui trouble le plus souvent la paix dans le monde et qui n’a pas échappé au cardinal Ouédraogo, c’est bien l’argent. Il est le nerf de la guerre dit-on. Aujourd’hui, l’argent est devenu un potentiel maître pour les mortels, qui tend à défier sinon défie Dieu. Pourtant, « on ne peut pas servir deux (2) maîtres. On ne peut pas servir à la fois Dieu et l’argent. Ce dernier est quelque fois un bon serviteur mais pas toujours. L’argent est toujours un mauvais maître » affirme ainsi le cardinal. Le salut de l’humanité se trouve alors entre les mains du seigneur selon l’entendement de Philippe Ouédraogo : « Notre bonheur vrai se trouve seulement dans le seigneur. Dieu ne nous oublie jamais. Pourrait-il prendre plaisir à oublier des hommes qu’il a lui-même crées ? Nous avons tous du prix à ses yeux » Il suffit donc pour les Hommes d’avoir « une confiance renouvelée » en Dieu surtout « dans les nuits de la foi, au cœur des épreuves où notre foi est appelée à mûrir, s’abandonner à la providence, espérer, quand bien même tout semble nous forcer à désespérer et à baisser les bras, aimer et servir fidèlement quand tout semble nous pousser à haïr et à ne pas servir. C’est là que réside notre vocation et nos responsabilités personnelles et communautaires » Le cardinal a donc invité chacun à s’efforcer à « tuer en [lui] tout esprit de cupidité, de corruption, d’injustice, de paresse, de peur et le refus d’engagement. Toute chose qui ronge l’amour, pollue et empoisonne le climat de la vie d’une famille, d’une communauté… »

Basidou KINDA

 

 

Téléphonie mobile

A Yagma ce 2 mars 2014, les dieux de la téléphonie mobile n’étaient pas avec les pèlerins. On peut se permettre alors de faire une publicité négativement gratuite pour le réseau Telmob. Plutôt pour les pèlerins de progresser ensemble, il faut dire qu’ils l’ont fait séparément. Parce que toutes les personnes qui ont le malheur de séparer ont été dans l’impossibilité de se contacter par téléphone savoir la position de l’autre. De 8 heures jusqu’à la prière eucharistique, des gens ont tenté de se joindre en vain. Il y a des gens qui sont partis en groupe mais ils sont rentrés isolement. Il y a comme un malaise, le moindre regroupement de millier de personnes occasionne ces genres de difficultés qui ne sont pas sans préjudice sur les consommateurs. Il a fallu attendre jusqu’au 4 mars (par rapport à notre cas) pour voir le réseau s’excuser auprès de sa clientèle pour ces perturbations.

Atteinte à la pudeur

Le pèlerinage s’est déroulé dans une ambiance bon enfant. Mais il y a un détail très important qui mérite d’être soulevé : les toilettes. Il y en avait mais elles étaient fermées. Du reste, celles que nous avons essayé d’ouvrir. Cette situation a porté atteinte à la pudeur des gens. En effet, hommes, femmes et enfants se retrouvaient face à face dans les herbes pour se soulager. En jetant un coup d’œil dans le sens des quatre points cardinaux, soit c’est une femme qui libère sa vessie soit un homme. Il faudra y songer désormais pour que cela ne se reproduise plus.

 


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