Braquage à Bogandé : la victime craint que ses bourreaux ne reviennent

Publié le lundi 17 mars 2014

Toyabou, un petit village de Bogandé est en proie à la colère des populations contre la chaîne judiciaire. La raison, une affaire de braquage perpétré par un certain Dimanche et ses acolytes au domicile de Félicien. Félicien a été entendu par les services de la gendarmerie de Bogandé et son agresseur, un temps écroué, a été libéré sans qu’il n’en comprenne la raison. Plus tard, il reçoit des convocations à comparaître, vieilles de plusieurs mois. Aujourd’hui Félicien attend plus que jamais que justice lui soit rendue d’autant que son assaillant, mis en liberté, vit dans le même espace géographique que lui. Du coup il craint pour sa vie et celle des membres de sa famille. Dépité, il nous a rendu visite à notre rédaction.

Félicien a 47 ans. Il est victime de braquage à son domicile, dans un hameau de culture de Toyabou à Bongandé qu’il a rejoint pendant la saison des pluies pour ses activités agricoles.

Il nous explique avec soin sa mésaventure d’un soir alors qu’il était couché dehors, les siens à l’intérieur de la case qui leur servait de gîte provisoire pour la période des récoltes. Il était de retour du marché où il avait vendu du bétail (en l’occurrence 2 moutons à 105.000) pour s’acquitter des frais de scolarité de ses enfants à Fada. Félicien explique que lorsque ses ravisseurs sont arrivés, ils se sont exprimés en mooré. « Yikiyan ! », injonction faite en lui braquant une arme dans les côtes et le rayon lumineux d’une lampe torche dans les yeux. 

N’ayant d’autre choix que d’obéir, il se leva donc et fut conduit dans la maisonnette où étaient couchés sa femme et ses enfants. « On m’a directement entraîné dans la case, ils m’ont enfermé à clé. L’un d’entre eux étant dehors mais l’arme toujours pointée me demande de lui remettre l’argent des bêtes que j’avais vendu dans la journée  ».

La victime, pour les attendrir et tenter de sauver les meubles, leur explique la destination de l’argent en question. Ses ravisseurs lui conseillent de cesser de parler et remettre l’argent s’il voulait avoir la vie sauve. Ils étaient au nombre de 3 et pendant que le premier faisait subir un interrogatoire à la victime pour savoir où étaient cachés les sous de la vente de son bétail, les autres étaient à l’enclos pour se ravitailler. Ils en ressortiront avec 3 moutons.

Toyabou étant un village, les gens se connaissent tous ou presque. La victime a donc pu reconnaître celui qui parlait ; un certain Tindano Dimanche. Après leur départ, Bourgou dit avoir défoncé sa porte et essayé de les suivre pour vérifier si effectivement celui qui lui parlait était bien celui à qui il pensait. Il note au passage qu’un des trois moutons est revenu seul dans l’enclos. La victime connaît le père de celui dont il a identifié la voix. Après avoir pisté ses ravisseurs sur quelques kilomètres, l’un de ceux-ci tombe en panne, ce qui permet à la victime de le rattraper. Il fait déjà jour. Ce dernier trouve effectivement que c’est Dimanche. Il l’appelle par son nom. « Quand il a su que je l’avais identifié, il a voulu tirer sur moi. Je me suis précipité dans les champs pour me cacher. J’ai jeté mon vélo et j’ai couru à pied pour aller voir son père et lui raconter ce qui m’était arrivé. Je lui ai dit que l’essentiel pour moi était de retrouver mes 2 moutons ».

Le père lui donna l’assurance qu’il l’aidera à retrouver son bétail si son fils est vraiment la personne qui le lui a dérobé. De là, la victime a appelé son frère qui est infirmier à Fada pour lui raconter sa mésaventure. Le frère décide d’appeler le commissaire de police de Mani le lendemain. Le commissaire l’assure qu’il allait envoyer la police dans le village au cas où Dimanche et compagnie y seraient encore.

…et la population s’en mêle

La population, après avoir appris l’histoire, s’est jointe à la victime. Pis, elle a décidé de lui rendre justice. Elle est allée arrêter Dimanche puis l’a ligoté dans les champs où il a subi la vindicte populaire avant l’arrivée de la gendarmerie. Face à cette furia de la population, il finit par craquer. Il cite ses complices et son receleur chez qui il a caché les bêtes. « Effectivement, elles ont été retrouvées au lieu indiqué après des pressions sur la femme du receleur  ».

« Entre-temps, la gendarmerie est arrivée avec une délégation forte de 6 agents. 3 d’entre eux sont partis avec Dimanche à la rencontre du groupe qui est allé à la recherche des animaux, mais ils ne les ont pas trouvés. Le groupe est revenu avec les animaux sans croiser les 3 gendarmes mais les bêtes sont arrivées devant les 3 autres gendarmes qui sont restés avec la population ».

Certains membres de la famille de Dimanche qui ont voulu lui porter secours ont tenté de prendre la tangente quand ils se sont rendu compte que les animaux étaient vraiment là. La foule venue assister Félicien ne leur a pas laissé ce plaisir : « ils ont été bastonnés eux aussi », explique-t-il. Après eux, les gendarmes prennent la relève. Ils amènent le présumé délinquant et ses défenseurs. Ses complices n’ayant pas été retrouvés.

Après que Félicien a été entendu à la gendarmerie de Manni, il explique que le présumé voleur a été déféré à la maison d’arrêt de Bogandé le 27 octobre 2013. 

Contre toute attente et sans qu’il y ait eu jugement, le voleur est revenu au village le 23 janvier, soit moins de 3 mois. « Y a jamais eu de jugement », insiste-t-il.

Le frère de Félicien, Jean Paul explique que « en janvier les 3 amis se sont retrouvés et sont revenus avec une arme à feu. Les populations sont furieuses et Félicien se sent en insécurité, il a été terrorisé devant ses enfants et ces derniers sont traumatisés. Les rumeurs disent qu’ils sont allés corrompre la gendarmerie ou la justice parce que la victime n’a jamais été convoquée pour un jugement  ». Depuis donc, Félicien est à la recherche de solutions au problème qu’il vit. Félicien confie aussi qu’avant ce braquage, il n’y avait jamais eu de différend entre eux deux. « Il m’avait même déjà demandé une poule que j’avais accepté lui donner  ».

Wilfried BAKOUAN

 

Quelques petites énigmes dans le récit de Félicien

Félicien a été appelé à la gendarmerie le 14 février 2014 pour se voir notifier 2 convocations du procureur au tribunal de Bogandé. La première convocation l’invite à comparaître le 19 décembre 2013 et la deuxième le 23 janvier 2014 à 8 heures. Le 16 février, il se rend effectivement au tribunal de Bogandé. « Là-bas on a dit qu’on n’a plus besoin de moi ». En fait, sur les deux convocations, il est mentionné que « … faute de comparaître (il) ne sera pas considéré comme intéressé par la présente cause ». Pourquoi avoir attendu en février pour notifier à Félicien les convocations du juge alors que la mention suscitée y figurait ?

Un autre fait insolite est que sur les convocations, nulle part il n’est mentionné agression sur la victime. Alors qu’aux dires de Félicien, il a été agressé chez lui par les voleurs. Et ses parents de se demander : « quel est le PV que la gendarmerie a transmis au tribunal ? »

La gendarmerie s’est-elle laissé corrompre dans cette affaire ? Dans leurs tentatives de comprendre la situation, les parents de la victime ont entrepris des enquêtes pour savoir pourquoi le prévenu a été libéré. Un proche de ce dernier confie dans des milieux publics que sa famille a dû vendre 3 bœufs, 2 moutons et 3 sacs d’arachides pour obtenir sa libération. S’agit-il d’une liberté sous caution ou tout simplement contre pot de vin ?

Que vont faire les populations ? Cette question est d’autant plus importante que dans la région de l’Est les vindictes populaires sont fréquentes et que tous les protagonistes de cette affaire sont de retour au village et vivent avec les populations déjà échaudées et sur le qui-vive. A juste raison.

WB


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