Burkina 2015 : Et si la médiation n’aboutissait pas ?

Publié le samedi 1er mars 2014

Nous entrons dans la deuxième semaine consécutive à la rupture du dialogue entamée par les médiateurs « autoproclamés ». Ces derniers qui n’ont plus l’entrain de départ ont renvoyé le dossier pour l’après 8 mars. En attendant de trouver une stratégie de rechange, l’opposition ayant refusé de participer au bal masqué initialement prévu

Un événement est venu donner du rythme à la morosité ambiante dans laquelle baignait le dossier de la médiation. C’est la visite du premier ministre. Ce dernier a déclaré avoir fait le déplacement pour encourager l’équipe des médiateurs à persévérer. Luc Adolphe Tiao a insisté à l’occasion sur le fait que personne n’a mandaté les médiateurs. Pour quelqu’un qui dit être venu pour les encourager, le propos est pour le moins insolite. Cependant quand on regarde le jeu de coulisses qui se mène autour de Kosyam, on comprend le propos sans doute calculé du chef du gouvernement. Selon toute vraisemblance, Blaise a monté cette stratégie de camouflage dont LAT s’est fait le porte parole auprès de la médiation. Il s’agissait pour le chef de l’Etat de baliser les négociations, ce qui visait à lui laisser les mains libres pour d’éventuelles manœuvres. 

Cette sortie de LAT intervient après un courrier que le chef de l’Etat aurait adressé à la médiation, courrier dans lequel il a selon une source introduite récusé le mandat exigé par le CFOP. L’argument avancé a d’ailleurs été repris à la fois par le premier ministre et le chef du groupe des médiateurs. Le procédé consiste à camper le statut du chef de l’Etat, qui n’a pas vocation à descendre dans l’arène de la politique partisane. Voilà un homme qui invoque un statut que lui confère la constitution, et qui s’apprête à violer la source de sa légitimité. Quand on s’octroie un droit qui n’est pas prévu par la source de tous nos droits, on n’a plus ni la légitimité ni la légalité. Comment la médiation s’est-elle laissé convaincre par ce sophisme juridique ?

De la part de Tiao cela peut à la rigueur se comprendre. Jean Baptiste Ouédraogo ne peut tout de même pas ignorer que la prétention de Blaise à vouloir se succéder à lui-même en 2015, est essentiellement une question politique et non institutionnelle. Donner l’impression qu’en se cramponnant au préalable du mandat, l’opposition joue les intransigeants, c’est apporter de l’eau au moulin de Blaise qui nourrit l’ambition de passer en force. L’histoire de l’article 37 le montre bien. Ce fut le cas en 1997 malgré les véhémentes protestations des organisations de la société civile et des partis politiques. Ses partisans l’avaient présenté comme un démiurge dont le Burkina ne pouvait se passer. Avec la mort de Norbert Zongo, les grandes manifestations populaires qui avaient justifié l’avènement du collège de sages remettaient la question sur le tapis et c’est ainsi que l’on a obtenu que ledit article soit rétabli. Le revoilà donc à l’affût, dans l’objectif de remettre ça.

Et c’est une véritable stratégie de passage en force qui est en marche, stratégie qui s’est traduite par l’OPA qui a permis de mettre en coupe réglée le CDP. La reprise en main des forces armées par le chef de l’Etat participe aussi de cet objectif. Blaise ministre de la défense a engagé une opération de charme envers l’armée dans ses différentes composantes. Les représentants des différents corps d’armée sont régulièrement reçus à Kosyam. En apparence, c’est le ministre de la défense qui se montre soucieux des hommes et femmes de son département mais personne n’est dupe, tant de sollicitudes envers la troupe s’explique avant tout par des considérations personnelles que traduisent d’ailleurs bruyamment ses porte-voix de la FEDAP/BC qui n’arrêtent pas de revendiquer pour leur mentor un mandat supplémentaire.

Voilà l’ambiance dans laquelle se déroule la médiation et personne, encore moins les médiateurs ne peut ignorer ce contexte politique qui constitue l’arrière plan des louvoiements auxquels nous assistons aujourd’hui de la part du chef de l’Etat. Dans une négociation de cette nature, on ne peut se permettre de hisser une partie au dessus de l’autre. En politique, les parties qui négocient sont égales. C’est un principe. Si Blaise était en mesure d’imposer son dicktat, il n’y aurait jamais eu négociation. Il n’aurait jamais permis que des partis aillent négocier une quelconque affaire le concernant.

L’opposition devrait voir plus loin que la médiation

Nous avions annoncé dans l’édition précédente que la question de l’article 37 était réglée. Les médiateurs n’ont pas campé ce décor sans avoir reçu au préalable l’aval de Blaise. Ce dernier est bien conscient de la faiblesse de sa position sur le fameux article. Il ne pouvait donc que changer les paramètres du débat, quitte à ce que par la ruse, il revienne sur l’idée initiale, au nom d’une théorie chère à Machiavel. On connaissait les termes de l’échange à travers les médiateurs de l’Eburnie. Mais le bail de deux ans qu’ils devaient négocier est au dessus des acteurs politiques nationaux auprès de qui la requête devait être présentée. Un deal sur la question ne saurait tenir face à la volonté des burkinabé.

Certes, pour certains, la volonté populaire est une chimère. Mais l’histoire qui se déroule sous nos yeux montre qu’une telle affirmation est irresponsable et hasardeuse. Hier, c’était la Tunisie et l’Egypte qui nous donnaient des leçons d’héroïsme. Aujourd’hui, l’Ukraine est sur la brèche avec son insurrection populaire qui a réussi à destituer et à mettre en fuite le dictateur. On nous dira que le peuple burkinabé est un peuple pacifique mais les autres peuples le sont aussi. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de colère d’un peuple quand sa liberté est en jeu. Bien sûr nous n’en sommes pas là au Burkina mais ce rappel est utile face à l’obstination de certains à vouloir coûte que coûte retarder, si ce n’est empêcher l’alternance.

Pour ne pas perdre la face, la médiation devra reprendre un jour. Mais très peu de burkinabé y croient aujourd’hui. Peu importe pourrait-on dire ! Le collège de sages avait lui aussi du faire face au scepticisme des burkinabé. Ses recommandations ont été pourtant saluées, même si elles n’ont été que très peu appliquées et encore, très imparfaitement. Il ne manque pas de sujets pertinents sur lesquels la médiation pourrait construire sa bonne réputation. Dans la mesure où l’avenir de Blaise Compaoré semble être une préoccupation pour nombre de burkinabé qui voudraient le voir sortir par la grande porte, il faut donc dès maintenant engager un grand débat national sur la question. Ses conclusions pourraient réconcilier tous les burkinabé à l’image de ce qui s’est passé en Afrique du sud. L’idée est dans tous les esprits mais il faut du courage pour l’approprier et la mettre en œuvre.

Par Germain B. NAMA


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