Shell Burkina : Le jeu du chat et de la souris

Publié le mercredi 11 avril 2012

La société Shell a décidé de se désengager du Burkina parce que les activités de distribution qu’elle y mène ne seraient pas à ses yeux assez rentables. Elle veut pouvoir se consacrer désormais aux activités situées en amont et notamment la prospection et l’exploitation. Qu’à cela ne tienne, répliquent les travailleurs qui brandissent alors le protocole d’accord de bonne séparation en vigueur depuis avril 2006. Mais Shell réplique qu’il ne s’agit nullement pour elle d’une cessation d’activités au Burkina comme le stipule l’accord mais plutôt d’une cession d’actions.

Derrière cette querelle sémantique, les travailleurs y voient une ruse de Shell pour se débiner sans honorer ses engagements. La conciliation n’ayant pas pu se faire devant la direction régionale du Travail, l’affaire a été déferrée devant la Cour d’appel dont la décision est attendue pour le 19 avril prochain 

Un protocole d’accord de bonne séparation, ce n’est pas chose courante. Et pourtant, les travailleurs de Shell l’ont arraché à leur employeur depuis la date du 28 avril 2008. Il s’agit d’un document en 6 articles qui définit les conditions des départs, le champ d’application et les bénéficiaires, les mesures d’accompagnement, les conditions de validité etc…Le document de protocole expose d’entrée sa raison d’être : « privilégier les départs négociés à toute forme de séparation ». La société y affirme qu’il s’agit de répondre à « un souci d’accompagner financièrement les travailleurs concernés eu égard à la situation socio-économique difficile qui, dans la plupart des cas, les expose à une très grande précarité ». L’article 1 précise que le départ négocié intervient suite à une restructuration sectorielle ou générale de l’activité, de transfert non accepté par les salariés concernés, de contrat de travail suite à une cession, transfert ou sous-traitance par Shell de ses activités et ou marque et enfin pour raison médicale. Philanthropie de l’employeur ? Que nenni ! C’est simplement la reconnaissance des sacrifices consentis par des travailleurs qui ont serré les dents pour supporter le poids de la restructuration de la société qui a vu son personnel drastiquement ramené de 76 personnes à 32, sans diminution de la charge de travail et sans compensation financière. Ces sacrifices ont notamment permis de faire le meilleur résultat financier du groupe Afrique en 2009. Ce point de vue est soutenu par certains responsables des personnels. On peut aussi penser que cette concession de l’employeur n’est en fait qu’un coup fourré destiné à masquer un subtil désengagement. Certes, la nouvelle société accepte le reversement du personnel de Shell, mais elle n’est nullement liée par un protocole d’accord qu’elle n’a pas signé. Et puis, rien n’empêche qu’une fois Shell désengagée, que la nouvelle société jette ses travailleurs à la rue pour des raisons qui lui sont propres. Autant de mobiles qui expliquent le refus par les travailleurs d’un basculement sans conditions.

Les conséquences de l’application du protocole d’accord

Le protocole prévoit en effet l’indemnisation du personnel avant tout transfert de l’activité et du personnel à un quelconque repreneur. Cette disposition avait d’ailleurs été activée en 2008 quand les services informatiques avaient été détachés de la société. C’est donc sur cette base que s’articulent les revendications formulées par les travailleurs : souscription à une retraite complémentaire, augmentation de 25% des salaires et autres avantages spécifiques liés à la nature de l’activité de Shell. Mais l’employeur ne veut pas payer arguant qu’il ne quitte pas le Burkina. Or Shell est absente de la configuration des actionnaires promoteurs de la nouvelle société, même si cette dernière sous traite la marque. En fait, selon des sources informées, Shell a vendu l’intégralité de ses actions à Vivo energy. Si celle-ci continue d’en sous traiter la marque, c’est juste par pure stratégie commerciale, le temps de se faire connaitre sur le marché. Les travailleurs craignent à juste titre que derrière cette acrobatie ne se cache une escroquerie pure et simple. D’ailleurs les personnels de Shell Burkina ne sont pas les seuls. Le désengagement de Shell concerne tous les pays africains où elle se trouvait implantée, à l’exception de l’Afrique du Sud. En Guinée, les personnels ont obtenu du tribunal de travail, la condamnation de Shell à régler à ses 60 travailleurs tous les avantages liés au protocole d’accord. Même chose en Côte d’Ivoire où le tribunal du travail d’Abidjan-Plateau à son audience publique tenue le 26 juillet 2011 a condamné Shell au « paiement de la prime de bonne séparation convenue dans la convention dénommée « Accord cadre pour protocole d’accord de fin de contrat de Shell Côte d’Ivoire ». Justice est ainsi rendue aux travailleurs dans ces deux pays. Shell ne quitte pas le Burkina en raison d’une quelconque faillite. C’est plutôt les poches pleines qu’elle s’en va et cela par la sueur des travailleurs qu’elle abandonne dans l’inconnu. Normal que ces derniers demandent un peu de justice dans la rétribution des fruits de leurs efforts. La décision de la Cour d’appel est attendue certes pour bientôt. Mais l’on se demande s’il n’est pas trop tard ? Le repreneur n’est-il pas déjà entré en possession des avoirs bancaires de Shell, scénario tant redouté par les travailleurs !

Par Germain B. Nama


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