L’ODT, un second souffle

Publié le samedi 1er mars 2014

Il y a un constat à faire après avoir suivi le déroulement de la campagne pour l’élection municipale partielle au sein de l’arrondissement 4 de Ouagadougou. Anatole a mobilisé. Et, c’est l’ODT, son nouveau parti qui s’en délecte. Jadis l’ombre de lui-même au sein de l’arrondissement, ce parti a vu tout d’un coup sa cote monter. Tous les secteurs 17, 18, 19 et 20 ont été à ses couleurs durant la période de campagne. « Anatole ou rien ! ». Cette mobilisation, comme le dit Anatole (dans l’interview ci-contre) est le fait que les gens veulent des personnes capables d’insuffler le développement à la Base. Ce n’est pas le domaine des fausses promesses et de la démagogie. C’est un pouvoir de proximité qui exige que ce soit des gens de confiance et de terrain qui soient à la tête des exécutifs locaux.

Avec le cas de Anatole, transfuge du CDP à l’ODT et, avec la mobilisation dont il a fait montre, il est clair qu’on a voté pour le CDP en décembre 2012 parce que l’on voulait de Anatole au conseil municipal. Maintenant qu’il est parti, il s’en va avec ses électeurs. Parce que pour ce type de pouvoir, on a plus besoin d’électeurs que de militants, à cause de ce que l’on sait déjà : on choisit l’homme, l’individu pour son ancrage dans la réalité de la collectivité. On peut ne pas posséder la carte du parti mais lui accorder son suffrage. Aux législatives, ce sont les partis et aux présidentielles, ce sont les programmes qui déterminent l’électorat.

Cette réalité vient une fois de plus démontrer la nécessité des candidatures indépendantes dans le cadre des élections de proximité. En effet, toute personne dispose du droit d’accéder, dans des conditions générales d’égalité, aux fonctions publiques de son pays, comme le souligne si bien le pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Ce droit, il faut le reconnaître, a été nié à Anatole par son parti qui a voulu qu’un autre soit chargé de la fonction à laquelle il aspirait. Maintenant la dissolution du conseil municipal intervenant dans un contexte où les indépendants n’ont pas encore voix au chapitre pendant les élections de proximité, il lui a fallu trouver un parti pour s’exprimer. C’est donc juste le cadre qui intéressait. La couleur du cadre importait peu.

Au regard de la mobilisation dont il a fait montre, Anatole aurait pu être élu, pardon, réélu sous la bannière de n’importe quel parti du paysage politique national, pour peu que son nom fût associé à ce dernier.

Du reste, l’une des raisons essentielles du désintérêt des citoyens aux élections est l’interdiction des candidatures indépendantes, comme le fait remarquer Chrysogone Zougmoré de la coalition pour les candidatures indépendantes. « Ils sont nombreux les citoyens de grande valeur et d’expérience à vouloir jouir de leur droit d’éligibilité garanti par la Constitution en se présentant aux élections locales ou législatives. Mais la pratique de l’interdiction des candidatures indépendantes les amène soit à adhérer à des partis dont ils ne partagent pas les positions idéologiques (si idéologie il y a) soit à s’abstenir. Cette situation est porteuse de frustrations pour les électeurs qui expriment leur désarroi par l’absentéisme électoral et, parfois, par des actes de défiance envers l’autorité de l’État  ».

Il faut maintenant sérieusement envisager de donner un rôle aux indépendants comme cela ce fait dans des pays au la gouvernance n’est pas moins appréciée. Au Ghana par exemple, et par ailleurs modèle de bonne gouvernance et de démocratie en Afrique, la loi interdit aux partis politiques de prendre part aux élections locales, lesquelles se font uniquement sur la base des candidatures indépendantes.

Un problème de gouvernance politique !

La désaffection de la population de l’arrondissement 4 vis-à-vis de Zackaria s’explique par les nombreuses dénonciations des cas de mauvaise gestion du patrimoine foncier et des affaires de l’arrondissement, doublé de ces rapprochements avec François Compaoré et la belle-mère. L’arrogance de ce groupe est décriée par les populations. « Anatole a trop subi au CDP, on ne voulait même pas qu’il émerge » lance dans la foule en liesse, quelqu’un cette nuit du 23 février, quand les militants ce sont retrouvés au plateau omnisport de Somgandé pour savourer les prémisses d’une victoire que leur mobilisation permet d’entrevoir en filigrane.

Ce cri d’apparence anodine, exprime si besoin en est, comment Zackaria et son groupe ont régné sans partage, même au sein du CDP. Ce qui est valable au CDP est valable aussi pour beaucoup de partis politiques, sinon pour la totalité des partis sous nos tropiques ou le simple fait de vouloir manifester son indépendance vis-à-vis d’un certain nombre de décisions est sanctionné lors de la constitution des listes électorales. La liste électorale devient ainsi un instrument de contrôle et de chantage entre les mains des responsables des partis. On l’a vu lors des élections du 2 décembre 2012 au CDP où les choix des candidats par le SEN n’ont pas reflété le choix des militants lors des primaires.

L’incapacité des partis politiques à encadrer politiquement les citoyens et à animer la vie politique milite en faveur des candidatures indépendantes, mêmes si elles ne sont pas forcément une alternative au système partisan. Zougmoré fait remarquer aussi que « les candidatures indépendantes peuvent au contraire renforcer à moyen et long terme le système partisan en améliorant la gouvernance interne et l’image des partis auprès des citoyens ». Ainsi le pluralisme politique s’en portera mieux

Wilfried BAKOUAN


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