Procès des matchs truqués : Paul Put dans l’engrenage de la justice belge

Publié le samedi 1er mars 2014

Paul Put, le héros du Burkina Faso est traîné et sali par la justice de son pays. Accusé d’être un acteur des combines des matchs truqués du championnat belge, le technicien faiseur de miracles des Etalons qui a la mauvaise idée de ne pas se présenter à la justice de son pays et qui se voit charger par ses anciens collaborateurs risque la prison ferme. Une éventualité que le Burkina du foot ne veut pas entendre. Pourtant… 

 

Les casseroles de Paul Put n’ont pas commencé à faire du bruit que maintenant. Quand le Burkina l’enrôlait il y a deux ans, on savait que le technicien belge avait été invité voire dîné entre 2004 et 2006 avec le diable ! L’affaire des matchs truqués qui a pollué le championnat belge de 2004 à 2006 était loin d’être éteinte. La justice enquêtait, poursuivant le cerveau, un rissichime homme d’Affaire chinois, Zheyun Ye. A l’éclatement de l’affaire, le Chinois s’était fondu dans la nature ne laissant aucune trace. Il a fallu 10 ans pour que l’instruction soit bouclée. 31 personnes dont des présidents de clubs, des entraîneurs, des joueurs, des agents de joueurs sont au centre de ce procès ouvert le 3 février 2014 et qui doit s’étaler sur un mois. 

Paul Put est pris dans l’étau de la justice Belge (Ph, Dr)


Et dans le box des accusés, le coach des Etalons, entraîneur à l’époque des faits de Lierse, un club de D1 n’a pas été oublié. Devant le juge, le grand déballage a eu lieu. C’était une époque de vache maigre pour les clubs impliqués. Alors arrive un homme d’affaire chinois, prêt à jouer les mécènes d’un autre genre. Au total, le mystérieux Chinois, en fuite depuis 2005 ou « éliminé » par ses complices présumés, aurait investi 1,6 million d’euros en Belgique. Mais il récupère de la gauche ce que la droite a donné. Sa technique, il misait, à travers des complices asiatiques sur des résultats de matchs dont il connaissait l’issue probable. Les joueurs, évoluant souvent dans des clubs en difficulté, auraient « levé le pied » contre des enveloppes contenant de 5 000 (un peu moins de 3,5 millions de F CFA) à 40 000 euros (près de 27 millions de F CFA). Les responsables de clubs auraient de leur côté accepté de participer à la combine contre une aide financière de Zheyun Ye. Probablement missionné par des organismes de pari en Chine, Zheyun Ye avait pour objectif de s’intégrer dans le football belge afin de le manipuler et de rendre ses partenaires riches à millions. Payer des footballeurs pour qu’ils se couchent, un entraîneur pour qu’il aligne une tactique inopportune, un président afin qu’il ferme les yeux. Tous les coups étaient permis. Le montant des sommes remises sera naturellement évoqué par le tribunal. En 2010, la DH, citant la police fédérale, estimait à 826.500 € le montant des sommes versées aux joueurs soupçonnés de corruption passive. Et justement, Paul Put et son club étaient confrontés à de graves difficultés financières. L’homme d’affaires chinois avait alors ainsi investi 370 000 euros (un peu moins de 250 millions de F CFA) pour devenir actionnaire du Lierse. Mais comme à son habitude, il y a eu retour sur investissement. Paul Put face aux problèmes financiers de son club avait pris contact, selon les témoins à charge avec l’homme d’affaire chinois et l’ayant convaincu de venir investir racheter les 90% des actions. Pour que l’investisseur chinois accepte, il fallait baisser la valeur marchande du club. « Paul Put était convaincu qu’en perdant deux matchs avant la trêve hivernale, cela pouvait sauver le club. On a décidé de parler de tout ça à une délégation de joueurs » a témoigné Patrick Deman, l’adjoint de Put à l’époque. C’est alors qu’apparaissent les enveloppes contenant des primes de pertes ! Par la suite, c’est le business man chinois lui-même qui a pris attache directement avec les joueurs et des membres du staff technique.

Les chances de s’en sortir de Put

Devant le tribunal, l’ex-adjoint de Put qui a reconnu avoir reçu l’argent dira qu’il a émis le souhait que la direction du club, en soit, à cet instant informée. Mais il aurait été empêché par Paul Put qui ne souhaitait pas que l’affaire s’ébruite. Des anciens joueurs, Yves Van Der Straeten, Laurent Delorge, Igor-Sasa Nikolovski et Cliff Mardulier ont confirmé la thèse de l’ancien adjoint de Put. Bien qu’étant pas au procès, le coach a livré sa mémoire en défense à travers les colonnes des journaux belges. Ainsi déclarait-il dans le quotidien belge, « Le Matin » : « tout le foot belge était malade à l’époque. J’ai été menacé par la mafia, par armes à feu, mes enfants n’étaient pas en sécurité. Ce n’est pas agréable de parler de cela mais c’est la réalité. On m’a forcé, mais truquer est un bien grand mot, parce que l’équipe était dans une très mauvaise situation. Il n’y avait pas d’argent, pas d’espoir, rien. On a monté tout une histoire autour des matches truqués mais d’autres équipes ont fait la même chose, pas seulement Lierse. Ce n’était pas notre volonté. Je ne suis pas un manager, seulement un entraîneur, et je devais obéir à des gens au-dessus de moi, et les joueurs aussi. » Cet argument tendant à dire qu’il ne l’a pas fait de gaité de cœur a été balayé par ses anciens joueurs. Les joueurs ont indiqué aussi n’avoir pas eu l’impression que Paul Put avait été une victime. En clair, l’entraîneur des Etalons a été lâché par les siens et a été livré. Mieux, n’ayant pas jugé utile de se présenter pour organiser sa défense, le coach n’est pas en ballotage favorable. Grave, notre confrère en le journal belge en ligne, « L’essentiel  » croit savoir que Paul Put aurait tout comme bon nombre de protagonistes du dossier avoué les faits pendant l’enquête. Fort de cela le procureur, dans son réquisitoire, a réclamé 2 ans de prison ferme pour le héro du football burkinabè et une lourde amende. Quelle chance a-t-il d’être suivi ? Plusieurs avocats ont déploré que le procès s’ouvre près de 10 ans après l’éclatement du scandale. Un délai qui pourrait toutefois leur être favorable si le tribunal estime les faits prescrits ou qu’ils sont si anciens que les accusés méritent la clémence. Donc, il n’est pas exclu que le procès s’achève par un non lieu et la relaxation des accusés. Dans ce cas, le Burkina se frottera les mains. Car, il est évident que ce procès sans avoir un rapport direct avec le football burkinabè est hautement suivi depuis le Burkina. Nous imaginons l’embarras en cas de condamnation de Paul Put. La justice peut, dans sa volonté de redorer le blason du foot belge frapper fort pour donner l’exemple et montrer aux yeux du monde que le pays qui a été mis sur le banc des accusés de la planète foot a repris les choses en mains. Et Paul Put lui-même le pense : « Oui j’ai l’impression que je suis un bouc émissaire. Comme Lance Arsmtrong. Il fallait faire un exemple pour tout le monde. Mais dans le football, beaucoup de grands internationaux sont impliqués dans des matches truqués ». En l’homme d’affaire Chinois n’étant plus à portée de main, Paul Put, du fait de sa célébrité passe pour l’idéale tête d’affiche. Alors, il peut être envoyé en prison. La justice peut décider aussi de trancher la poire en deux. 

Les étalons avaient une bonne can en 2013 sous la direction du belge (ph, DR)


Une condamnation mais avec un sursis. La question fondamentale est de savoir si condamnation il y a les Etalons peuvent encore poursuivre leur collaboration avec leur célèbre coach ? La condamnation suppose culpabilité. Est-il recommandable pour une Nation de maintenir sa confiance en un homme peu recommandable selon la justice de son pays ? Loin de nous d’appeler au puritanisme. C’est d’ailleurs une valeur très inconnue dans le milieu de football. Mais il y a un son trident qui gène à l’idée de laisser l’équipe nationale entre les mains d’un homme qui est sous une condamnation. Juste une question de moral. Les différents prévenus sont poursuivis pour « corruption privée, participation à une organisation criminelle, blanchiment et chantage ». Les chefs d’accusation sont graves, même très grave. Mais il n’est pas aussi évident de tourner la page Put. C’est même un jeu très difficile et dangereux pour la Fédération. Comment trouver un remplaçant à un coach qui réussi un tel exploit sans courir le risque de retourner l’opinion sportive contre soi ? Où trouver ce technicien ? Il est vrai que depuis la revalorisation salariale concédée au technicien belge, il n’était plus si mal loti que ça à ce niveau. Mais les saisons sportives sont déjà lancées. Sur le marché de l’emploi, il n’y a plus d’entraîneur de qualité qui soit libre et opérationnel. Selon nos sources, Hérvé Renard, l’ex-coach et actuel entraîneur de Sochaux en Ligue 1 français aurait été approché au cas où. Mais une piste qui vient de s’éteindre car ce technicien aurait pris un engagement avec le Maroc. Mais la Fédération a semblé avoir pris le taureau par ses cornes. Déjà, en anticipant sur la question, elle fait preuve de clairvoyance. Attendre l’annonce de la non disponibilité de Put pour lui trouver un remplaçant sera plus difficile. En plus, on sait désormais qu’en septembre prochain les qualifications de la CAN 2015 seront ouvertes. Il reste peu de temps pour monter une équipe. Les Etalons jouent le 5 mars, en match test justement les Iles Comores à Marseille. Selon nos sources Paul Put serait sur le banc de touche. Reste à savoir si ce sera sa dernière sortie. Car c’est à la même période exactement que le juge va prononcer sa sentence. C’est dire que les Etalons, en regroupant auront le match amical en tête mais l’avenir de Paul Put sera plus présent dans les esprits. Le foot burkinabè, jusqu’à la clôture de ce procès sera suspendu à la justice belge. Et dire qu’on n’y peut rien !

J J Traoré 


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