L’alternance à portée de main, à condition que !

Publié le samedi 1er mars 2014

La crise du pouvoir qui est aujourd’hui un fait patent ouvre des perspectives inédites pour l’approfondissement de la démocratie. L’équilibre des forces politiques en présence (majorité/opposition) n’a été aussi réel que maintenant. Plus que jamais, l’alternance se trouve à portée de main. Pour autant, ce n’est pas encore chose acquise. Le vieux parti vendra très cher sa peau et il a encore les moyens pour le faire.

Les démissions massives en cours en son sein ne suffisent pas en elles-mêmes à faire basculer une opinion encore majoritairement attachée, non pas au CDP mais au pouvoir d’Etat qu’il incarne. La seule nouvelle de la défection d’anciens cadres politiques du CDP aussi importants soient-ils ne peut venir à bout de vieux clichés qui font du chef une quasi divinité.

La longévité de Blaise Compaoré au pouvoir lui confère une légitimité nabale* auprès d’une population non encore pétrie de culture constitutionnelle. Dans le pays profond, l’alternance est un concept nouveau voire extra-culturel et le débat sur l’article 37 reste une préoccupation essentiellement urbaine. Certes, l’opposition dispose d’importants atouts. Blaise n’a de cesse de railler les limites de son audience presque-exclusivement citadine.

Il n’empêche que les populations de nos villes sont précisément les plus agissantes et elles ont toujours impacté significativement la vie politique nationale. On retiendra pour l’exemple la date de 1966 où la révolte du peuple de Ouagadougou a eu raison du gouvernement Maurice Yaméogo. Aux historiens le soin de garnir le registre des mouvements sociaux qui ont marqué l’histoire de notre pays.

En attendant, nous notons que le deuxième semestre de l’année 2013 et janvier 2014 sont à cet égard des moments historiques d’une singulière densité. Reste à transformer l’essai. On ne le réussira pas, si l’opposition politique et sociale dans ses composantes multiples, y va en rangs dispersés. Certes en politique la question de l’identité idéologique est importante mais en la matière il est un art de savoir où l’on va et avec quelles forces travailler.

Si l’on met en avant les différends, en lieu et place des points de convergence, on devra ici et maintenant faire le deuil de l’alternance mais aussi de notre espoir de voir enfin s’ouvrir, dans des délais raisonnables, les pages sombres de notre histoire nationale. Il est tout à fait légitime comme c’est particulièrement le cas depuis 1998, de réclamer vérité et justice pour toutes les victimes du régime Compaoré, mais encore faut-il se doter d’une approche stratégique pertinente, faute de quoi nos rêves de justice demeureront des lignes d’horizon. Dans le contexte politique actuel, comment croire que pour aller de l’avant, on peut faire l’impasse sur le MPP et l’ADF/RDA ? 

Pourquoi disons-nous cela ? Parce que tout simplement dans les circonstances actuelles elles constituent l’appoint décisif nécessaire au changement souhaité. Il faut donc se féliciter de ce que le cercle des adhérents à la plate-forme du CFOP s’élargisse et que notamment sur la question de l’article 37, les convergences permettent de créer les conditions favorables à la poursuite du combat démocratique. L’ADF traîne encore il est vrai le poids de ses engagements antérieurs mais le challenge consiste à travailler à l’en détacher. Et ce n’est pas impossible !

Vent debout contre la modification de l’article 37 !

Tel pourrait être le mot d’ordre capable de fédérer les forces qui aspirent à créer les prémices d’une alternance en 2015. Dans le N°00 de l’Evénement paru le 25 Mai 2001, nous écrivions ceci : « L’Evénement est le journal de tous ceux qui sont épris de liberté, de justice et de paix. Ces valeurs fondent notre engagement pour une information au service du peuple burkinabè ». Aujourd’hui comme hier, nous nous inscrivons dans cette trajectoire éditoriale. Ce rappel est utile, à un moment où le peuple est engagé dans un processus de lutte politique et où les titres sont appréciés à l’aune des intérêts des groupes en présence. Que cela soit clair.

Nous ne sommes au service d’aucune chapelle politique et nous ne pratiquons pas un journalisme de service. Loin s’en faut ! Pour autant, nous ne tombons pas dans un neutralisme hypocrite, face à des événements qui touchent au devenir démocratique du Burkina. Notre parti pris est celui des valeurs et principes que nous défendons contre les prédateurs de tout acabit.

Notre drapeau est résolument celui du journalisme citoyen. Nos stratégies peuvent varier mais elles concourent à une seule et même finalité : la recherche de l’efficacité dans la défense des principes démocratiques. Les acteurs politiques peuvent nous apprécier ou nous détester. Mais le peuple sait toujours reconnaître les siens. Le dernier mot faut-il le rappeler appartient à l’histoire.

Par Germain B. NAMA

  • Nabale : néologisme formé à partir du mot naba, chef en langue mossi

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