Seuls les imbéciles ne changent pas !

Publié le mardi 18 février 2014

Qui l’eut cru ?

Les caciques du régime Compaoré ont décidé de ne pas être des imbéciles en quittant avec fracas le navire CDP pour la barque du peuple et de l’opposition au Sénat.

Mieux vaut toujours tard que jamais même si c’est 27 ans plus tard car le problème n’est pas tant de se tromper que de persister dans son erreur. Le problème n’est pas de tomber mais de pouvoir et savoir se relever.

Alors, même si mon jugement est toujours réservé et prudent (nous sommes en politique), je leur dis bravo et je salue leur courage ; car c’est un véritable acte de courage qu’ils viennent de poser en reconnaissant que l’homme et le régime qu’ils ont contribué à installer après le 15 octobre 1987 n’était pas le Messie attendu. Ils savent très bien, eux, quelles sont les méthodes de leur ancien boss face aux opposants et je suis sûre qu’ils n’ont pas oublié le sort réservé à Clément Oumarou Ouédraogo. Le sachant fort bien et ayant néanmoins décidé de franchir le cap en se libérant du joug oppressant du dictateur, saluons leur bravoure.

Ce désaveu public de leur maître à penser pendant des décennies, même s’il ne résout pas entièrement la problématique qui nous préoccupe actuellement, porte un coup dur et espérons, fatal au parti du tout-puissant roi de Kossyam.

Le palais est agité, c’est sûr. La panique a gagné le Capitaine, son personnel naviguant et sa cour. Et ça me ramène à un autre palais il y a peu : sur les bords de la lagune Ébrié, un certain Koudou Laurent Gbagbo, sa femme et sa clique emmurés dans un bunker !

L’histoire sous les tropiques se répète toujours, il me semble. Mais le drame est qu’on n’en tire jamais leçon.

Je dis donc à tous les démissionnaires :

-Bienvenue, camarades dans l’arène avec le peuple et le pays réel !

Je suis restée sceptique longtemps face à cette nouvelle inattendue, prudente face à l’enthousiasme des uns et des autres et la marche du 18 janvier 2014 était ce qui allait déterminer pour moi la sincérité ou pas de ces démissionnaires. Ce premier test réussi, tout en les accueillant à bras ouverts car nous somme tous frères et sœurs, enfants d’une même patrie, le Faso ; Burkinabè avant d’être CDP et autres, il nous faut cependant rester vigilant et garder l’œil ouvert.

Ma position envers eux a évolué parce que je me suis dit que si on devait se baser sur la vertu comme critère d’appartenance à l’Opposition, aucun leader ne passerait le test. Je ne veux pas dire que tous les acteurs de l’Opposition burkinabè actuelle sont indignes, mais simplement que si le critère de base avait été de n’avoir jamais été <<collabo>> du régime Compaoré, il n’y aurait personne, à commencer par le Chef de File de l’Opposition lui-même, Zéphirin Diabré. Y a pas aucun comme diraient mes chers amis québécois. Rires. On voudra m’objecter que tous les leaders actuels de l’Opposition n’ont pas collaboré au régime Compaoré. On me citera par exemple le nom du chef sankariste en me disant qu’il n’a jamais participé au gouvernement ni exercé de mandat directement lié au régime.

Je persiste et je signe que y a pas aucun. De près ou de loin, ils ont, chacun, à leur niveau et souvent à leur propre insu contribué à perpétuer le règne Compaoré par leur acceptation des compromis, des sempiternelles négociations n’aboutissant à rien. On peut tout reprocher à Blaise sauf celui de ne pas être intelligent ; intelligence machiavélique, certes, mais intelligence quand même car il a toujours su user avec perfection de l’art de la subtilité en fin stratège et Dr ès manigances et complots qu’il est. 

L’OBU, ça vous dit quelque chose ? Il a explosé en très peu de temps, ce qui est le destin normal d’un obus : exploser ! 

La CFD en 1991, vous vous en souvenez ? Nous avons tous entendu après le principal leader nous raconter sans honte ni gène que son père en mourant lui aurait recommandé comme dernière volonté de collaborer avec Blaise. La suite, vous la connaissez.

Puis une victoire historique de l’Opposition unie survient en 2002. Le CDP est battu sur son propre terrain et l’AFD-RDA est grande gagnante des législatives en raflant la majorité des sièges.

Le rôle de Chef de file de l’Opposition lui revient comme de droit. On se met à rêver d’alternance, de changement, puis, oh, surprise ! Le Chef de file de l’Opposition se rallie au pouvoir pour former la Mouvance présidentielle et bénéficier de strapontins ministériels. Qui est encore trahi ?

Le vaillant peuple dont les rêves sont toujours pris en otage par des individus sans scrupules ni volonté de changement autre que de perpétrer le statut quo. Les atermoiements et blocages sur la question du Sénat sont arrivés comment et par qui ?

Par ces mêmes individus dont le parti ne sait décidément pas où s’aligner en définitive, défendant des intérêts contraires à ceux de ses partisans et électeurs. Les psychologues et autres psychiatres insistent beaucoup sur la nécessité dans l’évolution de l’enfant de couper le cordon ombilical surtout avec la mère mais aussi avec le père.

Et dans ce cas présent, le cordon ombilical du fils n’a pas été coupé avec le père. C’est la seule explication pour moi qu’un jeune si plein de potentialités sur lequel s’est cristallisé tant de rêves de changements n’ait pas été capable d’écrire cette page historique du destin politique de son pays alors qu’il tenait en main et le stylo et la page blanche du cahier ouvert des aspirations de son peuple. Il a préféré à ce rôle historique, celui de marionnette. Quel dommage !

Pour en revenir à nos anciens-nouveaux camarades dans la lutte, nous leur disons que la confiance n’excluant pas le contrôle, tous leurs faits et gestes seront dorénavant analysés à la loupe et qu’ils seront tenus à l’œil sans qu’ils deviennent non plus les bouc-émissaires de nos frustrations de ces dernières décennies.

Alors, soyons miséricordieux comme notre Père du Ciel est miséricordieux car nul n’est parfait et nous avons besoin de toutes les compétences, forces et intelligences de tous les enfants du Faso (<<noug yeng ka woukt zom yé[1]>>) pour bâtir ce nouveau Burkina que nous espérons prospère et intègre enfin.

Je note, simplement avec amusement dans les images de cette marche historique du 18 janvier 2014 que certains ont encore du mal avec le poing levé, ayant peur de se faire assimiler à la Révolution.

Camarades, n’ayez pas peur, levez le poing. C’est le signe de ralliement de combattants déterminés, fiers et sincères dans leurs actions. Levez le poing pour la Patrie et pour le Faso nouveau !

Levez le poing et écrivons ensemble cette nouvelle page de l’Histoire de notre pays aimé !

N’ayez pas peur et entonnons ensemble, à pleine voix, main dans la main et poings levés ces belles paroles de l’Hymne de la Victoire en clamant notre fierté :

Fier Faso de nos aïeux,

 Nourris à la source vive de la révolution,
Les engagés volontaires de la liberté et de la paix
Dans l’énergie nocturne et salutaire du 4 août
N’avaient pas que les armes à la main mais aussi et surtout
La flamme au cœur pour légitimement libérer
Le Faso à jamais des fers de tous ceux qui,
Çà et là en polluaient l’âme sacrée
De l’indépendance de la souveraineté

 

Et une seule nuit a rassemblé en elle
L’histoire de tout un peuple.
Et une seule nuit a déclenché sa marche triomphale
Vers l’horizon du bonheur.
Une seule nuit a réconcilié notre peuple
Avec tous les peuples du monde,
À la conquête de la liberté et du progrès.

La Patrie ou la Mort, Nous vaincrons !

Angèle Bassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice,Ottawa, Ontario.Angelebassole@gmail.com

[1] Une seule main ne ramasse pas la farine, maxime moaga.


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