Arrondissement de Konsa : Fronde autour d’attributions frauduleuses de parcelles

Publié le mercredi 11 avril 2012

Karim BARRO, maire de Konsa

Le torchon brûle entre le maire de l’arrondissement de Konsa et une partie de la population des secteurs 18,19 et 21 de Bobo-Dioulasso. Certains conseillers municipaux qui approuvent les revendications des populations se sont ralliés au mouvement pour dénoncer ce qu’ils appellent la mauvaise gestion de Karim Barro depuis son installation à la tête de la mairie en 2006. Le dossier foncier est au centre de ces dénonciations. Le maire est accusé de se sucrer sur le dos des populations.

 

L’un des graves problèmes qui opposent le maire à la population de l’arrondissement, c’est l’affaire du lotissement du secteur 19. L’affaire divise le conseil municipal de Konsa et fait monter la tension au secteur 19. C’est une affaire d’attribution frauduleuse de parcelles au secteur 18 qui est mise à nu. Les détracteurs de Karim Barro l’accusent d’avoir attribué des parcelles après la mesure de suspension des lotissements et des attributions de parcelles prises par le gouvernement en mai 2011 suite à la crise sociopolitique. Selon nos informations, Karim Barro a été surpris comme bon nombre de maires par cette mesure gouvernementale. Le fils du principal opérateur économique de Bobo (Djinguinaba Barro) avait pourtant des milliers de dossiers de demandes de parcelles dans ses tiroirs. Il avait promis de satisfaire tout le monde. Il comptait sur le lotissement du secteur 18 pour satisfaire ses amis. Avec le lotissement du secteur 18, la mairie disposait désormais de plus de 6000 parcelles. Le secteur n’était pas habité. La commission d’attribution n’avait pas de pression particulière. La mairie a seulement négocié avec les propriétaires terriens pour compenser la perte de leurs terres par des parcelles. Le reste des parcelles était entièrement à la disposition de la mairie.

 

La nappe phréatique du secteur 19

 

Suite à des études menées au secteur 19, il est ressorti que les populations se sont installées sur une nappe phréatique. La commission provinciale d’aménagement du territoire a donc recommandé dans le cadre de ses sessions statutaires que les populations installées sur la nappe soient recensées et réinstallées dans un autre secteur. C’est le nouveau secteur 18 qui n’avait pas encore de résidents qui devait être leur nouveau site d’accueil. Leur recensement a été fait en 2009. Trois années se sont écoulées et les populations de ce secteur attendent toujours qu’on leur indique leurs parcelles dans leur nouveau quartier. Ces populations ont commencé à s’impatienter. Certains ont compris que des choses pas claires se passaient au sein de la mairie sur les attributions des parcelles du nouveau secteur 18. Des techniciens viennent clandestinement indiquer les parcelles à des demandeurs qui ne sont pas connus par les populations. Et selon nos informations, la plupart des parcelles ont déjà été attribuées. C’est depuis la mesure de suspension des lotissements que les choses se sont accélérées. Le maire était devant le fait accompli et voulait coûte que coûte trouver une solution pour satisfaire ceux à qui il avait donné une promesse ferme de leur trouver des parcelles. Selon une source qui connait assez bien le dossier, Karim Barro n’avait pas trop de solutions. C’est en mai 2011, soit seulement quelques jours après la mesure de suspension, que le maire a réuni ses principaux collaborateurs et certains membres de la commission d’attribution des parcelles. Après discussion, une solution est trouvée. Le maire détient par devers lui beaucoup de dossiers.

 

Espace public morcelé et attribué au secteur 20, site réservé à l’autogare et au marché.

 Les quittances antidatées

Pour satisfaire ces gens qui commencent à s’inquiéter avec la mesure de suspension et qui mettent la pression, la décision est prise de leur attribuer les parcelles malgré la suspension et d’antidater les différents documents. C’est ainsi que sur les nouvelles quittances délivrées après la suspension, on s’aperçoit que c’est la date du 15 mars qui y figure. Ces quittances de taxes de contribution au lotissement antidatées devaient permettre de régulariser la situation des dossiers en souffrance dans les tiroirs du maire. Presque toutes les quittances antidatées portent la même date du 15 mars. Mais le pot -au -rose a été découvert. Une vérification aurait été effectuée au niveau du livre du trésor. On a découvert un grand écart entre le montant des recettes réelles du mois de mars et l’argent versé pour la contribution au lotissement. Selon une source proche du maire, c’est à partir de mi- mai que les quittances ont été faites. Il explique que les quittances données aux demandeurs ne convainquaient pas beaucoup de gens. La plupart ont déboursé beaucoup d’argent et n’étaient pas prêts à se laisser rouler par le maire. Certains d’entre eux ont continué alors malgré la délivrance des quittances de mettre la pression pour voir clair. Beaucoup d’entre eux sont instruits et savaient qu’il est difficile pour le maire de les satisfaire avec la mesure de suspension. Ils voulaient vérifier la réalité au niveau du service des domaines. Une liste d’attribution a alors été dressée et remise au service des domaines. Les plus sceptiques pouvaient y effectuer des vérifications. Selon le proche du maire, cela n’a pas suffi pour donner l’assurance à tout le monde. Des gens exigeaient de voir leurs parcelles. La pression montait. Le maire n’avait pas d’autre choix que d’accéder à cette exigence. Pourtant, il est aussi conscient qu’aller sur le terrain pour indiquer les parcelles au vu de tous, c’est prendre des risques. D’abord avec la mesure de suspension, il ne pouvait pas convaincre grand monde que ces parcelles ont été attribuées avant la mesure. Il risquait également de révolter les populations du secteur 19 qui attendent toujours leurs parcelles. Ceux qui voulaient voir leurs parcelles devaient le faire discrètement avec un technicien. Mais cela n’a pas toujours bien fonctionné. Les populations informées se sont mobilisées pour empêcher les indications clandestines des parcelles. C’est ainsi qu’un technicien s’est fait prendre sur le terrain. Les populations l’ont arrêté et remis à la gendarmerie, mais l’affaire est restée sans suite. Selon un des conseillers frondeurs, le maire est responsable de la situation actuelle. Pour lui, la commission avait toutes marges de manœuvre sur les parcelles. Sur les 6000 parcelles dégagées, le maire avait promis 700 parcelles aux résidents du secteur 19. Après le recensement, les concessions n’étaient que 601. Selon ce conseiller, le maire devait d’abord satisfaire ces gens qui sont prioritaires après les propriétaires terriens. Pour lui, le maire voulait d’abord satisfaire ses amis. Selon une source proche de la commission d’attribution des parcelles, la nouvelle liste d’attribution qui circule est frauduleuse. Cette source explique que depuis l’installation du conseil municipal en 2006, la commission dispose d’une seule liste d’attribution. C’est celle de 2009. C’est une liste officielle qui peut être consultée à la mairie. Notre interlocuteur nous confie qu’avec le lotissement du nouveau secteur 18, officiellement ce sont au total 1496 parcelles qui ont été attribuées sur les quelques 6000 dégagées. Ces attributions ont été faites en 2009.

 

Le morcellement des réserves foncières

Autre grand problème qui divise le maire et ses conseillers, c’est la gestion des espaces verts et autres réserves foncières. Nombre de ces espaces ont été morcelés et attribués sans concertation avec les autres membres du conseil municipal. Malgré les recommandations de la commission provinciale d’aménagement du territoire sur le secteur 19, une partie de la zone a été morcelée et attribuée comme zone commerciale. Des dizaines de magasins y sont érigées. Le maire lui-même y a implanté sa propre société CRISTAL SARL qui occupe un espace de plus de 2348m2. Et ce n’est pas tout. L’affaire la plus scandaleuse sur le morcellement des réserves est sans doute celle de l’ancien terrain de l’ONEA. La nationale de l’eau avait acquis un grand terrain en 1986 et n’a pas investi. La mairie qui a constaté cet état de fait a retiré le terrain. Le 17 octobre 2007, le conseil municipal s’est réuni pour affecter le terrain comme site d’une autogare et d’un marché pour le secteur 20. Le terrain est tout un lot. A l’insu du conseil municipal, une bonne partie de ce terrain a été morcelée en huit parcelles et attribuées en 2008. Le maire lui-même ne s’est pas oublié, la parcelle 01 de 1188 M2 appartient ainsi à Minata Traoré qui se trouve être sa propre mère. Ses adjoints qui en ont aussi bénéficié dans le morcellement auraient troqué les parcelles avec le maire contre des voitures. Nous avons tenté de rencontrer le maire qui a refusé tout commentaire autour des accusations portées contre lui. Les populations ont déjà écrit au premier ministre pour demander qu’une enquête soit diligentée pour faire toute la lumière sur la gestion de Karim Barro.

 Par Moussa Zongo


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