Ils ont réclamé sa tête, Roch la leur offre sans résistance

Publié le samedi 3 mars 2012

La primeur de son prochain départ a été réservée aux journalistes.Tant pis si les usages ont été écornés. Roch Marc Christian Kaboré, par ce geste inhabituel, a voulu exprimer son dépit devant tant de coups bas reçus, en dépit de sa loyauté au parti et au chef de l’Etat. Pour autant, sa sortie pour le moins insolite n’a rien d’une défiance. Elle aurait été discutée et avalisée au plus haut niveau. Mais chez nombre de militants CDP, c’est l’inquiétude et la consternation. Comment sera l’après Roch ? Le parti pourrait-il garder sa cohésion devant les possibles bouleversements qui s’annoncent à l’horizon 2015 ? Ce sont là autant de questions qui provoquent confusion et fébrilité au sein des militants et des structures.

Tout au long de l’examen des
quatre points de l’ordre du
jour de la 45ème session
ordinaire du Bureau politique
national, Roch n’aura pas
pipé mot de ce qu’il réservait aux
journalistes. L’étonnante bonne
humeur qu’il affichait au cours des
travaux ne pouvait laisser deviner la
décision importante qu’il s’apprêtait à
annoncer aux journalistes. Pour
certains militants présents à la
rencontre du 14 janvier, c’est une
attitude franchement curieuse pour ne
pas dire anti-parti que de déballer
presque dans la rue une question qui
aurait dû être réservée au parti. Le
procédé est en effet inhabituel pour
des militants habitués au secret sur les
questions relatives à la désignation des
premiers responsables du parti. Ceuxci
en règle générale découvrent à la fin
des congrès une liste entièrement
constituée à la présidence du Faso et
soumise à leur approbation. Il en a été
ainsi depuis la création du parti. Les
départs de Yé et de Kanidoua qui ont
été les premiers à présider aux
destinées du parti semblaient avoir
établi une sorte de jurisprudence en la
matière. Pourquoi Roch n’a pas
attendu le congrès de mars pour faire
comme les autres ? Il y a certainement
une raison qu’il faut sans doute
rechercher dans la vie mouvementée
du CDP. Roch s’est certes exprimé au
cours de la rencontre du BPN sur la
nécessité d’impulser une nouvelle
dynamique au parti en faisant la
promotion de la jeunesse. L’allusion
aux cadres actuels qui prennent de
l’âge sans s’en rendre compte aurait
provoqué l’hilarité générale. Sans
plus. Sans doute Roch faisait-il aussi
allusion à son propre cas. Mais on ne
pensait pas qu’il irait aussi vite en
besogne.

La raison d’une sortie anticipée

Au lendemain de la crise, des militants
réclamaient la tête de Roch, le faisant
endosser la responsabilité des
émeutes. Ces derniers n’hésitaient pas
à faire des allusions sur de fortes
sommes d’argent qui auraient alimenté
les émeutiers et dont Roch serait le
pourvoyeur. Mais que gagnerait-il à
fomenter des émeutes ? Ceux qui
l’accusent vont la chercher dans la
sortie du président de l’UNIR/PS, Me
Bénéwendé Sankara qui aurait
pendant la crise déclaré le pouvoir
vacant face à l’incapacité de Blaise
Compaoré de stopper la spirale des
émeutes. Pressé par les journalistes qui
lui demandaient s’il était prêt à
assumer le pouvoir en sa qualité de
chef de file de l’opposition, Me
Sankara avait préféré botter en touche
en arguant que la constitution avait
réglé la question. Et voici donc le
casus belli de Roch : que Me Sankara
par son allusion à la constitution fasse
un clin d’oeil à Roch, le dauphin
constitutionnel, voilà qui est suffisant
pour établir leur complicité. D’ailleurs
pour ses détracteurs, des faits comme
le statut du chef de file de l’opposition
rapidement concocté pour assurer
l’ascension de Me Bénéwendé ou
encore la collusion entre Roch et
Sankara pour pousser dehors l’ancien
président de la CENI corroborent leur
conviction. Pour ne guère arranger les
choses, même Kosyam semblait
convaincu de cette ‘‘trahison’’ de
Roch. Et même que la pression se
faisait de plus en plus forte sur lui en
faveur de la convocation d’un congrès
qui devait être aux yeux de ses
adversaires celui de la clarification. Si
Roch a fait de la résistance pour
refuser de convoquer un congrès dans
la précipitation, s’en tenir au délai
statutaire ne paraissait pas non plus
tenable, vu la proximité des échéances
électorales. En se déclarant hors jeu
dans la perspective du prochain
congrès, Roch a voulu se placer en
dehors des intrigues et des bagarres
destructrices. Mais du même coup, il a
mis ses partisans dans une situation
délicate. Ces derniers se voient
désormais privés de leurs positions
fortes dans un contexte où s’engagent
des tractations de positionnement.
Mais Roch a beau avoir des raisons
personnelles de se retirer du jeu, il n’a
pu le faire que parce que son mentor,
Blaise Compaoré, a donné son aval.
Tout compte fait, le parti est ainsi fait
que c’est à lui seul que Roch doit des
comptes. Et curieusement, par la
manière dont il sort de scène, Roch
bénéficie d’un traitement de faveur
que n’ont pas eu tous les autres qui
l’ont précédé. Blaise Compaoré, fautil
le souligner, est le maître incontesté
du CDP. Si d’aventure il accepte de
partir à la fin 2015, alors ce sera aussi
un grand tournant dans l’histoire et la
vie du CDP.

En attendant le congrès de mars

Le congrès de mars pourrait être celui
d’un grand bouleversement à la tête du
parti. Roch et Simon, les deux gourous
sur la ligne de départ, Salif Diallo
dont la réhabilitation tarde à venir, le
CDP devra se préparer à un lifting
sévère. L’option Yonli que nous avonsnous-
mêmes envisagé un temps
semble s’éloigner. Les événements
semblent avoir mis à l’ordre du jour
d’autres priorités pour lesquelles son
profil ne le place pas forcément dans le
cercle des favoris. Et puis, son étoile
semble avoir pâli à l’échelle de sa
région. Le CDP aura besoin à sa tête
d’un rassembleur, or à tort ou à raison,
Yonli, pour nombre de cédépistes, n’a
pas le profil. D’autres parlent d’un
retour probable de Yé. Il a l’avantage
d’être l’homme des réformes. Depuis
plus de vingt ans en effet, l’homme a
toujours été au coeur des grandes
réformes institutionnelles. Saura t-il
mobiliser les militants du parti pour
faire accepter les réformes en cours
par les Burkinabè ? C’est, semble-t-il,
la conviction du chef de l’Etat qu’on
dit très préoccupé par l’aboutissement
des réformes. Mais le barbu n’a pas
que des amis au sein du CDP. On cite
parmi ses meilleurs ennemis, Salif
Diallo qu’il tiendrait pour responsable
de son éviction du perchoir en 1997. Il
faut donc croire qu’avec Yé, Salif
devra se trouver d’autres horizons. Le
congrès de mars annoncé pour être
celui de la promotion des jeunes
cadres du parti pourrait aussi être celui
du commencement de la fin du CDP
historique. Blaise est actuellement
préoccupé par l’organisation de sa fin
de règne. Le CDP qui n’a pas su se
construire en dehors de lui a des soucis
à se faire pour son avenir.


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