Moumouni Dagano (Al Siliya/Qatar) « Je ne reviendrai pas en sélection sans un préalable »

Publié le mardi 18 février 2014

Longtemps considéré comme le fétiche des Etalons, Moumouni Dagano n’est plus le joueur indispensable. Mieux, il n a de place chez le onze burkinabé que sur le banc de touche. Comment cette ancienne icône du foot vit-il sa disgrâce ? Entouré de sa femme et de ses deux filles au Qatar, Dagano qui fait tout feu tout flamme en championnat n’annonce pas sa retraite internationale même si…

Pas une semaine ne passe sans qu’on entende que Dagano a marqué en championnat. Après la mauvaise passe en sélection nationale vous êtes comme du vin, plus vous vieillissez plus vous vous bonifiez. Comment expliquer la seconde jeunesse de Dagano ?


Rires. Pour tout vous dire je me sens bien. Je suis en jambes. Je pense que mon sort à la CAN m’a poussé à aller au fond de moi. La carrière d’un footballeur est si brève qu’il est insensé de ne pas se donner à fond. Je ne veux pas avoir de regrets quand l’heure d’arrêter va sonner.

Parlant de retraite, vous y pensiez ?

Moi retraité maintenant ? Ai-je 100 ans ! Non plus sérieux, je pense que je jouerai tant que mon corps va répondre.

Belle saison pour vous personnellement et c’est votre club qui en profite…

Effectivement, mon club, Al Siliya est 5e du championnat à un petit point du 3e. C’est son meilleur classement historique à 8 matchs de la fin du championnat. Et dire que nous avions été repêchés. En effet, mon équipe devait rejoindre la 2e division à la fin du championnat passé. Mais la Fédération locale a décidé d’augmenter le nombre de clubs. Ainsi donc, nous avions poursuivi en D1. Personnellement, je suis à 10 buts et 19 passes décisives. Ce qui fait de moi le meilleur buteur de mon club.

Le niveau du championnat qatari qu’on dit bas…

Vous savez, ceux qui tendent à minimiser le niveau du championnat du Qatar sont peu renseignés. Il n’ est pas donné d’être un pro dans ce championnat. Les textes n’acceptent que 4 pros par club. Donc déjà pour avoir sa place il faut se battre. Et il y a beaucoup d’attentes vis-à-vis du pro. Vous devez porter à bout de bras l’équipe. Le championnat est généreux. Il attire, de ce fait beaucoup de pros, surtout les grands noms. On y trouve des joueurs comme Raoul, l’ex-madrilène, Menez, Lucio, Kobo, le Nigérian…et j’en passe. Certains sont certes en fin de carrière mais ils ont une expérience à la tonne. Cela impacte positivement le championnat.

Peut-on, sur la base de l’exploit du Burkina à la CAN 2013 dire que le football burkinabé est enfin entré dans la cour des grands ?

Non. Il ne faut pas aller vite en besogne. On peut se brûler les ailes. Ce que nous avions fait est impensable. Mais sur le plan de l’image, nous avions marqué des points. Désormais quand je dis que je suis Burkinabè, dans nombre de milieux, on me dit à tiens, le finaliste de la CAN. Pour moi, nous avions posé une pierre. Mais il en faut plusieurs pour construire une maison.

Mais cet exploit a un goût doux-amer dans votre bouche. Comment aviez-vous pu vous retenir acceptant ce nouveau rôle de réserviste là où certains auraient pu s’agiter et polluer ainsi les vestiaires ?

Je n’ai pas eu la tâche facile. A chaque fois que je m’installais sur le banc de touche, je me disais tiens bon, reste zen, positive car le match prochain, les choses iront d’elles-mêmes. Tu vas jouer. Et puis les matchs passent sans que mon statut n’évolue. Les moments les plus difficiles étaient la veille des matchs. Il fallait me surpasser pour parvenir à me contenir. Figurez-vous que je n’ai joué que 7 mn à la finale. Si j’avais été réserviste un ou deux matchs, je peux comprendre. Mais là, c’est devenu mon quotidien. Certains de mes coéquipiers en sélection me disent qu’ils trouvent que j’ai ma place sur le terrain. En championnat ici au Qatar, tout le monde s’étonne, au regard de ma performance de ce qui m’arrive en sélection. Mais que voulez-vous, l’entraîneur a le dernier mot.

Au regard de ce traitement, ne pensez-vous pas stopper avec la sélection nationale ?

Je ne ferme pas la porte de la sélection. J’y trouve du plaisir. Mais j’aurai un préalable si l’entraîneur fait appel à moi. Il serait judicieux pour moi de discuter avec lui avant quoi que ce soit.

Ne regrettiez-vous pas d’être parti au Qatar avec le recul ?

En allant au Qatar, je n’avais pas en tête de gagner de l’argent. J’avais un plan de carrière. Vous savez, un attaquant gagne en confiance quand il marque des buts. Au Qatar, je comptais me relancer. Mais j’ai pris goût sur place. Et me voilà en train de m’y éterniser.

Interview réalisé par J J Traoré


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