Nomination de nouveaux cardinaux : la réforme du pape François se poursuit

Publié le lundi 17 février 2014

De nouveaux cardinaux seront bientôt dans le collège électoral pour l’élection du futur pontife. Au nombre de 16, ils attendent la date officielle du consistoire du 22 février pour leur création. Ils viennent de 12 pays différents et de tous les continents, sans doute pour représenter le profond rapport ecclésial entre l’église de Rome et les autres églises disséminées de par le monde. Mais même si tous les élus jouissent des mêmes privilèges, cette fois-ci la nomination comme on pouvait s’y attendre avec le pape François a connue une modification des quotas habituels d’élection. 

Le pape François a une fois de plus instauré une nouvelle réforme dans la promotion de l’Eglise. Il a procédé le dimanche 12 janvier 2014 à l’élévation à la pourpre cardinalice de 19 personnes dont 16 électeurs et 3 non électeurs. Ce qui donne d’office le droit à tous ces électeurs de participer au prochain conclave qui désignera son successeur. Malgré les traditions et les lourdeurs vaticanes qui existent dans le choix des cardinaux, le pape François a réussi à introduire quelques changements. Il peut avoir certainement emboîté le pas de Benoit XVI lors de son dernier consistoire en novembre 2012, quatre mois avant son départ qui avait créé par surprise 6 nouveaux cardinaux sans même qu’il y ait un seul européen.

Parmi les 16 nouveaux cardinaux, cinq sont Sud-Américains, deux d’Afrique Francophones, deux Asiatiques, un Canadien et six Européens dont quatre archevêques de curie (trois Italiens et un Allemand). Outre quatre prélats européens curiaux, il faut comprendre qu’il n’y a que deux Européens issus de diocèses résidentiels, un Italien - archevêque de Pérouse - et un Anglais - de Westminster. Le constat est donc tel que les Européens sont de plus en plus rares à être fait cardinaux. Cependant le pape François peine à rééquilibrer le « surpoids » des Italiens qui avait fait l’objet de vives critiques parmi les cardinaux lors du dernier conclave.

 

Sens des réformes du pape

 

L’Eglise universelle est connue pour être conservatrice. Seulement depuis un certain temps elle a amorcé un processus d’adaptation de l’évolution du temps, si bien que par moment certaines réformes sont faites à l’intérieur.

Selon Nicolas Diat, journaliste, chroniqueur au site d’information Atlantico et spécialiste du Vatican : « le pape François délivre un message à travers le choix des 16 nouveaux cardinaux ». Il estime en effet que l’Europe ne peut plus continuer à rafler autant de cardinaux, car tout a changé. Aujourd’hui les vocations religieuses ou sacerdotales se trouvent essentiellement en Amérique du sud, en Afrique et en Asie où la Corée et les Philippines sont des pays d’une très grande ferveur.

La tentative de rééquilibrage de l’Eglise vers les pays du sud est manifeste dans le choix du pape. Elle tend à mettre les instances décisionnaires de l’institution catholique en adéquation avec la réalité démographique. Et constitue, à terme, un potentiel levier de changement dans le gouvernement de l’Eglise. Souvent plus axés sur les problèmes de pauvreté, les prélats du sud sont aussi confrontés à des situations culturellement plus diversifiées qu’en Europe ou pris dans des tensions politiques et des conflits armés ; et demeurent plutôt conservateurs sur les questions morales et éthiques.

En plus de cela, poursuit Nicolat Diat, le pape François a voulu créer des cardinaux « de mérite », c’est-à-dire des pasteurs, des hommes de terrain, plutôt que des prélats occupant des sièges dits cardinalices, c’est-à-dire destinant quasi automatiquement à la pourpre, comme Venise, Turin ou Bruxelles, les grand orphelins de ce consistoire.

C’est sans doute un des critères qui a prévalu au choix de Mgr Philippe Nakellentuba Ouédraogo comme Cardinal, 14 ans après le décès du premier cardinal du Burkina, Paul Zoungrana. C’est certain, Venise a donné des papes importants à l’Église, pour ne citer que Jean XXIII et Pie X. Mais le pape François considère que ce n’est pas à l’histoire de choisir les cardinaux ! L’archevêque de Bruxelles, connu pour sa virulence sur les combats de société, n’a pas non plus été choisi. La France n’a pas non plus de nouveaux « élus  » comme en février et novembre 2012.

L’explication peut être due au fait que Mgr Pontier, de Marseille a été nommé à la tête de la conférence épiscopale française il y a trop peu de temps, et le pape ne le connaît pas. Quant au Français en lice, Mgr Jean-Louis Bruguès, à la tête des archives du Vatican, il est un dominicain qui n’a pas du tout les faveurs du pape jésuite François. Par contre le pape a également créé cette-fois, trois cardinaux de plus de 80 ans, qui ne sont pas électeurs, dont l’ancien secrétaire de Jean XXIII, âgé de 98 ans.

 

Signification et Rôle d’un cardinal

 

Un cardinal (du latin cardinalis, principal) est un haut dignitaire de l’Église catholique choisi par le pape et chargé de l’assister. Il fait partie du Collège des cardinaux ou Sacré Collège. Le titre précis est Sanctæ Romanæ Ecclesiæ cardinalis (cardinal de la Sainte Église romaine), les cardinaux forment la plus haute sphère de l’Église romaine. L’insigne distinctif des cardinaux est la couleur rouge (dite pourpre cardinalice), couleur du sénat romain, rappelant le sang versé par le Christ. Ils portent soit la soutane rouge avec une barrette ou une calotte rouge et une mozette rouge, soit une soutane et une mozette noires avec des liserés et des boutons rouges. Ils portent l’anneau, qui traditionnellement est de saphir et, même s’ils n’ont pas reçu la consécration épiscopale, ils utilisent la croix pectorale, la crosse et la mitre.

Le nombre de cardinaux a varié au cours de l’histoire. Il a d’abord été restreint aux 25 églises cardinalices de Rome, aux 7 diocèses suburbicaires et aux 6 diaconies palatins et 7 diaconies régionaux. En 1586, par sa constitution Postquam verus, le pape Sixte Quint fixe leur nombre à 70. Enfin, en consistoire secret (aujourd’hui appelé consistoire ordinaire) en 1973, Paul VI a limité le nombre des cardinaux électeurs à 120. Néanmoins en 2003, sous le pontificat de Jean-Paul II, le nombre des cardinaux a atteint 194 (dont 135 électeurs). La composition actuelle du collège cardinalice à la date du 12 janvier 2014 est de 218 cardinaux dont 123 électeurs et 95 non électeurs car ayant plus de 80 ans, ce qui est une réforme par rapport à la limite qu’avait instaurée Paul VI pour les votants qui est de 120.

Les cardinaux sont « créés » (terme issu du droit romain désignant la nomination d’un magistrat, signifiant que la dignité émane de leur personne, et ne vise pas à pourvoir un poste ou une fonction vacante) par décret du pape publié devant le Collège des cardinaux réunis en consistoire, en tant qu’« hommes remarquables par leur doctrine, leurs mœurs, leur piété et leur prudence dans la conduite des affaires ».

S’ils doivent posséder au moins le presbytérat, en pratique ils doivent être au moins évêques : ceux qui ne sont pas encore évêques doivent recevoir la consécration épiscopale4. Cependant, des dérogations papales ont déjà été accordées, permettant à des prêtres créés cardinaux alors qu’ils avaient déjà atteint l’âge de 80 ans de ne pas être consacrés évêques. Cela a été le cas par exemple pour le cardinal français Albert Vanhoye.

On dit d’une personne nouvellement nommée qu’elle est « élevée à la pourpre cardinalice » en référence à la couleur rouge des vêtements de cardinal. En fait, la nomination de cardinaux est une indication politique sur le pontificat en cours et la future élection, les cardinaux étant chargés d’élire le pape. Dans l’histoire, elle a aussi été une manière d’honorer les cadets de grandes familles royales ou nobles et de récompenser des proches. Cet état de fait était désigné sous le nom de népotisme, du latin nepos, le neveu. Le pape choisissait un de ses neveux qu’il créait cardinal afin de faire entrer sa parenté dans la « carrière » ecclésiastique.

Le consistoire pour la création des nouveaux cardinaux se déroule actuellement selon le rite introduit à l’occasion du consistoire du 28 juin 1991 :

Après le salut liturgique, le pape lit la formule de création et proclame les noms des nouveaux cardinaux. Le premier d’entre eux s’adresse alors au Saint-Père au nom de ses collègues. Suivent la liturgie de la Parole, l’homélie papale, la profession de Foi et le serment.

Chaque nouveau cardinal s’approche ensuite du pape et s’agenouille devant lui pour recevoir la barrette, puis son titre cardinalice ou sa diaconie. Le Pape place la barrette sur la tête de l’impétrant, en disant : « Reçois cette pourpre en signe de la dignité et de l’office de Cardinal, elle signifie que tu es prêt à l’accomplir avec force, au point de donner ton sang pour l’accroissement de la foi chrétienne, pour la paix et l’harmonie au sein du Peuple de Dieu, pour la liberté et l’extension de la Sainte Église catholique et romaine ».

Le Pape remet à chaque nouveau cardinal une église de Rome (titre ou diaconie) en signe de participation à la mission pastorale du pape sur l’Urbs. Le rite prévoit ensuite la remise de la bulle de création des cardinaux, l’assignation du titre ou de la diaconie et l’échange du baiser de paix avec les autres élus et tous les autres membres du collège cardinalice.

Le rite se termine par la prière universelle, le Notre Père et la bénédiction finale. Pendant la chapelle papale qui suit, le pape concélèbre avec les nouveaux cardinaux auxquels il remet l’anneau cardinalice « signe de dignité, de sollicitude pastorale et d’une plus étroite communion avec le Siège de Pierre ».

 

Prérogative des cardinaux

 

Tout nouveau cardinal bénéficie d’un traitement un peu différent par rapport à celui qu’il avait antérieurement. Et cela se ressent à travers même les formules de politesse qui lui sont adressées. Désormais pour le cas de l’archevêque de Ouagadougou Mgr Philippe Ouédraogo, on parlera de son Eminence le cardinal Philippe Ouédraogo.

Il doit désormais signer dans les lettres son prénom suivi de Card ou cardinal, puis de son nom. La formule d’appel « monseigneur  », Monsieur le Cardinal est également admise. Couramment appelés par leur prédicat « Éminence  », cette formule est contestable en français académique, à moins qu’on ne leur parle à la troisième personne. Exemple : « Monseigneur, votre Éminence voudrait-elle...  », tout comme les rois sont appelés « sire  » et non « majesté  », qui est un prédicat : « Sire, votre Majesté voudrait-elle... ». Le traitement, notamment dans la correspondance, est : Votre Éminence.

Les cardinaux qui se trouvent hors de Rome et hors de leur propre diocèse sont exempts, en ce qui concerne leur propre personne, de la juridiction de l’évêque du diocèse où ils se trouvent. Ils ont partout préséance, sauf en présence du pape, et peuvent officier pontificalement dans toutes les églises hors de Rome en faisant usage de la cathèdre (c’est-à-dire, comme s’ils étaient évêques du lieu en question).

Même s’ils n’ont pas reçu la consécration épiscopale, les cardinaux sont traditionnellement convoqués au concile œcuménique. L’actuel code de droit canonique ne les mentionne plus explicitement, mais prévoit qu’en plus des évêques, d’autres personnes non revêtues de la dignité épiscopale, puissent y être appelées. Le code de 1917 leur donnait un droit de suffrage délibératif. Ils peuvent être enterrés dans les églises. Mais en attendant que le Cardinal Philippe Ouédraogo bénéficie de cette dernière prérogative comme le Cardinal Paul Zoungrana, souhaitons-lui longue vie dans un long ministère béni.

 

Michaël Pacodi

pacomik@yahoo.fr


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