Hamidou dit Benladen de NEBOUN : Arrêté et crucifié sur ordre du chef

Publié le lundi 17 février 2014

Le 16 janvier dernier, Hamidou Ouédraogo dit Benladen est arrêté par un groupe de jeunes à l’entrée du village de Neboun. Il est conduit chez le chef qui ordonne immédiatement de le ligoter contre une des poutres de son hangar. Il restera dans cette position de 16H à 22H. Il aura subi pendant 8 heures d’horloge, le supplice de la croix, jusqu’à l’intervention de la gendarmerie accourue de Léo, à 30 km des lieux. Comment en est-on arrivé là ? Certes, Hamidou Ouédraogo avait été une première fois bastonné dans le village et devant le chef. C’était à l’occasion d’une réunion publique où il avait cru pouvoir assister. Mal lui en a pris ! A la suite de cet incident, une chasse à l’homme avait été lancée contre les migrants mossis (communauté d’origine de Hamidou) et leurs boutiques avaient été fermées pendant une semaine. La médiation entreprise par le Haut commissaire à l’époque avait permis de calmer la situation. Le 16 janvier dernier, surprise. Une expédition est envoyée à la sortie du village avec pour mission de cueillir Ben Laden à son retour de Sapouy, où il s’était rendu dans la journée. Le film des événements est retracé par la victime en personne

« A mon retour de Sapouy, juste à l’intersection route de Po, il y avait des gens qui traversaient la voie, il y en avait d’autres derrière moi. Ils avaient pris le soin de barrer tous les petits chemins conduisant chez moi. Heureusement j’ai tourné devant tout le monde. Ceux de derrière ont saisi mon porte bagage, ceux de devant, les guidons. Ils m’ont frappé. T’as pas dit que tu connais pas le chef, aujourd’hui tu vas connaître le chef. Tu sauras que y’a un chef dans ce village. Moi je ne comprenais pas. D’autant qu’avec le décès de la fillette, la médiation a été parfaite. J’ai compris alors que pour eux ce n’était pas fini. Ils attendaient tout simplement la fin des récoltes pour régler leurs comptes. Ils m’ont amené chez le chef. Ce dernier a ordonné qu’on amène des cordes. Ils m’ont attaché au poteau central du hangar. Ils avaient aussi attaché mon cou et je ne pouvais même plus avaler la salive. C’est alors que le chef s’approche et me dit : Mon ami, qu’est ce qui t’envoie chez moi. Je n’ai pas dit que je vais t’avoir ? Te voilà ! C’est pas toi comme ça ? Où est la gendarmerie ? Où est la police, où est le haut commissaire, où est le préfet, pour te sauver ? Aujourd’hui, tu sauras que tu es dans mon territoire. Et il crache sur mon visage. Ensuite c’est au tour du chef de terre. Lui il a parlé en anglais. « Good evening my friend. What are you doing here ? Today you know that we are the landlords ». L’ancien délégué (Adamou) est venu à son tour. Lui il m’a parlé, mais il ne m’a pas touché. Un autre vieux est venu, lui non plus ne m’a pas touché. Un quatrième vieux est venu, il m’a frappé. Le chef est revenu, il a touché les cordes et a ordonné de serrer davantage. Ils m’ont attaché si fort que mes côtes ont failli rompre. Je sentais des douleurs dans la poitrine. Mes doigts se sont mis à enfler. J’ai fais mes prières dans cette position. On me répondait : ton coran t’a abandonné.

Une femme du nom de Maimouna est venue déposer un pilon devant moi. Une autre est venue déposer un autre pilon. On a déposé au total six pilons. Nous allons te piler ici comme du mil. J’étais fatigué. Ils ont établi un cordon sanitaire tout autour de la concession du chef, pour empêcher les mossis d’y accéder. Il y a un têtu que l’on appelle Rizero qui s’est hasardé à vouloir s’approcher. Il a été assommé. Un moment donné la foule s’est retirée avec le chef un peu à l’écart. On cherchait sans doute le moyen par lequel m’éliminer. Mais la gendarmerie était déjà là. Mon fils Lamine avait prévenu un de ses amis qui a alerté la gendarmerie à Léo. Ils avaient bloqué la route de Léo pour empêcher la gendarmerie d’arriver. Celle-ci heureusement est arrivée à l’improviste par un chemin détourné. Ce jour là j’ai eu vraiment de la chance. Si je m’étais avisé à vouloir rentrer chez moi par un de ces petits sentiers, ils m’auraient éliminé en faisant croire que c’est le fait de coupeurs de route. Surtout que l’argent du coton avait été payé. Tous les sentiers qui conduisent chez moi avaient été barrés. Ils avaient tout préparé. Au moment où les gendarmes me ramenaient à Léo, mon fils m’apprend au téléphone que la foule s’est déportée dans ma concession. Les gendarmes ont pris du renfort une fois à Léo et ont rappliqué à Neboun avec moi. Sur place, nous n’avons retrouvé que mon fils. Une des femmes s’est sauvée en culotte emportant son bébé vers le village de Dialo. La femme de mon fils a gagné la brousse. Il était même question de déterrer ma fille défunte… »

Toute la concession a été vandalisée. Maisons cassées, portes et fenêtres abimées, tôles détruites. C’est un spectacle lunaire qu’offre aujourd’hui la demeure de Benladen.

Pourquoi cette furie contre Hamidou dit Ben Laden ?

Depuis la médiation entreprise par le Haut commissaire, la situation semblait apaisée reconnaît Hamidou. Il s’empresse d’ajouter cependant, qu’en fait les parties n’avaient plus aucun rapport. Du côté du village, on attendait un petit geste d’humilité du côté de Hamidou mais rien ne venait. Au contraire, le chef et ses hommes ont l’impression que ce dernier les narguait, en se déplaçant dans le village, fusil en bandoulière. Nous avons demandé à Benladen, comment il explique l’hostilité de la population à son égard. Sans aucune hésitation, il s’est prêté à cet exercice. C’est d’abord nous dit-il, l’enterrement de sa fille dans son champ considéré du côté du village comme une défiance à l’autorité du chef. Le refus de remettre le nécessaire pour effectuer le sacrifice expiatoire (une chèvre, une poule et 12 000FCFA), le refus de faire amende honorable (avec un bélier) pour non respect au chef, le refus de s’associer aux activités sociales décidées par les responsables du village notamment, la levée de fonds pour la construction d’un barrage, d’un collège, l’achat d’une pompe solaire, autant de refus qui lui ont valu d’être exclu des réunions du village. Hamidou explique son comportement par l’inutilité de ces contributions, insignifiantes à ses yeux, au regard des tâches à exécuter. En plus, ceux qui ont promis ces réalisations (Etat ou partenaires) ont les moyens pour les réaliser. Ces opérations sont tout simplement à ces yeux une manière d’exploiter les pauvres paysans qui ont à peine de quoi se nourrir. Il n’y a pas que ça. Il a également refusé de déferrer à trois convocations du chef du canton de Bieha dont relève le village de Neboun. Le préfet avait même dû user d’un stratagème pour le faire venir à une rencontre demandée par le chef. Sur la convocation adressée à Benladen, il y avait les armoiries de l’Etat et le cachet du préfet. Il en avait justement voulu au préfet de l’avoir trompé, uniquement pour qu’il se rende à Bieha. La rencontre avec le chef de Bieha s’était du reste mal passée, ce qui a été considéré par ce dernier comme un affront. Derrière son enlèvement, Benladen voit donc planer l’ombre du chef de Bieha. Son comportement explique t-il n’est en réalité pas un refus de participer à quelque effort communautaire que ce soit. Si effort il doit y avoir, ce doit être un effort de tous. Pas des seuls mossis. A chaque événement et notamment quand il faut recevoir des étrangers, ce sont les mossis qui donnent les poules, c’est également les commerçants mossis qui donnent de l’argent. C’est contre cela qu’il s’insurge. Cela lui vaut d’être considéré comme un élément dangereux dont l’exemple peut faire tâche d’huile. Il rappelle pour justifier son attitude, que nous sommes tous des enfants du Burkina. D’ailleurs poursuit-il, ceux qui le persécutent et notamment le chef de Neboun n’est-il pas allé en Côte d’Ivoire où il dispose d’une plantation ? Idem pour le chef de terre, un pensionné militaire de l’armée ghanéenne ! Bien que ce ne soit pas leur pays, ont-ils subi des brimades à cause de cela ? Comment veut-on que lui, Benladen, accepte d’être discriminé dans son propre pays, un pays qu’il a défendu dans deux guerres, au risque de sa vie (Benladen est un militaire à la retraite.)

L’intervention de Mme la gouverneure du centre-Ouest

Tous les protagonistes du conflit auraient déjà été entendus à Léo. Selon M. Kouldiati, procureur au TGI de Léo, la procédure est ouverte et suit son cours. L’affaire aura donc une suite judiciaire. En attendant, les autorités politico-administratives sont préoccupées par les conséquences sociales du conflit. En effet, la communauté mossi est de plus en plus inquiète de la montée de la xénophobie. Quelques commerçants par précaution ont commencé d’ailleurs à délocaliser leurs affaires sur Sapouy. Du côté des autochtones, l’accroissement des migrants dans leur zone, est en train de brouiller les repères coutumiers, ce qui en réaction provoque un repli identitaire dont les conséquences pourraient être désastreuses sur la cohabitation entre communautés. Informé par ses services, le ministre Bougouma qui a pris la juste mesure des choses a dépêché la gouverneure sur le terrain. Le message est simple : renouer le fil du dialogue, ramener la confiance sans laquelle le vivre ensemble pourrait devenir un chaos. Le samedi 1er février, l’école de Neboun a donc été le théâtre d’une rencontre qui se voulait de vérité entre d’une part des personnes ressources des différentes communautés, des représentants de jeunes et de femmes, les conseillers du village et d’autre part les représentants de l’Etat, gouverneur, haut commissaire et préfet notamment, mais aussi le maire de Bieha ainsi que d’autres personnalités. Il ne s’agit pas explique la gouverneure Chantal Boni/Nignan de distribuer bonus et malus aux uns et aux autres mais de faire comprendre aux belligérants que le vivre ensemble demande à chacun un minimum d’effort sur soi. Chaque partie a sans doute ses raisons, mais au milieu il y a la loi qui mérite le respect de tous, et la justice est là pour réparer les torts, si des torts ont été commis aux uns et aux autres. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendu par les différentes parties, avons-nous demandé à la gouverneure ? Sa réponse est affirmative mais il faut sans doute donner le temps au temps, ce qui n’est pas le plus simple. Benladen a souhaité retrouver ses terres le plus tôt possible. Mais à quelles conditions ? Sa demeure a été détruite, il a une forte progéniture (4 femmes et 24 enfants). Bientôt ce sera la saison des pluies et la reprise des cultures. D’ici là, les esprits seront-ils au diapason des bonnes intentions ? Quels engagements pourraient rassurer les uns et les autres et par quels mécanismes suivre leur bonne application ? Des questions qui méritent des réponses urgentes car le statu quo dans la durée pourrait compliquer les choses. La famille de Benladen est actuellement dispersée sur deux sites à Dialo et à Léo où la scolarité de quatre de ses enfants est prise en charge par l’action sociale. Sur les deux sites, madame la gouverneure n’est pas allée les mains vides. Elle y a distribué vivres et équipements mais aussi des espèces sonnantes.

Par Germain B. NAMA


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