Sous-région ouest Africain, le Burkina au cœur des enjeux sécuritaires

Publié le lundi 17 février 2014

L’atout Maître de Blaise Compaoré c’est sa maîtrise des questions sécuritaires. C’est à l’aune de cette question que sa succession se joue.

Jusqu’à la manifestation monstre du 18 janvier, précédée de la démission des dissidents du CDP, la communauté internationale n’aurait pas protesté outre mesure si Blaise Compaoré refusait de respecter la Constitution. Les opposants qui ont été reçus à déjeuner par le représentant de l’Union européenne, à Ouagadougou, courant 2013, en sont ressortis quasiment désemparés. Le diplomate européen ne semblait pas offusqué du tout par cette perspective que Blaise reste au pouvoir après une modification de la constitution. Il avait semblé aux opposants, que le représentant de l’Union européenne épousait les thèses des partisans du pouvoir à propos de la modification de l’article 37.

Cela, on s’imagine, avait douché les espoirs des opposants réunis derrière le CFOP, qui espéraient que dans le bras de fer avec Blaise Compaoré pour l’alternance, ils auraient eu le soutien moral de la communauté internationale.

 

L’allié Ouattara !

Il fallait surtout travailler au corps la France et notamment les socialistes au pouvoir. L’ivoirien Ouattara s’en est occupé en mettant deux arguments en avant.

- la stabilité de la sous-région, au regard des enjeux sécuritaires cruciaux dont Blaise Compaoré seul avait la maîtrise. Alassane Ouattara a mis en branle tout son puissant réseau pour un lobbying qui était sur le point d’aboutir. Après la tenue du sommet de l’Elysée en novembre, le feu vert de Paris était acquis et Blaise Compaoré qui ne fait rien au hasard, pouvait convoquer la presse française pour annoncer ses intentions. Aux journalistes qui insistaient trop, il leur a dit d’arrêter « de faire du cinéma, en ce qui concerne les affaires africaines ». Une façon de dire qu’ils analysent la situation en Afrique avec de faux présupposés.

- Le deuxième argument de Ouattara, c’est que Blaise avait la maîtrise de son opposition et de son pays. Un argument maladroitement seriné par les sophistes du régime, comme le nommé Franklin Nyamsi. Il lui suffisait donc d’habiller son projet des vertus de la légalité. Personne n’en doutait qu’il réussisse. Et puis cette démission spectaculaire dans ses propres rangs est intervenue prenant tout le monde de court. L’onde de choc de cette démission, conjuguée à la manifestation monstre du 18 janvier a réveillé, une communauté internationale qui avait déjà acté le maintien de Blaise Compaoré au pouvoir pour au moins encore cinq ans.

 

Que faire à présent ?

Les Rapports des services occidentaux sont alarmants sur la question sécuritaire dans notre sous-région. Le général américain James Clapper, directeur du renseignement national a fait un rapport des plus alarmants au sénat le 29 janvier dernier. Il prédit au Sahel une année 2014 aussi terrible que 2013. Les islamistes devraient essayer de perpétrer plusieurs attentats dans les pays de la région. La menace est donc très forte.

Du côté de la France, l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armés pense que la France ne pourra pas faire l’économie d’une troisième guerre en Afrique, si elle veut supprimer les régions de « régénération et d’approvisionnement en armes des terroristes » dans la zone du Sahel et au Sahara.

L’amiral faisait ainsi référence au Sud de la Libye que les services qualifient à présent « de véritable trou noir ». Dans la perspective de cette intervention devenue inéluctable, le problème c’est l’effondrement de l’Etat libyen. Alors, pour les occidentaux, il faut désormais éviter de fragiliser les États africains quitte à fermer les yeux, sur les pratiques des dirigeants peu en accord avec les normes démocratiques. L’important c’est la stabilité du régime.

Le Burkina faisait partie de ces pays à ne pas déstabiliser. L’après Blaise Compaoré faisant courir de gros risques d’instabilité au pays et à la sous-région.

La situation semble avoir radicalement changé. Les occidentaux et les partenaires de la sous-région se sont vus contraints d’envisager un scénario B. C’est à dire envisager un après Blaise Compaoré dans l’immédiat. Pour cette raison les dissidents du CDP, en raison de la démonstration de force, dont ils ont fait montre intéressent sérieusement les partenaires.

Ils veulent savoir si Roch et ses amis peuvent valablement remplacer Blaise Compaoré. C’est tout l’enjeu des consultations qui se mènent discrètement mais aussi officiellement. Le rendez vous d’Abidjan avec Ouattara s’inscrit dans ce registre. Le président du MPP a fait, comme à son habitude, un séjour discret à Paris, en ce mois de février 2014. Il ne semble pas avoir vu grand monde, en dehors des membres de sa famille et des amis proches. Malgré tout, sa présence à Paris n’est pas passée inaperçue. 

 Les enjeux sont réels et le CFOP aurait tort de ne pas prendre à bras-le-corps cette question. Zéphirin Diabré, le 18 janvier, s’adressant aux manifestants a glissé un message en direction de la communauté internationale pour la rassurer sur la capacité de l’opposition à assurer dans des conditions satisfaisantes l’après Blaise Compaoré. Mais il faut, pour qu’elle soit crédible, qu’elle fasse montre de suffisamment de compétence dans ce domaine particulier. Sinon, elle pourrait se voir marginalisée dans les ultimes décisions qui ne manqueront pas de survenir d’ici à 2015.

 Par Newton Ahmed BARRY


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